Épisode 462 

Mercredi 18 septembre 1968

Une décision irrévocable

Le révérend Tom Winter est revenu à la maison. Le col clérical qu’il portait depuis des années n’est plus sur lui. Sa capacité à aider son prochain semble s’être éteinte. Il ne lui reste qu’une épouse qui se bat contre l’alcool. C’est dans cette chapelle que Tom vouait autrefois toute sa passion au Culte. C’est aussi dans cette chapelle qu’il a aimé pour la première fois.

À l’intérieur, Tom se tient debout, vêtu en civil.


— Ainsi, vous êtes revenu.

Tom se retourne et aperçoit le Dr Rossi qui s’avance vers lui.

— J’en suis content, ajoute-t-il.

Mais Tom le refroidit immédiatement :

— Je viens juste prendre mes affaires.

— Où étiez-vous ?

— À Boston.

— Je vous cherchais. Votre femme est à l’hôpital. Elle boit plus que de raison depuis votre départ. Elle a besoin de vous. Désespérément.

— Je suis désolé.

— Allez la voir.

— Elle n’a pas besoin de ma sympathie.

— Non, elle a besoin de vous.

— De la sympathie, c’est tout ce que je peux lui offrir. Je n’ai rien à lui dire.

— Bien sûr que si, insiste Mike.

— La seule chose que j’ai à lui dire, honnêtement, c’est « merci ». Merci de m’avoir ouvert les yeux. Merci de m’avoir mis en contact avec Jill, de m’avoir montré ce qui est vraiment important dans la vie. Merci de m’avoir forcé à quitter l’Église… Vous croyez que Susan veut entendre ça ?

— Tom, vous avez encore des responsabilités envers elle.

— Plus maintenant.

— Elle est toujours votre femme !

— Elle porte encore mon nom, mais c’est tout.

— D’accord… Et vous, qu’avez-vous ? Qu’avez-vous vraiment ?

Tom veut partir, mais Mike le retient.

— Tom, je dois vous demander de rester loin de Jill Smith.

— Je ne suis plus révérend. Je ne suis plus qu’un homme. Et je n’ai pas l’intention d’accepter un « non » comme réponse. Je l’aime. Je peux envisager une vie avec elle.

— Mais elle ne vous aime pas ! Elle est partie à cause de vous, parce que vous lui faites peur. Et aujourd’hui, à cause de vous, elle a perdu la garde de Kelly. À cause de vous, elle a perdu la seule personne qui comptait vraiment pour elle !

Tom baisse la tête, penaud.

— Je l’ignorais.

— Parce que vous êtes trop occupé par votre propre personne.

— Je vais aller la voir et lui parler.

— Non. Je vous en empêche. Le juge lui a laissé une petite porte ouverte : elle a une chance de récupérer l’enfant. Ne venez pas, encore une fois, tout gâcher.

— Mais je l’aime !

— Et quelle différence cela fait-il ? Elle ne vous aime pas, et elle ne vous aimera jamais. Vous devez l’accepter, y faire face et vivre avec.

Le médecin lui demande de reconsidérer sa position et de revenir à l’Église. Mais Tom répond que l’Église appartient à Dieu, et le reste à Susan. Lui n’appartient plus à aucun des deux.


Dans sa chambre d’hôpital, Rodney joue aux dames avec Norman. Comme il ne peut pas bouger les pions, il indique à son frère quels déplacements effectuer. Norman prend un malin plaisir à faire semblant de ne pas comprendre. Rodney finit par déclarer forfait.

Norman se lève : il doit rentrer pour le dîner. Avant qu’il ne parte, Rodney lui demande d’avoir l’œil sur Betty. Elle paraît forte, mais elle est vulnérable. Norman promet.


Tom traverse le square. Il jette un regard vers la fenêtre du bureau de Steven Cord, situé dans le bâtiment de la banque, sur le côté est du square.

Steven lit une déposition lorsque Tom arrive. Il entre et s’assoit sur le sofa, puis lui annonce qu’il a quitté le ministère.

Steven lui dit que Susan l’aime et, comme Michael plus tôt, il souhaite que Tom aille lui parler.

Mais Tom est venu pour autre chose : il veut que Steven entame une procédure de divorce.

Steven insiste : Susan a besoin de lui.

Tom lui demande simplement d’aller dire à sa femme qu’il ne l’aime plus et qu’il en est désolé.


Rita prépare un dîner aux chandelles lorsque Norman arrive. Il allume les bougies. Rita lui raconte que Kelly est un ange : elle dort beaucoup et ses journées passent vite à s’occuper d’elle. Elle semble épanouie dans ce rôle.

