Épisode 495

Lundi 27 janvier 1969

Une décision radicale

Il y a quelques minutes, le téléphone a sonné dans la maison de Rodney et Betty Harrington. La voix courtoise et officielle d’une infirmière de l’hôpital a simplement dit que Rodney voulait voir sa femme, immédiatement. Betty, répondant à l’appel, ne sait pas de quoi il s’agit. 

Betty Harrington marche dans la neige, elle traverse le square et longe l’hôpital. Elle entre dans le bâtiment. 


Betty pénètre dans la chambre et demande à Rodney ce qui se passe. Il a exigé de la voir de toute urgence et elle est inquiète.

Rodney lui annonce qu’il a vu le psychiatre, le Dr Dave Wilkinson, dans la journée. Sa paralysie est d’origine psychologique et non physique. Il ajoute que Norman est également venu le voir.

— Il m’a dit tout ce qu’il avait sur le cœur. Tout ce qui le rongeait depuis des mois.

Betty réagit vivement :

— Ce n’était vraiment pas très intelligent de sa part de venir te perturber.

— Au contraire. C’est sans doute la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Ça m’a forcé à réfléchir à notre mariage… et à beaucoup d’autres choses.

— De son point de vue.

— Non, Betty. Du mien. Je n’ai pas été honnête avec toi, ni avec moi-même. La vérité, c’est que j’ai peur de te perdre. J’ai des doutes sur notre mariage… et je dois vivre avec ça. Betty, je veux que l’on se sépare.

Betty reste figée.

— Mais enfin… ça n’a aucun sens. Pourquoi ?

Rodney poursuit calmement. Il lui rappelle leurs années de lycée, lorsqu’elle était la fille la plus belle, la plus convoitée.

— Tu pouvais sortir avec tous les garçons du lycée.

— C’était avec toi que je voulais sortir.

— Je le sais. Et je me disais que j’avais une chance incroyable. Mais je me demandais aussi : « Est-ce qu’elle veut sortir avec moi… ou avec ma décapotable ? »

— Rod, les gens changent. J’espère que j’ai changé moi aussi. Tu ne peux plus me comparer à la fille ambitieuse que j’étais au lycée.

— Est-ce que les gens changent vraiment ? Moi, ce doute ne m’a jamais quitté. Et aujourd’hui, j’ai l’impression que tu reproduis le même schéma. La grande maison de mon grand-père que tu convoites.

— Dis-moi tout. Dis-moi ce que tu as sur le cœur.

— Très bien. Pourquoi t’es-tu mariée avec Steven si peu de temps après l’annulation de notre mariage ? Est-ce que tu l’aimais ? Et si tu l’aimais, pourquoi as-tu divorcé si facilement ?

— Continue…

— Pourquoi t’es-tu mariée avec moi ?

— Parce que je t’aimais. Et je t’aime toujours.

— Et ce n’était pas à cause de l’héritage que te promettait mon grand-père ?

— Non.

— J’ai vu ton visage quand Steven t’a dit que tu pourrais ne plus hériter.

— Ça a été un choc, je ne le nie pas. Mais ça n’a rien à voir avec notre mariage. Nous devons en parler honnêtement.

— Le doute est toujours là, Betty.

— Alors laisse-moi te le prouver. Je t’aime plus que l’argent.

— C’est pour ça que tu es allée à Boston le jour de ma rechute.

— J’y suis allée pour protéger nos intérêts. Ça ne veut pas dire que je ne t’aime pas.

— Je ne sais pas…

Betty, à bout de mots, comprend qu’elle ne parviendra pas à le convaincre. Elle quitte la chambre.


Le Dr Miles se rend chez le sergent William Wilson Walker pour lui parler de Lew. Joanne ouvre la porte et appelle son père.

Walker propose un verre à Miles, précisant qu’il n’a que de la bière. L’absence de Mme Walker est manifeste. Le médecin décline poliment.

— J’ai cru comprendre que vous étiez policier à New York avant de venir ici, dit Harry.

— Que voulez-vous savoir, docteur ?

— Sergent… j’ai besoin d’informations. D’informations policières.

— En provenance de New York ?

Harry acquiesce.

Walker lui explique que s’il partage la moindre information officielle, il serait tenu d’en référer à sa hiérarchie. En revanche, il connaît quelqu’un de discret qui pourrait l’aider. Il note un nom et une adresse sur un morceau de papier et le tend à Harry.

Joanne assiste à la scène en silence.


Michael Rossi arrive chez les Russell, fidèle à son enthousiasme débordant. Il revient d’une visite chez un antiquaire avec Carolyn et a rapporté à Marsha une boîte destinée à contenir une Bible.

Il annonce aussi qu’il a prévu de cuisiner à l’extérieur et demande à Carolyn de prendre ses bottes pour marcher dans la neige. Ni Carolyn ni Marsha ne se montrent particulièrement enthousiastes.

Mike sort vérifier le temps et revient, contrarié. Il neige abondamment : le pique-nique est annulé. Finalement, ils décident de cuisiner à l’intérieur, dans le salon. Mike allume le feu pendant que Marsha plaisante sur son côté autoritaire.


Rita entre dans le magasin des Harrington. Norman lui dit, pour plaisanter, qu’ils sont fermés. Rita insiste pour qu’il s’arrête un moment et déjeune avec elle. Il n’a rien mangé de la journée.

Elle sort des sandwiches qu’elle dispose sur la table. Norman mange avec appétit et lui demande un café. En allant le chercher, Rita regarde par la fenêtre et remarque qu’Eli se dirige vers la maison de Maggie Riggs. Norman marmonne que les femmes sont de vraies commères.

Eli frappe chez Maggie Riggs. Il explique qu’il vient prélever un échantillon de cidre. Maggie lui répond que le cidre est en train de tourner. Il souhaite le constater lui-même. Elle l’invite à entrer, attrape son manteau et son chapeau, et ne peut s’empêcher de critiquer la couleur de la cravate d’Eli.

Ils semblent pourtant bien s’entendre. Eli va au cellier et revient avec des patins à glace.

— Vous patinez ? demande-t-il.

— Plus depuis longtemps. M. Riggs avait peur que je me casse une jambe. À mon âge, ça ne pardonne pas.

Ils trinquent. Eli lui conseille de faire attention à ses genoux, mais l’encourage malgré tout à patiner avant que le lac ne dégèle. Maggie accepte avec plaisir.


Chuck Atwell apporte une boîte à Rodney. Il s’agit d’un jeu de société. Rodney est frustré : il ne veut pas jouer, il veut reprendre ses exercices. Il se sent prêt.

Chuck lui explique qu’ils reprendront le lendemain. Aujourd’hui, ils vont jouer. Il pose le jeu sur la table.

Rodney devient agressif, crie sur Chuck. Le thérapeute cherche à provoquer une réaction, à canaliser sa colère vers ses membres paralysés. Soudain, Rodney balaie le jeu d’un geste brusque : la boîte tombe au sol.

Il reste figé, conscient de ce qu’il vient de faire.

Chuck lui sourit.

— Vous l’avez fait. Vous avez bougé vos bras.

Rodney réalise qu’il a franchi une étape.ne car Rodney balaie de la main le jeu, qui atterrit par terre. Il est soudain conscient qu’il a bougé. Chuck lui sourit et lui dit qu’il l’a fait. Il est parvenu à bouger ses bras. 


Laisser un commentaire