Lundi 12 mai 1969
La cellule
L’ex-mari de Marsha Russell, Fred Russell, est mort, succombant à une blessure au crâne. Et l’homme avec qui Marsha a prévu de se marier, le Dr Michael Rossi, a été arrêté et mis en prison sous l’inculpation de meurtre sur la personne de Fred Russell. Maintenant, Marsha se précipite au Palais de Justice pour voir le Dr Rossi, et pour essayer de décharger un fardeau qu’elle considère comme une fausse accusation.
Marsha Russell conduit et gare sa voiture en face du tribunal. Le Dr Rossi est assis dans sa cellule, il voit Marsha approcher, se lève et met la veste de son costume.
Dans sa cellule, Mike et Marsha s’embrassent longuement. Le médecin arrive encore à plaisanter malgré les circonstances.
— Je t’aime, lui dit Marsha.
— Je t’aime aussi.
Ils s’assoient sur la banquette servant de lit au prisonnier.
— Tout ceci est temporaire, je devrais sortir bientôt. Steven plaide mon cas pour une liberté sous caution. Il a bon espoir.
Marsha regarde le triste décor de la cellule.
— Cet endroit est affreux, terriblement affreux.
— Comment va Carolyn ? s’enquiert Mike.
— Elle va s’en sortir. Elle a été faire une grande promenade le long de la plage jusqu’à l’étang, ça lui a permis de réfléchir. Elle va aller bien.
Mike secoue la tête.
— Tout ce qui m’arrive est une succession de circonstances.
— Ils vont comprendre que tu n’as tué personne. La façon dont Fred s’est comporté ces dernières semaines… Il buvait, il était menaçant. Et toi, tu étais au mauvais endroit au mauvais moment.
— Je n’arrête pas de penser aux événements qui m’ont amené ici. En même temps, je n’ai pas grand-chose d’autre à faire. Si je suis ici, c’est le processus légal. Après tout, je suis le dernier à avoir vu Fred avant qu’il ne s’effondre. Je comprends qu’aux yeux de la loi, je suis le suspect idéal.
— La justice est aveugle, soupire Marsha.
— Mais c’est cette justice qui me sortira de là, j’en suis sûr. Steven est un bon avocat. Je m’en sortirai.
— Tu en es sûr ?
Mike hoche la tête.
— J’en suis sûr. Et si ce n’est pas le cas, j’aurai besoin de toi pour m’évader.
— Je viendrai.
Steven arrive. Marsha veut partir, mais l’avocat lui dit qu’elle peut rester.
— La liberté sous caution a été refusée, annonce-t-il.
— Je ne comprends pas, se plaint Mike. Steven, vous sembliez sûr de vous.
— J’ai eu tort, admet l’avocat.
Mike lui dit qu’il doit insister pour avoir le résultat de l’autopsie le plus rapidement possible. Il ne veut pas rester indéfiniment coincé dans cette cellule.
Eli grimpe avec allégresse les marches menant à la maison de Maggie et frappe à la porte. Il porte un élégant costume clair avec une fleur épinglée. Il a un cadeau dans une main et un bouquet de fleurs dans l’autre.
Maggie, elle, est vêtue plus sobrement. Elle le laisse entrer.
— Pourquoi êtes-vous si bien habillé ? lui demande-t-elle. Vous allez à un mariage ?
— Pas encore, mais j’ai décidé qu’il était temps pour moi de penser très sérieusement à me marier.
— Puis-je savoir avec qui ?
— La femme que j’ai demandée en mariage l’autre jour, ici même dans votre cuisine.
— Eli, je pensais avoir été claire. J’ai dit que je n’étais pas prête. J’ai besoin de plus de temps. Vous aviez été très gentleman ce jour-là et vous m’aviez dit avoir compris.
— J’ai compris, mais j’ai décidé qu’être trop gentleman pouvait nuire à ma personnalité. Maggie, puis-je avoir un peu de votre cidre ?
