Episode 287

Mercredi 16 novembre 1966

Rancœur

Rachel Welles, dans un moment de violence passagère, a montré aux gens qui sont proches d’elle combien elle craint profondément de retourner chez son tuteur. Un moment de violence qui a forcé le Dr Michael Rossi à la ramener à l’hôpital de Peyton Place, où elle sait qu’elle sera en sécurité sous sa protection, au moins le temps pour lui d’examiner et de guérir ses blessures. Pour les jeunes Harrington, l’incident ne peut qu’ajouter à leur sentiment de culpabilité et de responsabilité, déjà trop difficile à porter. Pour le Dr Rossi, cela le pousse irrémédiablement dans la vie de la jeune fille effrayée.

Rachel prend un ciseau et s’entaille les veines et le bras, sous les yeux horrifiés de Mike. Plus tard, Norman, Rita et Rodney attendent sur un banc, à l’hôpital. Dans la salle d’examen, Mike examine la blessure de Rachel. 


Le Dr Rossi demande à Rachel si on lui a déjà fait des points de suture auparavant. Elle lui répond que non. Il lui injecte un calmant afin qu’elle ne souffre pas lors de la couture. Rachel complimente Michael pour son habilité à suturer les plaies. 

La façon dont le médecin prend soin de la jeune fille pousse celle-ci à lui faire des confidences. Elle raconte que Chandler a épousé sa tante Lucy uniquement pour prendre possession de la ferme. Chandler utilise parfois une ceinture pour « corriger » Rachel. C’est pour cela qu’elle s’est enfuie et qu’on l’a retrouvée dans la cabane. 

Mike le savait, car Mme Burrows lui a dit. Elle remarquait souvent des bleus sur les bras de Rachel, et sur son visage aussi.

Mike demande à Rachel de lui dire tout ce qui s’est passé. Lorsqu’il termine son travail en bandant le poignet de Rachel, il l’étreint en lui promettant qu’elle ne retournera pas à la ferme avec Chandler.

Michael, Rachel, Rita et Norman sortent dans le couloir de l’hôpital. Michael demande à Mlle Choate d’emmener Rachel au second étage et de l’installer. 

Il se rend au téléphone et demande à l’opératrice de passer un appel pour Steven Cord. Le médecin demande une nouvelle fois à Mlle Choate d’emmener Rachel au second. L’infirmière en chef s’exécute et amène Rachel jusqu’à l’ascenseur. 

L’opératrice dit à Michael que Steven se trouve à la taverne d’Ada Jacks. Mike appelle là-bas.

Il est maintenant au téléphone avec Steven. L’avocat, adossé au mur à côté du téléphone, a un verre en main. Il n’est plus très frais.

Le médecin lui demande d’obtenir un ordre de restriction pour empêcher Jack Chandler d’approcher Rachel. Steven lui répond qu’il est très occupé par l’audience préliminaire de Lee Webber et lui suggère de contacter Ted Dowell en ajoutant que ce dernier est plus compétent que lui dans ce domaine.


Dans l’arrière-cour de la maison Carson, Eli raconte au petit Matthew une histoire sur les océans. Elliot se plaint gentiment à Constance du fait qu’Eli a parlé au bébé tout l’après-midi. Eli promet à Matthew qu’il lui construira un bateau lorsqu’il sera plus grand.


Betty est assise à une table, occupée à écrire une lettre (elle est gauchère). Elle termine, remet un coussin en place, remet le tisonnier droit, et va à la porte. 

Steven arrive à ce même moment et trébuche, visiblement éméché par l’alcool absorbé chez Ada. Betty l’installe dans le canapé. Il s’allonge, et s’excuse auprès de sa femme pour son état. Betty lui dit qu’elle comprend sa situation. Il lui dit qu’il est allé chez Ada, mais Betty le savait, car Ada l’a appelée. 

Betty connaît le problème de son mari : il va devoir contre-interroger Martin Peyton et cela le met en état de stress. 

— Une fois que le procureur aura terminé son interrogatoire, pourquoi ne pas simplement dire « pas de questions » lorsque le juge se tournera vers toi ?

