Lundi 6 janvier 1969
Une invitée chez les Miles
Sous la direction du thérapeute Chuck Atwell, Rodney Harrington a fait de considérables progrès dans la récupération de la fonction motrice de ses jambes. Cette fonction lui revient peu à peu, et il n’y a désormais plus aucun doute dans son esprit. Rodney regarde l’avenir avec confiance.
Chuck Atwell aide Rodney à sortir de sa Dodge rouge. Rodney se déplace à l’aide de béquilles. Chuck lui ouvre la porte d’entrée.
Betty accueille Rodney avec le sourire. Il entre dans la maison et a la désagréable surprise d’y trouver Steven Cord. Betty lui explique qu’il est venu leur faire une proposition. Rodney répond qu’il est au courant pour la maison.
— J’ai offert le double du prix pour la maison Peyton, annonce Betty. Le terrain vaut plus que la maison.
Steven reconnaît que c’est un bon investissement.
— Ce sera la maison de Betty, précise Rodney. Elle l’achètera avec son argent. Pas avec le mien.
— Ce sera notre maison, proteste Betty. Elle sera à nos deux noms.
Avant de partir, Steven dit à Rodney que Betty lui a fait une offre irrésistible, qu’il ne pourra pas refuser.
Une fois seuls, Rodney comprend.
— Tu la lui as finalement achetée, n’est-ce pas ?
Betty passe ses bras autour de lui.
— C’est une merveilleuse opportunité. Et c’est aussi un moyen de nous débarrasser de Steven, et de te prouver qu’il ne signifie plus rien pour moi.
Le facteur Roy Slater apporte une lettre à Maggie Riggs. Celle-ci vient de déposer des tartes aux myrtilles — probablement destinées à Norman — sur la rambarde de son porche pour les laisser refroidir. Elle remarque que Roy est en retard aujourd’hui.
Il lui tend une lettre, qu’elle ouvre aussitôt après son départ. Maggie pousse un cri de joie en découvrant qu’elle contient un chèque.
— Je l’ai fait ! J’ai gagné !
Rita relève le courrier du magasin de motos dans la boîte aux lettres lorsque Norman arrive. Maggie descend alors l’allée de son jardin en courant, brandissant son enveloppe.
— Rita ! Oh, Rita !
On comprend que Mme Riggs habite en face du magasin de motos, à côté du Shoreline. Elle annonce à Rita et Norman qu’elle a gagné cinq cents dollars à un concours de cuisine. Rita se réjouit pour elle.
Norman lui demande ce qu’elle compte faire de tout cet argent. Maggie répond qu’elle va le placer à la banque. Son défunt mari lui répétait toujours qu’il était bon d’avoir un peu d’argent de côté.
— C’est bien aussi de se faire plaisir, lui répond Norman.
Maggie reconnaît qu’il a raison et envisage de s’acheter une robe.
Rita explique qu’elle doit se rendre à la banque et propose à Maggie de l’accompagner. En aparté, elle demande à Norman cinq dollars pour acheter un supplément pour le dîner, comptant inviter Maggie au repas qu’ils préparent pour Eli Carson le lendemain soir.
Maggie et Rita partent ensemble vers le centre-ville. Rita précise qu’elles s’arrêteront devant la boutique Les Femmes pour regarder les robes. Maggie ne retourne même pas fermer sa porte ni prendre son sac à main. Qu’il fait bon vivre dans une petite ville sans craindre les cambriolages.
Au magasin général, Eli alimente le poêle lorsque Norman entre et se plaint que ses bottes soient trempées. Eli lui vend un savon spécial.
Norman lui demande s’il est déjà allé patiner sur l’étang. Eli répond qu’il n’a pas le temps pour cela, puis lui réclame son dû. Norman le paie et lui demande comment appliquer le savon.
Eli hausse les épaules.
— Directement sur les bottes.
Norman rappelle à Eli qu’il est invité à dîner le lendemain soir. Eli s’en souvient parfaitement.
— Vous avez une mémoire d’éléphant, remarque Norman.
— Nous, les Carson, n’oublions jamais les bonnes invitations, lui répond Eli.
Il ajoute qu’il considère les invitations à dîner comme des moments privilégiés.
Au laboratoire, Lew arrive en retard et se fait gentiment réprimander par ses partenaires du projet. L’un d’eux lui demande ce qu’il a fait de son sourire.
— Je protège mes dents, plaisante Lew.
