Lundi 2 juin 1969
Est-ce la fin ?
Monsieur et madame Norman Harrington ont vu le Dr Michael Rossi moins d’une heure auparavant, et lui ont promis que lorsqu’ils iront à la barre en tant que témoins au cours de l’audience préliminaire, ils diront la vérité, peu importe les conséquences que cela pourra avoir sur le Dr Rossi. Mais durant cette heure passée, Norman et Rita sont devenus de plus en plus inquiets. Ils ont le sentiment que leur déposition à la barre risque d’envoyer le Dr Rossi en procès pour meurtre.
Rita et Norman traversent le square et atteignent le Palais de Justice. Ils passent devant une femme avec ses deux enfants. Les spectateurs et les témoins entrent dans la salle d’audience où doit siéger l’audience préliminaire de Mike Rossi.
À l’audience préliminaire, Michael F.B. Rossi est soupçonné de meurtre au premier degré sur la personne de Fred Russell. Le juge lit l’acte d’accusation et ajoute :
— Il s’agit d’une audience préliminaire menée par cette cour pour déterminer si oui ou non il existe une cause probable dans l’affaire de l’accusé ayant causé la mort de la victime. Et si cette cour détermine qu’il y a une cause probable, il y aura un procès par jury dans une cour de justice pour déterminer la culpabilité ou l’innocence de l’accusé, monsieur Rossi.
Ensuite, le greffier demande aux témoins présents dans la salle de se lever pour prêter serment. Se lèvent Rita, Norman, Lew, Harry, Ada, Marsha, Jeff et le sergent Walker. Restent assis Susan, Tom, Carolyn et Eli.
Le sergent de police William Wilson Walker est le premier à déposer. Il donne son nom et adresse (80 Collins Street). Le procureur Carter débute l’interrogatoire :
— Est-ce que Mme Russell vous a dit ce qu’elle s’attendait à trouver en arrivant dans la chambre de M. Russell ?
— Pas exactement, monsieur.
— Pouvez-vous expliquer cela ?
— Oui, Monsieur. Elle m’a dit qu’elle savait que monsieur Russell avait bu et qu’elle savait qu’il était extrêmement en colère. Et qu’elle était inquiète de ce qu’il pourrait faire s’il rencontrait le Dr Rossi.
Steven se lève.
— Objection votre honneur, c’est un ouï-dire. J’ai cru comprendre que monsieur Carter allait appeler Mme Russell à la barre.
— Retenue, conclut le juge. Mme Russell pourra nous donner les raisons de son appel au sergent lorsqu’elle sera appelée à la barre.
Carter poursuit :
— La nuit en question, comment avez-vous signalé votre mission en rapport avec Mme Russell à votre supérieur ?
— Plainte d’une citoyenne.
— Et quelle était votre description de cette plainte ?
— La citoyenne craignait que son ex-mari soit capable de violence avec le Dr Rossi. Quelque chose comme ça, je ne me souviens pas de la formulation exacte, bien sûr.
C’est maintenant au tour de Steven d’interroger le témoin.
— Sergent Walker, est-ce que madame Russell a décrit l’état de colère dans lequel se trouvait son ex-mari ?
— Non monsieur.
— A-t-elle à un moment donné qualifié cette colère en se référant au fait que le Dr Rossi pouvait lui aussi être en colère ?
— Non monsieur.
— Vous avez déjà déclaré lors de votre déposition que vous et Mme Russell êtes entrés dans la chambre de M. Russell à l’auberge pour observer le Dr Rossi penché sur le corps inconscient de M. Russell. Pouvez-vous vous rappeler les premiers mots du Dr. Rossi en vous voyant, vous, un policier en uniforme ?
— Le Dr Rossi a dit quelque chose à propos d’un excès d’alcool. Je me souviens spécifiquement que le Dr Rossi a dit que M. Russell s’était évanoui juste une ou deux minutes avant que nous arrivions.
— Le Dr Rossi était évasif ?
Carter intervient :
— Objection votre Honneur. L’avocat dirige et demande une conclusion ou une opinion.
Le juge opine.
— L’avocat dirige en effet, il demande une conclusion ou une opinion en arrêtant de parler dans l’esprit du témoin qui n’était peut-être pas là. Cependant, la défense a beaucoup plus de marge de manœuvre sur ce point afin d’aller droit au but. Je suppose, monsieur Cord, que vous parliez de l’état d’esprit de votre client.