— Pas de questions ? Pas de questions !

Steven se lève péniblement et jette sa cigarette dans la cheminée.

— J’ai vingt-huit ans de questions à lui poser. Je rêve de l’interroger comme témoin depuis que j’ai sept ans. Oh, Betty, tu ne peux pas savoir ce que c’est que d’entendre ma mère et Martin Peyton murmurer, et de les voir me regarder en se demandant si j’avais entendu ce qu’ils disaient. Et ils me demandaient d’aller dans ma chambre, sans raison. J’ai toujours eu l’impression de n’appartenir à personne. 

— Tout va bien maintenant, Steven.

— Je n’ai jamais compris, jamais… J’attendais, j’attendais qu’un jour il me dise, qu’il m’avoue… mais il ne l’a jamais fait. Jamais. Il savait que j’avais besoin de l’entendre me le dire, mais il me regardait, et il me tournait systématiquement le dos. Maintenant, il va être obligé de me répondre. Il ne pourra plus tourner le dos et s’en aller. 

Steven regarde Betty droit dans les yeux et s’imagine être devant la barre des témoins :

— « Monsieur Peyton. Monsieur Martin Peyton, c’est votre vrai nom, n’est-ce pas ? Je veux que vous me répondiez, je veux que vous répondiez sous serment, pour une fois vous serez obligé d’être honnête. Monsieur Martin Peyton, répondez-moi : pourquoi ? Pourquoi ! »

— Steven…

— « Pourquoi avez-vous fait cela ? Vous saviez que j’ai grandi en pensant que vous étiez mon père. Vous ne m’avez jamais traité comme un fils, vous m’avez toujours traité comme un moins que rien. Vous m’avez toujours fait espérer, et croire. Pourquoi ? »

Betty tente de le calmer : 

— Steven.

Steven se met à hurler :

— « Pourquoi ne m’avez-vous pas laissé connaître mon vrai père ? Ma mère n’a jamais voulu de moi. Elle n’a jamais voulu d’Ann. Avez-vous essayé de me séparer de ma propre famille ? Pourquoi ? Pourquoi vous ne m’avez pas donné à faire un choix ? Je suis un être humain (Steven pleure). Et j’aurais dû avoir le choix. 

Steven sanglote. Betty le prend dans ses bras.

— Oh, chéri ! Laisse-toi aller. 

Les larmes de Steven font maintenant place à la colère.

— Martin Peyton ! Je vais le crucifier !


Episode 286

Lundi 14 novembre 1966

Un geste désespéré

Rachel Welles est désormais à la garde de la police. Tous ceux qui ont désespérément voulu découvrir ce que Rachel savait à propos de la disparition d’Allison Mackenzie sont frustrés. En dépit du fait que Rachel a été trouvée en possession du bracelet d’Allison, la fille insiste sur le fait qu’elle n’a jamais rencontré Allison, et qu’elle ne sait rien à propos d’elle. Mais le sentiment qu’elle en sait plus qu’elle ne veut le dire sur Allison, ne cesse de s’accroître à Peyton Place.

Le drugstore de Peyton Place. Le tribunal. Le sergent William Wilson Walker se dirige vers le drugstore.


À l’intérieur du drugstore, Rita est très occupée, car il y a beaucoup de monde. Au bout du comptoir, Norman lui dit que son idée de vouloir faire venir Rachel à l’appartement le temps que la police trouve des parents à elle est saugrenue. 

Un enfant aux cheveux blond demande un chocolat avec une crème glacée, mais Rita, prise par sa conversation animée avec Norman, ne l’entend pas. Elle ne supporte simplement pas que Rachel se retrouve en prison en attendant qu’on retrouve des parents.

— Elle n’est pas en prison, dit Norman. Elle est juste en détention provisoire.

— Une prison reste une prison !

La remplaçante de Rita, Ellen, arrive. Rita est contente de la voir et de finir cette éreintante journée. Norman est finalement d’accord pour accueillir Rachel, puisque c’est tellement important pour Rita. 

