Lundi 17 mars 1969
Le témoin
Durant la moitié de sa vie, le Dr Harry Miles a été un homme noir dans un monde de blanc. Possédant fermement une identité, possédant fermement une profonde fierté personnelle, et savourant seul ses moments avec sa famille. Ces moments derrière la porte fermée de sa propre maison. Ce soir, la maison du Dr Miles a été envahie, envahie par la subtile et complexe destruction d’une force : la force de la rumeur.
Le Dr Miles rentre chez lui en voiture, entre dans la maison et est accueillie par sa femme, Alma. Il est tellement perturbé que les doigts de sa main sont crispés.
Le Dr Miles parle à Alma de sa rencontre avec Fred Russell. Il aurait préféré que cette rencontre se passe ici, chez lui. Parce que tout le monde a entendu les propos de Fred au Colonial Post Inn, et maintenant, la rumeur va parcourir toute la ville. La fausse rumeur que son fils, Lew, sort avec Carolyn Russell.
Il est tellement en colère qu’il fracasse son verre de whisky par terre. Alma lui demande de se calmer. Elle lui demande s’il compte dire à Lew qu’il a vu Fred. Harry répond à sa femme qu’il veut être transparent avec Lew.
Il monte à l’étage pour voir son fils. Lew écoute de la musique en lisant un livre. Il éteint l’électrophone pour pouvoir mieux parler à son père.
Harry l’informe de son altercation avec Fred. Lew n’en croit pas ses oreilles. Son père lui demande s’il compte continuer le projet scientifique avec Carolyn.
— Eh bien, au départ je n’étais pas très chaud pour le faire. Aimerais-tu que j’abandonne ?
— Non, lui répond Harry.
— Alors je vais continuer. Je la verrais pour le projet, et à l’école, mais c’est tout. Je ne lui parlerai plus en dehors de ça.
Harry lui dit que ce n’est pas la faute de Carolyn et qu’il serait dommage qu’ils perdent leur amitié à cause de Fred. Il fait entièrement confiance à son fils sur la façon de gérer les choses. Lui et sa mère seront toujours là pour lui. Il ajoute qu’il l’aime.
Lew est ému.
— Je sais, papa.
Norman s’occupe d’une moto en face du magasin de motos tandis que Rita sort avec quelques boites en carton. Elle fait tomber les cartons sur la moto et Norman prend peur qu’ils ne cassent le véhicule. Mais les cartons sont vides, Rita lui a fait une blague.
Elle lui dit que ces cartons vont servir au déménagement de Betty et Rodney.
Betty arrive dans sa décapotable bleue. Elle leur annonce que Rodney démarre ses cours au collège dès demain à l’aube. Ils déposent les cartons dans la voiture. Rita monte du côté passager et les deux filles s’en vont chez Betty pour remplir les cartons.
Vickie est dans sa chambre, allongée sur son lit. Elle ne se sent pas très bien. Lew va la voir et lui explique le problème que la famille Miles rencontre avec les Russell.
Elle lui dit que c’est une raison de plus pour qu’ils se marient. Lew préfèrerait qu’elle s’en aille. Il lui dit qu’ils n’ont aucun avenir tous les deux parce qu’ils ne s’aiment pas.
Vickie lui répond que peut-être ils pourraient ressentir quelque chose l’un pour l’autre. Elle commence à se sentir bien auprès de lui et de ses parents, qu’elle apprécie.
— Donc, tu ne vas pas partir ?
— Je ne vais pas partir, lui confirme Vickie.
Le Dr Miles arrive au bureau des renseignements de l’hôpital et s’entretient avec Mlle Choate. Il est tellement perturbé qu’il ne répond pas au salue d’un médecin.
Il est ennuyé que Mme Davis ait annulé son opération chirurgicale. Il demande des explications à l’infirmière en chef. Choate lui dit que la patiente a pris la décision hier soir, mais qu’elle ne sait pas pourquoi.
Harry va voir Mike dans le bureau de ce dernier. Le Dr Rossi a entendu parler de l’annulation de l’opération. Il informe Miles que le Dr Browning a essayé de joindre Mme Davis afin de lui parler et la convaincre d’accepter de se faire opérer à Peyton Place. Mais elle est allée à Boston pour se faire opérer là-bas. Il pense qu’elle a songé qu’elle serait mieux dans un hôpital plus grand. Cependant, Harry a une autre théorie. Et cette théorie implique Fred Russell.
Mike lui dit qu’il était de garde hier soir et qu’il est sûr que Fred n’est pas venu. Il n’a donc pas pu parler à madame Davis. Le seul qui était là hier était le thérapeute, Chuck Atwell.
Harry veut aller le voir, mais avant, Mike le met en garde. Il lui demande de se calmer car il est trop nerveux. Il ne voit pas Chuck dire quelque chose contre Harry. Mais Harry n’est pas de cet avis.
Le médecin se rend immédiatement en salle de rééducation pour parler avec Chuck Atwell. Il accuse le thérapeute d’avoir parlé à Mme Davis hier soir et d’avoir influencé sa décision d’annuler son opération.