— J’essayais, votre Honneur.
— Et monsieur Carter, nous savons tous qu’il y a deux parties dans un crime : l’acte lui-même et l’état d’esprit. Je suis très préoccupé par l’état d’esprit dans cette affaire. Je rejette votre objection, monsieur le procureur.
Le juge se tourne vers Steven et ajoute :
— Monsieur Cord, je vais poser quelques questions au témoin.
— Bien sûr, votre Honneur.
— Sergent Walker, comment décririez-vous le comportement de l’accusé quand Mme Russell l’a surpris ?
Carter s’insurge :
— Votre Honneur, avec tout le respect que je vous dois, j’ai l’impression que c’est vraiment mettre les réponses et les questions.
— Monsieur le procureur, je ne ferai rien qui puisse compromettre l’équité de la procédure, je me soucie trop de ma propre réputation pour le faire, mais je suis très préoccupé par l’état d’esprit, puisque la conclusion de cette procédure est la mienne et la mienne seule, je dois découvrir certaines choses à ma propre satisfaction.
Carter se rassoit et le juge continue avec le témoin :
— Le comportement du Dr Rossi ?
— Je n’ai rien vu d’inhabituel.
— A-t-il semblé inquiet de votre présence ?
— Non monsieur.
— Bouleversé ?
— Non monsieur.
— Effrayé ?
— Non, monsieur.
— Comment décririez-vous son attitude ?
— Eh bien, il avait l’air professionnellement préoccupé mais aussi soulagé, comme s’il était heureux d’avoir quelqu’un d’autre qui pourrait l’aider.
— Merci.
— Monsieur Cord, le témoin est à vous.
Steven se lève.
— Merci, mais j’en ai fini avec le témoin.
Le sergent se lève et se dirige vers Lew Miles. Il lui chuchote à l’oreille de le suivre à l’extérieur. Dans le couloir, il informe le jeune homme qu’il a un mandat d’arrêt contre lui pour délit de fuite dans la ville de New York.
Lew n’est pas étonné. Le sergent Walker prie Lew de se présenter à son bureau, au poste de police, dès qu’il aura terminé son témoignage à l’audience. Il espère qu’il peut compter sur lui. Lew lui dit qu’il ne va pas s’enfuir, et Walker lui fait confiance.
Lew regarde un instant la statue d’Abraham Lincoln et retourne dans la salle d’audience, tandis que Walker quitte le tribunal.
À l’audience, c’est au tour de Marsha de témoigner. Pendant qu’elle raconte les faits, on voit des flash-back de la dernière journée où Fred s’était introduit chez elle.
— Il voulait faire l’amour avec moi, dit-elle pudiquement.
Carter lui demande d’être plus spécifique.
— Il voulait me violer si vous préférez. Oui, on peut parler de viol, répond Marsha.
Carter pousse Marsha à parler de la scène à l’hôpital où Fred lui a fait une confession. Elle commence par être vague dans ses réponses, et insensible aussi. Mais elle a dû tout de même finir par admettre que Fred a accusé le Dr Rossi d’être responsable de sa blessure à la tête.
Vient le tour de Norman Harrington. Il doit témoigner à propos de la scène qui s’est déroulée devant l’hôpital et où Michael et Fred en sont presque venus aux mains. Le procureur Jerry Carter, fait objection à une des questions de Steven mais son objection est rejetée. Norman continue. Flash-back sur l’altercation devant l’hôpital.
Rita est ensuite appelée. À contrecœur, elle relate le fait qu’elle était au courant de la bagarre entre Rossi et Russell. Le juge ajourne la séance jusqu’à 13 heures 45.
Durant la pause, Michael et Marsha parlent tout en buvant un café dans une tasse en carton. Marsha dit que Rita, Norman et elle-même auraient dû mentir.
D’ailleurs, si l’infirmière n’avait pas été dans la pièce au moment où Fred lui a dit que Mike est responsable, elle n’aurait jamais rien dit.
Michael dit à Marsha qu’elle a dit ce qu’il fallait. Elle ne doit rien se reprocher. Il positive en disant que bientôt, tout cela sera derrière eux.