Ils se précipitent dehors, tandis que l’enfant réclame toujours son chocolat. Espérons pour l’estomac du gamin qu’Ellen le lui préparera. 

À l’extérieur du drugstore, Rita et Norman manquent de se faire renverser par deux voitures tandis qu’ils se précipitent vers le tribunal, pour demander à garder Rachel avec eux.

À l’intérieur du tribunal, ils se dirigent vers Rodney et veulent lui parler de leur idée concernant Rachel. Mais le Dr Rossi arrive et Rodney se dispute avec lui, sous les regards de Rita et Norman. 

Mike reproche à Rodney d’avoir amené Rachel ici. Pour Rodney, c’est le seul moyen pour la faire parler d’Allison. Le médecin n’est pas d’accord, Rachel a besoin d’avoir confiance aux gens pour leur parler. La mettre en détention va provoquer l’effet contraire. 

Rita arrive enfin à placer une phrase.

— Nous la prenons chez nous. 

Mike pense que l’idée est bonne, mais il pense aussi que, même s’ils sont mariés, ils sont encore mineurs. Prendre soin d’une personne comme Rachel est une grande responsabilité pour un couple aussi jeune. 

Le sergent Goddard vient voir Mike, qui part avec lui.


Leslie sonne à la porte des Carson. Il a dans sa main un petit paquet cadeau avec un nœud bleu. Il s’agit d’une cuillère pour bébé. Elliot le fait entrer dans la cuisine. Constance le remercie et lui offre du café, qu’il décline. Il vient féliciter les Carson pour leur bébé, ainsi que ses regrets les plus sincères pour Allison. 

Il est cependant mal accueilli par Elliot qui garde une rancœur contre lui. Il est difficile pour lui d’oublier que Leslie est la personne qui l’a envoyé en prison pendant dix-huit ans pour un crime qu’il n’a pas commis.

Leslie leur dit que Rodney voulait se marier avec Allison après le procès. Il blâme Martin Peyton et le rend responsable de la rupture entre Rodney et Allison. Elliot se met en colère et ne voit en la démarche de Leslie de venir les voir avec un cadeau qu’un moyen pour celui-ci de cracher son venin sur Peyton. Elliot ne veut pas entrer dans le jeu de Leslie et ne veut pas être un soldat dans la guerre qu’il mène contre le patriarche. Il met Leslie à la porte. 

Elliot se calme et s’excuse auprès de Constance pour cette scène. 

— Ce type me rappelle constamment ces dix-huit années de vie gâchée pendant lesquelles je n’ai pas pu élever Allison.


Au poste de police, Rachel attend. Mike essaie d’ouvrir la porte qui est bloquée par une chaise où un officier est assis. Michael s’entretient avec Rachel. Il lui dit doucement que le procureur voudrait lui parler à propos du bracelet d’Allison. 

Rachel devient hystérique. Elle s’entaille le poignet gauche à l’aide d’un ciseau posé sur le bureau. Rossi appelle le sergent Goddard qui entre avec un autre officier de police (celui qui était sur la chaise). 

Michael examine la plaie que s’est faite Rachel au poignet. Il est possible qu’elle se soit coupé l’artère principale. Rachel supplie le Dr Rossi de faire tout ce qui est en son pouvoir pour qu’elle ne retourne pas chez Chandler. Elle veut qu’il l’emmène à l’hôpital. 

Rodney, paniqué, fait ses excuses à Rachel en lui disant qu’il ne voulait pas l’emmener ici. 


À la taverne d’Ada Jacks, Steven Cord boit un peu trop. Accoudé au comptoir, il se sert verre après verre sous le regard d’Ada. 

— Doucement, dit-elle. 

Steven lui répond qu’il en a besoin. Pour Ada, c’est surtout de parler qu’il a besoin. Elle s’installe avec lui à une table, sans oublier la bouteille et les verres. 