Norman suggère d’inviter Betty. Devant l’air préoccupé de son mari, Rita lui demande ce qui se passe. Norman avoue craindre que Betty abandonne Rodney… ou, pire, qu’elle retourne vers Steven. Après tout, ils ont été mariés et ont beaucoup compté l’un pour l’autre.

Rita l’arrête net : elle est persuadée que Betty ne retournera jamais vers Steven, car elle aime profondément Rodney.


Au Colonial Post Inn, Michael dîne avec Marsha et sa fille Carolyn. Il s’est placé entre elles.

— Une mauvaise herbe parmi deux roses, plaisante-t-il.

— Je dirais plutôt une « épine » parmi les roses, corrige Carolyn.

Mike apprécie son esprit.

Tout se déroule agréablement jusqu’à ce que Carolyn aperçoive son père. Elle se lève pour l’embrasser : elle pensait qu’il était à Boston. Fred explique qu’il devait se rendre à White River. Il salue poliment Marsha et Mike.

Carolyn l’invite à prendre un verre avec eux, mais il décline. Marsha est soulagée et rappelle à sa fille qu’elle le voit dimanche.

Une jeune femme brune s’approche ; Carolyn comprend qu’il s’agit d’une amie de son père. Elle demande à faire les présentations. Fred lui présente donc Donna Franklin. Carolyn l’interroge aussitôt pour découvrir si Donna est la petite amie de son père ou une simple connaissance.

Il apparaît que Donna est très proche de Fred, au grand désarroi de Carolyn.

Fred annonce qu’il viendra la chercher tôt dimanche matin, puis repart avec Donna.

Mike et les deux femmes reprennent leur repas.

Carolyn demande à sa mère si elle était au courant.

Marsha répond calmement qu’ils sont divorcés : chacun vit sa vie désormais. Si son père fréquente une femme, il en a parfaitement le droit.


Au magasin, Norman tape une commande à la machine lorsque Joe Rossi entre pour jeter un œil à sa future moto. Joe lui parle de Kelly : il aimerait la voir.

Norman lui dit qu’il n’a jamais été un père pour elle ; Kelly ne le reconnaîtrait même pas. À ce rythme, elle finira par croire que Norman est son père.

Joe insiste : on comprend déjà qu’il envisage quelque chose qui ressemble à une famille. Norman finit par accepter. Joe le remercie. Reste à savoir ce que Jill et Rita en penseront.

Une fois Joe parti, Norman ferme la boutique. Il voit alors la voiture de Steven s’arrêter devant chez Betty. L’avocat descend et va sonner à sa porte.

Norman observe : Betty ouvre et invite Steven à entrer, sous son regard désapprobateur.


Épisode 461

Lundi 16 septembre 1968

Garde provisoire

Aujourd’hui, Norman et Rita Harrington ont obtenu la garde temporaire du bébé de Jill Smith, jusqu’à ce que Jill puisse prouver qu’elle est capable d’élever un enfant.
Le tribunal s’est vidé. Norman et Rita sortent du bâtiment avec la petite Kelly.


Jill sort à son tour, accompagnée du Dr Rossi. Mélancolique, elle observe Rita et Norman avec son enfant. Elle est, bien naturellement, déprimée à l’idée de devoir laisser Kelly.

— Ils forment une belle famille, dit-elle.
Michael lui assure qu’un jour, elle récupérera la garde de son bébé, mais qu’il lui faut d’abord se constituer un dossier solide, ce qui passe par un emploi fixe. Il veut que Jill travaille à l’hôpital comme aide-soignante.
— Et devenir aide-soignante fera de moi une bonne personne, c’est ça ? ironise-t-elle.
— C’est un travail dur.
— Juste ce que veut le juge.
— Qu’y a-t-il de mal à ça ? L’objectif est de vous trouver un emploi stable.
— Ça ne fonctionnera pas.
— Je sais, tout ce que vous touchez se transforme en sable… Très bien, oubliez ça.
— Merci d’essayer de m’aider.
— Jill, cessez de vous complaire dans votre misère. Essayez au moins de vous battre !
— Comment ?
— Je vous soutiendrai dans ce travail.

Il lui offre une avance d’un mois pour qu’elle puisse payer un loyer à la pension de famille de Mme Hewitt. Jill refuse : elle ne veut plus jamais retourner là-bas.
Mike lui répète qu’elle a besoin de faire un travail sur elle-même.


Jeff Kramer et Carolyn Russell descendent du buggy du jeune homme et se rendent au Shoreline Café. Le bâtiment est vide et Jeff possède la clé que le propriétaire lui laisse pour répéter en toute tranquillité lorsque l’établissement est fermé. Ils gagnent la scène. Carolyn saisit des baguettes de batterie et commence à jouer. Jeff lui dit qu’elle a agi étrangement la veille. Carolyn répond qu’elle s’ennuie et demande pourquoi ils ne sont pas restés à la plage.