Maggie va lui chercher un verre. Eli poursuit :
— Je me souviens que mon père disait de ne jamais prendre un non pour une réponse lorsque la question nécessite un oui.
Eli devient plus sérieux et lui fait une déclaration très touchante. Il lui demande d’ouvrir son cadeau. C’est un morceau de bois en forme de cadre où il est inscrit : « Veux-tu m’épouser ? » C’est Eli qui l’a fabriqué. Maggie en est très émue. Elle essaie d’enlever sa vieille alliance et lui dit :
— Oui, je veux bien devenir Mme Eli Carson.
Heureux, Eli se rend à la porte et crie à qui veut l’entendre que Maggie veut bien devenir Mme Eli Carson.
Susan Winter se rend à la taverne d’Ada Jacks pour y rencontrer son ex-mari, Tom. Elle aimerait lui demander une faveur. Il lui dit de s’installer dans son « bureau », qui n’est autre qu’une table de la taverne.
Elle aimerait que Tom aille voir le Dr Rossi pour lui demander de se débarrasser de Steven. Tom est étonné par cette démarche. Susan tente de se justifier :
— Il a besoin de grands avocats pénalistes, des avocats aux réputations nationales, ils seront mieux armés pour l’aider.
— Susan, Mike est un homme intelligent, il est parfaitement capable de choisir son propre avocat.
— Peut-être est-ce une question d’argent ? Mais ce n’est pas important, il pourrait bénéficier du soutien de mon père. Mais je ne peux pas le lui dire en personne, je dépasserais les bornes.
— Je me rends compte que tu es bouleversée et inquiète…
— Bien sûr que je le suis. Tu réalises que c’est lui qui m’a aidée lorsqu’on a rompu. Je lui ai fait passer de mauvais moments, mais il est toujours resté près de moi et m’a aidée à m’en sortir. S’il te plaît, va le voir pour moi.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Tu essaies d’imposer un avocat célèbre qui ne connaît pas Mike. Ni lui, ni cette ville, ni les circonstances. Ça pourrait se retourner contre lui.
— Et donc, il devrait dépendre d’un avocat d’une petite ville qui n’a pas le temps de s’occuper de lui ?
Tom fronce les sourcils.
— Qu’essaies-tu de me dire ?
— J’essaie de te dire que Steven n’a pas le temps de s’occuper de Mike. Il est totalement impliqué dans la succession de Peyton. Il veut attaquer les deux derniers testaments du vieux. Il est obsédé par l’idée de mettre la main sur cet argent et il ne laissera personne se mettre en travers de son chemin.
— Je pense que tu confonds deux problèmes bien distincts.
— Tu ne le connais pas aussi bien que moi. Je pense que c’est un bon avocat. Il a fait du bon travail quand il a défendu Rodney Harrington. Il se serait plié en quatre pour un Harrington. Et pourquoi ? Pour s’assurer un avenir dans la dynastie Peyton.
— Pourquoi tu fais ça, Susan ? Pourquoi tu veux m’impliquer dans tout ça ?
— J’essaie d’aider Mike Rossi.
— Pourquoi ne vas-tu pas le voir toi-même ?
— Il va penser que j’agis par dépit à cause de quelque chose qui s’est passé entre Steven et moi.
Tom se lève.
— Désolé, Susan. Je ne sais pas ce que tu avais vraiment en tête en venant me voir. Je ne peux pas t’aider.
Dans le couloir du palais de justice, Steven interroge Harry à propos de l’heure possible du coup porté à Fred :
— J’ai interrogé des dizaines de médecins, mais je voudrais votre opinion. Est-il vraiment possible de déterminer l’heure probable du coup ?
— Il y a des traces de sang coagulé sous le cuir chevelu, des tissus de peau. Ce n’est qu’une supposition, mais je pense qu’on pourrait en effet déterminer une heure…
Il ne reste plus qu’à attendre le résultat de l’enquête du coroner. Ils s’apprêtent à aller voir Mike tous les deux, mais Almaarrive. Elle salue Steven en lui serrant la main. Harry dit à Steven d’aller voir Mike seul, il ira voir le prisonnier plus tard.