L’avocat parle à Ada de Martin Peyton, qui peut détruire sa carrière avec son témoignage. Il a bien l’intention de lui poser une question, la question qui le taraude depuis vingt-huit, et il sera obligé d’y répondre. Il a bien l’intention de lui faire cracher la vérité à la barre des témoins.

— Je n’ai pas peur de Martin, Ada. J’ai peur de moi.


Au poste de police, tandis que le sergent Goddard appelle l’hôpital, Norman, Rodney et Eli discutent de ce qui vient d’arriver. 

— Tu n’as pas à t’en vouloir, Rod, dit Eli.

Mais Rodney se sent responsable de ce qui est arrivé. Il est bouleversé et s’en va. Norman veut le retenir et lui parler, mais Eli lui demande de le laisser seul pour l’instant.

— Mais ce n’est pas sa faute, proclame Norman.

— Non, mais c’est ce qu’il pense en ce moment, et rien ni personne ne pourra lui faire entendre le contraire.

Rodney sort du tribunal et voit Betty dans le square, qui sort de sa voiture. Il la rejoint près des deux canons pour lui parler. Il lui demande notamment des nouvelles de Steven, elle de Sandy. Betty l’informe que Sandy lui a dit qu’elle est allée voir Rodney au manoir Peyton. 

— Ce n’est pas un secret, répond Rodney.

— De sa bouche, ça sonnait comme tel, en tout cas.

Elle prévient Rodney de rester loin de Sandy et lui rappelle à quel point Lee est une brute. 

— C’est pour ça que ton mari le défend, réplique Rodney.

— Cela n’a rien à voir, Rod. Tu confonds tout.

Betty s’inquiète pour Rodney, elle ne veut pas qu’il s’embrouille davantage avec les Webber.

Rachel, avec un bandage au poignet gauche, sort du tribunal, aidée par Eli et le Dr Rossi. Rodney prend congé de Betty et se précipite vers eux. Rachel est très mal en point, elle s’évanouit tandis que Rodney l’aide à la mettre dans la voiture de Michael. Eli ouvre la porte et Rodney la pose doucement à l’arrière de la voiture. Michael la conduit à l’hôpital.


Episode 285

Mercredi 9 novembre 1966

Harcelée

Depuis la disparition d’Allison Mackenzie, il n’y a aucun indice. L’enquête de la police est réduite à la routine. Mais dans l’esprit du père d’Allison, Elliot Carson, chaque jour qui passe sans traces d’elle ne fait qu’égrener son angoisse personnelle.

Deux policiers sortent du Town Hall, montent dans une voiture de police et démarrent.


À l’intérieur du tribunal, Elliot s’entretient avec Steven. Il veut que l’avocat force Lee Webber à donner des informations sur Allison. 

Lee est le dernier à avoir parlé à Allison lorsqu’il a été libéré sous caution (ce qui lui a d’ailleurs valu une annulation de la caution). 

— Vous êtes en train de me demander de manipuler mon propre client, se plaint Steven. 

Il ajoute qu’il ne compte pas compromettre son client. Son principal souci, pour l’instant, est de le défendre au mieux de ses intérêts. 


Norman et Rodney roulent dans la décapotable bleu clair de Rodney, et parlent brièvement tout en se rendant au magasin général.

Rodney pense que Rachel en sait plus sur Allison qu’elle veut bien le dire. 

Rodney gare sa voiture sur Glover Street, et les deux frères entrent dans  le magasin, où Rachel se cache dans l’arrière-boutique. 

Norman ouvre deux bouteilles de soda orange qu’il a pris dans le réfrigérateur. Rachel se cache des deux garçons, mais se cogne accidentellement contre une casserole accrochée au mur. Norman la voit. 

Rachel essaie de s’échapper. Rodney l’attrape et la retient. Il veut savoir pour Allison. Rachel le mord et Rodney lâche son étreinte. 

La jeune fille en profite pour s’enfuir hors du magasin. Rodney court après elle. Il la rattrape. 

—  Laisse-moi partir ! hurle-t-elle 

— Dis-moi ce que tu sais sur d’Allison. Et dis-le-moi tout de suite !

— Laisse-moi !