L’irritabilité de Miles étonne Atwell, qui lui dit qu’il n’aurait jamais fait une chose pareil et ne comprend pas comment Harry peut avoir pensé ça.
Betty est chez elle avec Rita. Elles emballent les affaires dans les cartons. Rita lui dit qu’elle doit rentrer, car elle a promis à Norman de lui concocter une soupe de poisson.
— Alors, vas-y. Je ne veux pas être la responsable d’un drame familial, plaisante Betty.
Quelqu’un frappe à la porte. Betty est étonnée, elle n’attend personne. Rita va ouvrir. Il s’agit de Steven, qui vient avec une jeune femme brune. Il la présente comme Jennifer Ivers, l’une des infirmières de Martin Peyton.
Betty répète à Steven qu’elle ne veut plus rien savoir de la succession de Peyton. Rita s’éclipse. Steven demande à Betty d’écouter Jennifer, elle a fait le chemin depuis Boston pour leur parler à tous les deux.
Betty concède quelques minutes à la jeune femme pour s’expliquer et répondre aux questions de Steven.
— Vous étiez l’infirmière principale de monsieur Peyton. Est-ce exact ?
— Pas au début. J’étais remplaçante.
— Et de remplaçante, vous êtes devenue titulaire.
— M. Peyton a insisté pour que je le devienne.
— Pourquoi ? demande Betty.
— Je ne sais pas. La première fois que je l’ai vu, il m’a regardé d’une drôle de façon. Je lui rappelais quelqu’un.
— A-t-il dit qui ?
— Pas ce jour-là, mais plus tard.
— Quand exactement ? s’enquiert Steven.
— Le jour où il a voulu que je devienne son infirmière principale. C’est là qu’il a commencé à m’appeler Catherine.
— Catherine ! s’exclame Betty.
— Oui, il a dit qu’il voulait passé le plus de temps avec sa fille.
— En un mot, il vous a confondu avec sa fille qui est morte il y a plusieurs années, résume Steven.
— Au départ, j’ai cru à un jeu de sa part, mais je me suis vite rendu ecompte qu’il croyait vraiment que j’étais sa fille.
— Que vous avez-vous dit ? veut savoir Betty. Que vous n’étiez pas Catherine, que vous n’étiez pas sa fille ? Que vous n’étiez que son infirmière ?
— Que vouliez-vous que je fasse ? Je lui disais ce qu’il voulait entendre. C’était un vieil homme seul qui voulait parler.
— Vous étiez bien placée pour être témoin de son comportement, dit Steven.
— Plus que n’importe qui d’autre, répond Jennifer.
— Pouvez-vous dire qu’il se comportait de façon normale ?
— La plupart de temps. Mais il y avait des jours… bien sûr je ne suis pas une experte… mais j’ai surpris quelques comportements bizarres de sa part. Par exemple, il avait du mal à dormir, alors il m’appelait. J’allais le voir sans savoir s’il allait me prendre pour Jennifer, Catherine, ou même Betty. Il lui arrivait de me parler comme si j’étais Catherine, et il me disputait parce que je n’étais pas rentrée à l’heure. Il me parlait de choses qui étaient arrivées vingt ou trente ans plus tôt, et il me disputait parce que je ne m’en souvenais plus. Parfois, il me dictait des lettres en plein milieu de la nuit pour des personnes mortes.
— Avait-il discuté du testament avec vous ?
— Lequel ?
— Vous voulez dire qu’il y en avait plusieurs ? s’étonne Betty.
— Il m’en avait dicté deux ou trois avant de se décider sur le dernier et de me demander de signer en tant que témoin.
— Les autres testaments, où sont-ils ? demande Steven.
— Nous les avons brûlé. Il en aurait probablement rédigé d’autres, mais il a remis le dernier à son avocat.
— M. Wainwright ?
— Je suppose. Quoique M. Wainwright et M. Peyton se disputaient souvent, notamment à propos de la succession.
— Étiez-vous présente quand avaient lieu ses disputes.
— Non, mais je pouvais les entendre. Il y avait aussi une femme, Mme Cord.
— Qu’y avait-il avec Mme Cord ? demande Betty.
— Elle faisait pression sur M. Peyton concernant l’argent.
Jennifer regarde sa montre et se lève. Elle doit partir et attraper son bus pour Boston. Steven offre de la raccompagner en voiture. Elle sort et attend près de la voiture, laissant Steven avec Betty.
— Qu’en penses-tu ? demande Steven.
— Où l’as-tu trouvée ?
— Trouvée ?
— Une publicité dans un journal ? J’espère que tu l’a bien payée, parce qu’elle était très convaincante.
— Crois-tu que je serais assez fou pour produire un faux témoignage à la Cour ? Tu me connais mieux que ça, Betty.
Betty continue à dire qu’elle n’a rien à voir avec tout ça et qu’elle se fiche du testament. Avant de partir, Steven lui demande de bien réfléchir.
Puis Steven retourne à la voiture et raccompagne Jennifer Ivers à Boston.
— Je ne pense pas avoir fait bonne impression à Mme Harrington, lui dit Jennifer.
— Elle va changer d’avis, assure Steven.
Alors qu’il démarre la voiture, Betty les regarde partir depuis la fenêtre.