Alma est venue lui parler parce qu’elle a le sentiment qu’Harry évite Lew. Il rentre tard à la maison et il parle à peine à son fils.
Harry se défend en lui disant qu’il a beaucoup de travail à l’hôpital, surtout depuis l’arrestation de Mike. Il refuse toujours de parler à Lew et veut que ce soit lui qui lui parle en premier de New York.
— Si tu crois que c’est un jeu entre nous, alors Lew en possède les règles. Je ne fais que les suivre, c’est tout.
Alma rentre à la maison et se rend dans la chambre de Vickie. La jeune fille est perturbée par les coups que donne le bébé.
— Ce sera un garçon, à coup sûr, dit-elle. Il n’arrête pas de boxer.
Alma s’approche d’elle.
— Vickie, je ne veux pas que tu partes. Je veux que tu restes avec nous, au moins jusqu’à ce qu’on trouve une solution pour toi et le bébé.
— Vous êtes juste inquiets pour vos précieuses apparences.
— Si j’étais aussi inquiète pour les apparences, je t’aurais mise à la porte deux minutes après que tu y sois entrée. Mais je vois quelque chose en toi qui me fait penser à moi à ton âge.
— Et maintenant, vous voulez jouer à l’assistante sociale ?
— Je veux juste t’aider, et aider ton bébé.
— Allons, madame Miles. Je n’ai pas joué franc-jeu avec vous et votre fils.
— Je sais. Mais depuis que tu es ici, j’ai vu que tu essayais vraiment de t’investir dans la maison. Au début, tout ce que j’ai vu, c’est une petite fille coriace venue de New York. Mais avec le temps, j’ai commencé à voir une jeune femme forte, sensible et avec un bon fond. Ce que je veux dire, c’est que nous avons été touchés par toi. T’avoir avec nous ici a été bon pour nous tous.
— Vous savez, madame Miles, j’ai beaucoup réfléchi. J’aimerais parler au docteur Miles et lui expliquer ce qui s’est passé à New York.
— Lew me l’a déjà dit.
— Oui, je sais.
— Mais il ne l’a pas dit à son père.
— Je voudrais juste lui dire que ce n’est pas la faute de Lew. C’est Larry qui…
Alma l’interrompt.
— Non, tu ne lui diras rien.
— C’est la condition pour que je reste ici ?
— Vickie, je n’exerce aucun chantage sur toi. Il faut que tu apprennes à nous faire confiance. Parle à mon mari si tu veux, mais je pense que Lew mérite une chance, tu n’es pas d’accord ?
Vickie n’arrive pas à croire que les Miles veulent la garder à la maison.
— Oh, allez, c’est quoi le piège ?
— Il n’y a pas de piège, Vickie. Nous en sommes venus à t’aimer, c’est tout.
Dans sa cellule, Carolyn rend visite au Dr Rossi. Elle s’assoit au bord de la banquette qui sert de lit et s’excuse de la façon dont elle a réagi à l’hôpital en apprenant la mort de son père. Mike ne lui en veut pas et dit qu’il était normal pour la jeune fille d’être bouleversée après avoir appris le décès de son père.
Il lui répète qu’il n’y est pour rien dans le drame. Carolyn lui dit qu’il n’a pas besoin de se justifier.
— Je le dis honnêtement. Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, mais je sais que ce n’était pas votre faute, dit-elle.
— Merci.
— Je devais vous le dire. Maman et moi, nous vous croyons. Et je veux que ma mère se marie avec vous tout de suite après votre sortie de prison.
Mike est très touché par les paroles de Carolyn. Avant qu’elle ne parte, ils plaisantent un peu. Il lui dit de ne pas hésiter à venir le voir si elle passe dans le coin.