Rodney n’a aucunement l’intention de la lâcher. Au contraire, il l’emmène au poste de police.

À l’intérieur du poste de police, le sergent Goddard est au téléphone avec M.  Jefferson, l’homme de main de Chandler. Il raccroche et dit à Rachel qu’il n’y a aucun problème parce que Chandler sera là d’ici deux heures. 

Elle se retourne et s’enfuit, mais elle se cogne contre Lee Webber qu’on escorte dans sa cellule. Rachel est maintenant sous la garde de la police jusqu’à l’arrivée de Jack Chandler.


Au magasin d’Eli Carson, Norman est au téléphone avec l’hôpital. Leslie l’interrompt brutalement, voire impoliment, pour essayer de lui parler de son retour au collège. 

Finalement, l’infirmière au bout du fil informe Norman qu’elle n’a pas trouvé le Dr Rossi. Norman laisse un message pour le médecin : « Rachel est au poste de police ». 

Leslie bougonne à son fils qu’il gaspille son temps à vouloir parler avec lui et s’en va.

Rita se montre, et Norman lui dit que Rachel est au poste de police. Norman souhaite aller à Hastings Valley pour en savoir plus sur Rachel.


Sur le quai, Sandy rencontre Betty. Elle la complimente sur sa robe. Betty lui dit qu’elle admire l’atmosphère pittoresque du quai. Elle va organiser une soirée festive et elle est venue ici pour commander des homards frais. 

Betty demande à Sandy à quel point elle est engagée vis-à-vis de Rodney. Sandy esquive la question en souhaitant bon appétit à Betty et en s’en allant.


Le Dr Rossi se précipite dans la bibliothèque du manoir de Peyton, à la demande d’Hannah, et tente d’examiner le vieil homme. Mais il ne veut pas. Mike lui dit qu’il risque de mourir s’il refuse d’être examiné. 

Le médecin redescend pour parler avec Hannah et fait référence au fait qu’elle aurait dû être sa belle-mère s’il avait pu épouser Ann. 

Il lui demande pourquoi elle ne lui a jamais parlé d’Ann. Hannah esquive la question. 

Peyton descend tandis que Rossi s’en va. Un ouvrier est en train de remplacer le portrait de Catherine Peyton Harrington. 

Peyton demande à Hannah son opinion sur le nouveau portrait. 

— Tu peux lacérer cette peinture comme tu l’as fait avec l’original. J’en ferais tout simplement faire un autre. Et un autre. Et un autre. Ma fille est de retour dans cette pièce. Rien n’a changé. 


Elliot travaille activement au Clarion tandis qu’Eli entre pour lui parler de Rachel. Le vieil homme est en colère et lui dit que cette ville la traite comme une sorcière. 

Il lui dit qu’il lui a fourni un sanctuaire grâce au magasin général. Il ne supporte pas de la savoir torturée de la sorte. Maintenant, elle est au poste de police et doit répondre à des questions. Ce n’est pas la place d’une jeune fille. 

Le père et le fils commencent à se disputer. Elliot tente de faire comprendre à son père que Rachel est la seule piste pour tenter de retrouver Allison. 

— C’est un terrible choix à faire. Mais nous devons le faire. 

Par là, Elliot veut dire qu’ils sont obligés de bousculer Rachel s’ils veulent obtenir des réponses. 

— Je n’aurais pas dû venir te parler, maugréée Eli avant de partir. 


Le téléphone sonne chez les Carson. Constance descend les escaliers et répond. Il s’agit d’un appel une nouvelle fois perturbant. C’est une jeune fille qui prétend être Allison. 

Matthew se met à pleurer et la fille demande si c’est son jeune frère qui pleure. Puis elle raccroche. 

Anéantie, Constance laisse tomber le téléphone. Elliot arrive à ce même moment. Constance est extrêmement perturbée et Elliot tente de la réconforter. Matthew pleure toujours. Constance monte à l’étage. Elliot prend le téléphone. Il n’y a plus personne au bout du fil. 