Ada Jacks est maintenant à la barre des témoins. Elle décrit le moment où Mike cherchait Fred, le soir de la mort de ce dernier.
— Le Dr Rossi m’a demandé si M. Russell avait dit quelque chose à propos de l’endroit où il allait.
— M. Russell n’était plus à la taverne à ce moment-là ? interroge Steven.
— Non. J’ai dit au Dr Rossi que M. Russell était parti sans me dire où il allait.
— Quelle a été la réponse du Dr Rossi à ce sujet ?
— Rien. Il n’en a pas fait tout un plat. Il semblait juste… un peu distrait.
— A-t-il dit quelque chose.
— Oui, il a dit qu’il le cherchait. Il a dit que si M. Russell revenait, je devais essayer de le retenir.
— Pouvez-vous être plus précise ?
— Il voulait voir M. Russell. Je devais retenir M. Russell jusqu’à ce que le Dr Rossi revienne. Il voulait juste lui parler. Il n’y avait aucun sens caché dans ses paroles.
Carter se lève et demande au juge de supprimer la partie de l’enregistrement où Ada parle « d’aucun sens caché », car il s’agit d’une supposition. Le juge lui accorde ce droit.
C’est au tour du Dr Miles de témoigner. Steven fait dire à Harry, qui parle en tant que neurochirurgien, que la blessure de Fred a pu être fait plusieurs heures avant qu’il ne s’effondre. Carter objecte, toujours parce qu’il s’agit de supposition. Le juge accorde l’objection.
Un homme arrive dans le tribunal. Steven le voit et demande au juge de s’entretenir avec lui et Carter. Les deux parties s’avancent devant le juge. Steven veut présenter un témoin, M. Hagen, le propriétaire d’un petit motel. Celui-ci témoigne du fait que Fred Russell a pris une chambre avec une femme supposée être Mme Russell. La femme avait de longs cheveux blonds. Ils sont restés deux heures à deux heures et demi et sont partis. Dans la voiture, M. Hagen n’a vu que Fred. Il n’y avait pas de passager avec lui.
Le juge interrompt le témoignage et demande aux avocats de s’approcher. Il leur demande de renoncer aux arguments finaux car il a déjà pris sa décision. Steven et Carter vont s’asseoir tandis que le juge rend son verdict :
— Messieurs, ayant examiné les preuves et les témoignages très soigneusement, et ayant donné le poids nécessaire aux exigences de la loi, il apparaît à cette cour qu’il y a eu infraction au code pénal et qu’il existe une cause probable suffisante pour que l’accusé, Michael Rossi, soit envoyé en procès avec jury devant la Cour Supérieure du comté de Peyton à une date qui sera donnée par le juge président de ce comté. Les procédures sont terminées.
Tout le monde est en état de choc. Carter semble le seul à se réjouir. Rita est déphasée. Le public quitte la salle en silence. Eli Carson, dont le fils a passé 18 ans de sa vie en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis, s’approche de Michael et pose sa main sur son épaule, en guise de soutien.
Michael étreint Marsha. Steven essaie de rassurer Rossi. Il y a des doutes raisonnables, ils ont de grandes chances de gagner au procès. Marsha dit à Michael qu’elle l’aime. Le gardien vient et emmène le Dr Rossi à sa cellule. Sur le banc, Marsha pleure et sa fille, Carolyn, vient la réconforter.
Lew Miles les regardent un moment, puis sort de la salle d’audience. Il réfléchit longuement, se dirige vers la sortie, puis finalement fait demi-tour en direction du poste de police. Dans le couloir, il aperçoit son père.
— Je ne sais pas ce que va me réserver l’avenir, mais j’ai décidé de ne plus fuir.
Son père approuve.
Susan et Tom sont restés dans la salle d’audience. Susan est en état de choc.
— Je dois parler à Mike Rossi.
— Tu devrais parler à Steven.
— Je veux parler au Dr Rossi.
Devant la peine de Susan, Tom lui prend la main pour la consoler.
Le Dr Michael Rossi retourne dans sa cellule. Il enlève sa cravate qu’il donne au gardien. Une fois que les portes se referment sur lui, il s’allonge sur la banquette qui lui sert de lit, se demandant ce que l’avenir lui réserve.