Jeff évoque son attitude versatile ; elle l’accuse de jouer les psychanalystes de bas étage mais reconnaît aussi qu’il est brillant. Ils se serrent dans les bras, dansent et s’embrassent tendrement.


Joe Rossi s’arrête devant le magasin de motos des frères Harrington. Il observe les engins exposés, puis entre.
À l’intérieur, Norman lui donne des nouvelles encourageantes de Rodney : il pourra bientôt se déplacer en fauteuil roulant, ce qui constitue déjà un beau progrès. Joe est soulagé que l’état de son frère s’améliore.

Il souhaite acheter une moto et Norman lui remet un formulaire de crédit. Puis la conversation dérive sur Kelly.
— J’ai appris que tu as une bouche de plus à nourrir, dit Joe. Mon frère m’a tout raconté.
— Nous gardons Kelly seulement jusqu’à ce que Jill puisse reprendre ses droits.
— Et combien de temps tu crois que ça va prendre ? ironise Joe.
— Pourquoi la rabaisses-tu toujours ?
— Pourquoi devrais-je me sentir désolé pour une fille qui se crée elle-même ses problèmes et qui, en plus, a l’air d’en savourer chaque minute ?
— Pourquoi ne lui accordes-tu pas un break ? Pourquoi ne sors-tu pas de sa vie, tout simplement ?

Norman lui demande pourquoi il n’était pas à l’audience. Joe répond qu’il devait travailler : il doit payer la pension alimentaire de Kelly.
— Deux heures d’absence, c’est de l’argent en moins pour la gosse, et je n’aurais pas pu me payer une moto.
Norman accepte finalement de lui faire crédit. Joe monte sur l’engin.
— Norm, tu dois comprendre que tant que Kelly restera avec toi et Rita, les choses ne pourront plus être les mêmes entre nous.
— Pour être clair : nous avons pris Kelly parce que nous ne voulions pas qu’elle soit placée chez des inconnus. Ce n’a pas été une décision facile. Nous avons perdu un bébé.
Joe avoue qu’il n’aurait voulu personne d’autre pour s’occuper de l’enfant.


Dans la chambre 101 de l’hôpital, Rodney s’amuse avec une balle de tennis pour ses exercices. Le Dr Miles vient lui parler et lui prend la balle. Il a remarqué que Rodney sombre dans une certaine dépression. Il lui annonce l’arrivée d’un nouveau thérapeute : Chuck Atwell.

On frappe. Betty entre et embrasse son mari.
Elle lui a apporté une panoplie de balles, chacune personnalisée : la verte « Je n’oublierai jamais ta poigne » ; la pourpre « Qui rougit ? Je suis juste chatouilleux » ; la rouge « La finalité, c’est l’amour ».
Le Dr Miles lui demande si elle joue au tennis.
— Pas très bien, je le crains, avoue Betty.

Chuck Atwell arrive. Il ne fait pas très bonne impression à Betty et Rodney.
Betty et le Dr Miles quittent ensuite la chambre et discutent dans le couloir. Elle exprime sa déception à propos du thérapeute, mais le Dr Miles a confiance en lui. Il confie aussi sentir que Rodney cache quelque chose. Il demande à Betty si elle sait de quoi il s’agit. Elle répond non, mais son visage la trahit.


Jill se rend à l’appartement des Harrington. Elle apporte le reste des affaires de Kelly, rangées dans une boîte. Norman a emprunté une poussette que Rita décore avec du papier à fleurs.
Rita invite Jill à entrer et lui propose d’aller voir Kelly, qui joue dans son berceau.

Les Harrington ont transformé leur chambre en nursery et dorment désormais dans le salon, selon les recommandations de l’assistante sociale.
Rita tend la petite à Jill, qui la prend sur ses genoux. Elle remercie Rita pour tout ce qu’elle fait et avoue craindre de ne jamais pouvoir récupérer sa fille. Rita lui rappelle que Kelly n’est ici que provisoirement. Elle sait ce que représente la perte d’un bébé et se montre sincèrement compatissante. Selon elle, un enfant doit être avec sa mère.

Jill la remercie encore et dit son soulagement de savoir Kelly entre de bonnes mains.


À l’hôpital, Chuck Atwell s’entretient avec Rodney. Il l’irrite volontairement : il veut provoquer une réaction et faire sortir la colère enfouie en lui pour qu’il puisse s’en servir positivement dans sa thérapie.
Il saisit le récipient contenant les balles, en prend une, la regarde. Rodney la serre puis la lance presque sur le thérapeute. Atwell sourit : Rodney sortira bientôt de son fauteuil roulant, selon lui.


Dans l’église de Peyton Place, Tom Winter se tient seul. Le Dr Rossi arrive et lui lance :
— Alors, vous êtes enfin revenu.