Episode 284

Lundi 7 novembre 1966

Une aide précieuse

Rachel Welles est sortie de l’hôpital de Peyton Place, quittant ainsi la protection du Dr Michael Rossi, dans la crainte de devoir retourner à la garde de son tuteur. Pour Rachel, la vue d’un officier de police peut signifier qu’un retour chez son tuteur est possible.

Tard dans la nuit, Rachel se glisse furtivement du centre du square jusqu’au kiosque à musique.


Deux officiers de police se rencontrent dans le square et parlent ensemble brièvement. Ils recherchent Rachel. Mais la jeune fille se cache sous le kiosque à musique. Quand les policiers s’en vont, elle sort de sa cachette.


Le lendemain matin, depuis le magasin général, la porte après celle du Clarion, Eli se dirige vers le bord du trottoir et attend la camionnette du laitier. Il va ensuite près du kiosque à musique nourrir les pigeons, et c’est là qu’il trouve Rachel, qui se cache. 

Eli lui dit bonjour et lui demande comment elle a dormi. Il parle des personnes âgées qui viennent toujours donner à manger aux pigeons. Il caresse un chien appelé Girl. L’animal a été abandonné, son propriétaire ayant quitté la ville sans lui. 

Rachel commence à se sentir rassurée par Eli. Elle sort doucement de sa cachette et commence à lui parler, notamment d’un voisin à elle, Al Shafer, qui avait un chien qui s’appelait Rusty. 

Eli et Rachel finissent par se diriger vers le magasin général.


Steven s’apprête à aller faire une partie de golf avec Charlie Tomlinson, le banquier. Il dit à Betty qu’ils doivent quitter la maison que sa mère a achetée. Il a les moyens de se payer une maison neuve maintenant. Il ne veut rien devoir à sa mère. 

— Une fois que l’audience sera finie, tu reviendras à d’autres sentiments, dit Betty. Ne fais rien que tu puisses regretter par la suite.

La sonnette de la porte d’entrée retentit. 

Le Dr Rossi est admis. Il comprend que Steven est sur le point d’aller faire du golf. Betty sert au médecin une tasse de café. 

Mike est venu demander conseil auprès de Steven au sujet de Rachel. Il lui explique que ses deux parents sont morts. Il raconte aussi à l’avocat l’avertissement de Mme Burrows au sujet de Chandler, qui va venir bientôt la chercher.

Steven lui répond que si Chandler est son tuteur, et si Rachel est encore mineure, la garde peut être contestée juridiquement si la preuve est apportée que la jeune fille n’est pas en sécurité avec ledit tuteur. 

Steven s’excuse, car il est en retard pour sa partie de golf. Il prend ses affaires, embrasse Betty est s’en va. 

Restée seule avec le médecin, Betty dit qu’elle s’inquiète pour Steven. D’une part parce qu’il est trop absorbé par l’affaire Webber ; et d’autre part parce qu’il en veut beaucoup à sa mère. 


Marchant avec deux cannes, Martin entre dans le salon et prévient Hannah que ses derniers tests médicaux sont bons. Il pourra aller témoigner. 

Il lui parle du témoignage qu’elle doit faire. Elle doit rester forte et ne pas craquer. Elle ne doit pas mentionner le nom de Catherine. 

Selon Peyton, Hannah a conduit Ann tout droit vers la mort.

Hannah a peur que Martin craque lui aussi devant la barre. Pour Martin, il suffit qu’ils se mettent d’accord sur ce qu’ils vont dire. 

Hannah lui dit qu’il est encore temps d’aller voir le Dr Rossi pour qu’il lui fasse un certificat afin qu’il n’aille pas témoigner. 

— Persuadez le Dr Rossi que vous n’êtes pas capable d’aller dans cette salle d’audience, supplie-t-elle. 

Martin ne veut pas. Son refus pourrait tirer la sonnette d’alarme chez le juge et le procureur. Il lui recommande à nouveau d’être prudente à la barre. 

— Si un de nous venait à craquer, tu pourrais dire définitivement adieu à Steven.