Il rejoint Carolyn, qui lui explique avoir observé un rongeur en état de stress. Elle comprend vite que Lew ne va pas bien.
— Elle te donne du fil à retordre ?
— Qui ?
— Cette fille ?
— Cette fille ?
Il lui demande de laisser tomber. Carolyn s’excuse, elle voulait simplement faire la conversation.
Vickie surgit dans le laboratoire, une valise à la main, au grand étonnement de Lew. Il l’entraîne dans le couloir pour parler.
— Tu étais repartie pour New York. Qu’est-ce que tu fais ici ?
— J’ai changé d’avis. J’ai vu Larry, et il m’a dit de retourner à Peyton Place.
Vickie exerce clairement un chantage sur Lew.
— Si on se marie, on ne pourra pas témoigner l’un contre l’autre.
— Je n’ai rien fait.
— Tu étais dans la voiture.
— Je ne conduisais pas. C’était Larry. Moi, j’étais à l’arrière.
— Moi, je dis que tu conduisais.
— Et moi, je dis que tu mens. Pourquoi tu fais ça ? Le père de ton bébé, c’est Larry. Retourne avec lui.
— Larry est un raté. Toi, tu es le fils d’un médecin. Je veux ce qu’il y a de mieux pour mon bébé. Alors tu vas me présenter à tes parents, ou je vais à la police.
Lew comprend qu’il n’a pas le choix. Il ramène Vickie chez lui. Devant l’allée enneigée, elle tente de le rassurer.
— Tu n’as pas à t’en faire. Tant que mon bébé portera le nom des Miles et que j’aurai de quoi vivre, tu n’auras rien à faire.
Elle esquisse un sourire.
— À moins que nous tombions follement amoureux l’un de l’autre.
Lew n’a pas envie de plaisanter. Il entre avec elle et appelle Alma. Elle arrive du salon, stupéfaite de découvrir une jeune fille avec son fils. Lew lui présente Vickie Fletcher comme une amie de New York et demande si elle peut rester quelque temps. Elle pourrait occuper la chambre de Cliff.
— Madame Miles, commence Vickie, il y a quelque chose que vous devriez savoir…
— Vickie…, l’interrompt Lew.
Il se tourne vers sa mère.
— Nous avons l’intention de nous marier.
Alma laisse échapper un petit rire nerveux, puis comprend. Elle demande à Lew d’aller préparer la chambre de Cliff et de vérifier qu’il y a des serviettes dans la salle de bains.
Elle invite Vickie à s’asseoir dans le fauteuil et engage la conversation. Vickie explique qu’elle vit à New York mais qu’elle est originaire de Baltimore. Elle raconte avoir suivi des cours de dactylographie et espérer devenir secrétaire ou réceptionniste.
Alma souligne qu’il y a davantage d’opportunités dans une grande ville comme New York que dans une petite ville comme Peyton Place. Elle rappelle aussi que Lew est encore lycéen et qu’il devra partir étudier la médecine dans une grande université.
Peu à peu, Alma comprend la vérité.
— De combien de mois ? demande-t-elle.
— Trois.
Lew redescend et annonce que la chambre est prête. Alma est sous le choc. Elle lui demande d’accompagner Vickie à l’étage, puis décroche le téléphone pour appeler l’hôpital.
— Ici madame Miles. Quand le Dr Miles sera disponible, dites-lui que sa femme a appelé pour une urgence à la maison.
Steven sort de sa voiture et se rend chez Betty et Rodney, tenant en main le chèque de Betty pour la maison.
Il leur annonce que le banquier, Charlie Tomlinson, lui a demandé de restituer le chèque. Il n’a aucune valeur. On lui a explicitement demandé de ne pas accorder d’avance sur l’héritage. Steven n’en sait pas davantage et s’en va.
Betty ne comprend pas et commence à paniquer à propos de son héritage. L’argent ne peut pas s’être envolé ainsi. Rodney tente de la rassurer et lui dit qu’ils ignorent encore tout, qu’il vaut mieux attendre.
Mais Betty, à bout de nerfs, s’emporte contre lui. Ils se disputent. Elle lui dit qu’elle sait ce que tout le monde pense d’elle : qu’elle est obsédée par l’argent. Norman le pense, en tout cas.
Rodney saisit ses béquilles et tente de se lever. Soudain, il s’effondre. Betty se précipite.
— Je ne peux plus bouger ! hurle-t-il. Je ne peux plus bouger !





