Mercredi 13 novembre 1968
Des nouvelles de Boston
Les premières neiges de la saison arrivent en avance. Le quai de Peyton Place se couvre d’un manteau blanc et prend soudain l’allure familière de la Nouvelle-Angleterre. Betty Harrington n’y prête guère attention. Quelques minutes plus tôt, elle a quitté l’hôpital sur ordre de son mari. Rodney refuse de la voir et a fait dire à l’infirmière qu’il était en thérapie. Mais Betty sait la vérité : ce refus est nourri par ses soupçons, par sa conviction qu’elle lui serait infidèle. À présent, elle est déterminée à voir la seule personne capable, peut-être, de dissiper ces doutes : Tom Winter, ancien révérend devenu pêcheur.
Un couple marche le long du quai enneigé, puis se met à courir. Betty, emmitouflée dans un manteau couleur or, avance seule sur les planches gelées.
Arrivée devant le bateau où travaille Tom, Betty lui demande l’autorisation de monter à bord. Il refuse. Qu’importe. Elle reste sur le quai et lui parle.
Tom se rend à l’avant du bateau ; Betty le suit, sans y avoir été invitée.
Il admet avoir vu Rodney à l’hôpital. Betty s’anime… puis retombe lorsqu’il précise qu’ils n’ont pas échangé un mot.
Elle le supplie d’aller lui parler. Rodney est persuadé qu’elle entretient une liaison avec Steven Cord. Cloué dans son fauteuil, il se sent incapable de se battre pour elle et préfère abandonner, refusant même la thérapie.
— J’ai tout essayé, dit-elle. Le Dr Rossi, le Dr Miles, Norman, Rita… personne n’a réussi. Il ne reste que vous, monsieur Winter.
Tom baisse les yeux.
— Vous attendez un miracle ?
— Juste un peu d’aide.
— Betty… je ne peux pas aider Rodney. Je ne sais même pas m’aider moi-même.
— S’il vous plaît…
Tom ne répond pas.
Déçue, Betty s’éloigne dans la neige.
Lew rentre chez les Miles. Alma voudrait lui parler, mais il doit repartir aussitôt travailler. Elle espérait poursuivre la conversation amorcée au Cider Barrel.
— Je ne peux pas être en retard, dit-il en l’embrassant. On se voit ce soir au dîner.
Avant de partir, il se retourne.
— Dis, maman… tu me fais confiance, n’est-ce pas ? Je sais que je n’ai pas tout raconté sur New York, mais je ne suis plus un enfant.
— Tu le seras toujours pour moi.
— J’ai juste besoin de temps. Tout ce que j’ai fait là-bas, c’est vivre ma vie.
Alma est inquiète. Lew la rassure, puis s’en va.
Sur le chemin, il aperçoit Carolyn entrer au Shoreline Café, pourtant fermé. Il s’arrête un instant pour l’observer.
Au manoir Peyton, Steven entre et trouve Susan qui l’attend, un verre à la main. Elle parle sans discontinuer. Lui voudrait qu’elle parte.
Elle lui dit qu’ils se ressemblent : lui aime toujours Betty, elle aime toujours Tom.
— Parce que vous aimiez Tom, vous avez détruit sa carrière. Et parce que j’aime Betty, j’ai failli tuer son mari.
Susan dit qu’elle donnerait tout pour reprendre une vie avec Tom. Elle s’approche, passe ses bras autour du cou de Steven et l’embrasse. Il répond à son baiser.
Ils sont interrompus par Mary, la gouvernante, qui annonce un appel urgent d’Hannah Cord, de Boston.
Steven s’isole pour répondre. Hannah lui annonce la mort de Martin Peyton. Elle est bouleversée. Elle dit avoir voulu prévenir Steven en premier — avant Rodney et Betty — et ajoute qu’il saura tirer profit de la situation. Puis elle raccroche.
Steven revient dans le salon, monte l’escalier sans un regard pour Susan, puis redescend lorsqu’elle l’interpelle.
— Ce sont de mauvaises nouvelles ?
— Tout dépend du point de vue, répond-il calmement.
Il lui annonce la mort de Martin Peyton. Ils boivent un verre à sa mémoire. Steven lève ensuite son verre vers le portrait de Betty.
— Vive la reine.
Soudain, il éclate. Il brise des bouteilles, renverse des vases, fracasse des bibelots. Susan recule, inquiète. Steven rit : tout cela est à lui maintenant. Il peut faire ce qu’il veut, ici.
Tom Winter se rend à pied à l’hôpital. Il demande à Mlle Choate s’il peut voir le Dr Rossi pour faire vérifier son pansement. Elle consulte le planning, mais Tom s’est déjà éloigné.
Il se dirige vers la chambre de Rodney et hésite.
Finalement, c’est Rodney lui-même qui arrive, de retour d’examens. Ils entrent ensemble. L’infirmière qui accompagne Rodney précise que la visite doit être brève : le patient doit se reposer.
Rodney se montre cruel.
— Je n’ai pas besoin de vous. Vous êtes pathétique. Vous portez votre échec comme une médaille.
Tom encaisse, puis répond :
— Vous êtes tellement occupé à pleurer sur votre sort que mes propres larmes ne signifient plus rien pour vous.
Il tourne les talons et sort.
Rodney reste seul. Il saisit le téléphone.
— Passez-moi Chuck Atwell, dit-il sèchement.
Il marque une pause.
— Je veux reprendre la thérapie. Tout de suite.


















