Eli et Rita entrent au magasin général. Rachel a nettoyé les stores de la maison à l’arrière du magasin. 

Eli la remercie chaleureusement. Rita a fait du bacon, des sandwiches aux œufs et du café pour Rachel. 

Rachel demande des nouvelles de Norman. 

Elle a peur à propos de ce que Mme Burrows avait dit au Dr Rossi. Elle ne veut pas retourner vivre avec lui. 

— Il s’est marié avec ma tante. Elle est morte la semaine dernière. C’est pourquoi je me suis enfuie. Je préférerais mourir plutôt que retourner vivre avec lui. 

Eli lui demande si elle est encore mineure. Comme Rachel ne comprend pas, il lui demande son âge. Elle n’est pas sûre et pense avoir 18 ou 19 ans. 

Eli prend les choses en main. Il lui demande de lui épeler son nom de famille.

— Demain, j’irai à la mairie, dit-il. Je demanderai un acte de naissance et nous connaîtrons ton âge. Si tu as vingt-et-un ans, tu es majeure et il n’y aura plus de problème. 

— Et si j’ai moins de vingt-et-un ans ?

— Alors ce sera à la justice de prendre les choses en main. 

Rita intervient :

— La justice pourra empêcher Chandler de récupérer Rachel, n’est-ce pas monsieur Carson. 

Entendant le nom de Carson, Rachel comprend qu’il est le père d’Elliot et pense qu’elle a été piégée pour qu’elle leur donne des informations sur elle. 

Elle se lève et se précipite vers la sortie. Rita tente de la retenir. Eli se fait plus malin et reproche à la jeune fille de ne pas vouloir se faire aider. 

Finalement, Rachel revient près d’eux et se met à pleurer. Eli lui donne un mouchoir. 


Episode 283

Mercredi 2 novembre 1966

La voisine

Il y a des moments dans la vie d’Elliot Carson où il est capable de mettre de côté la souffrance qu’il éprouve depuis la disparition de sa fille Allison, pour apporter de la joie et de l’amour à son nouveau fils, Matthew. Pour Elliot, la naissance de son bébé peut se révéler être le commencement d’une vie riche et bien remplie qu’il a toujours souhaité avoir depuis des années.

Matthew pleure dans les bras d’Elliot. La sonnette de la porte d’entrée retentit et Elliot fait entrer le Dr Rossi.


Tandis que Mike entre dans la maison et salue Constance et Betty, Elliot donne le bébé à Constance. Le Dr Rossi vient pour une visite à domicile. 

Le téléphone sonne. Elliot va répondre. C’est John Fowler qui voudrait parler à Constance. Il veut qu’elle témoigne demain au procès de Lee Webber. Sans doute pour lui parler de l’altercation de Chris et Lee au square. 

Elliot n’est guère disposé à faire subir une telle épreuve à son épouse, d’autant plus qu’elle est fatiguée depuis la naissance de Matthew, et éprouvée en raison de la disparition d’Allison. 

Mais Constance veut y aller. Elliot dit à John qu’elle sera là. Betty lui dit qu’elle viendra de bonne heure demain matin pour prendre soin du bébé. Rossi veut parler à Elliot dans une autre pièce. 

Rester seule avec Constance dans le salon, Betty lui dit de ne pas s’en faire pour demain, et lui répète qu’elle viendra tôt pour s’occuper de Matthew pendant que Constance ira témoigner. Elle sera ravie d’avoir le bébé pour elle toute seule. Elle est consciente du fait que Rita aimerait aussi s’occuper de l’enfant, mais elle estime avoir le droit d’être sa baby-sitter à temps plein.


Norman ramène le bateau de location, en face de la taverne d’Ada Jacks, après un petit voyage de pêche avorté avec Rita. La jeune fille ne se sent pas bien. Elle est assise sur un tonneau et son visage est blême. 

Norman essaie de la distraire en lui parlant des poissons qu’ils auraient pu avoir. Rita est désolée. Norman va s’asseoir près d’elle et pense que si elle est malade, c’est parce qu’elle a faim. Il propose de rentrer à l’appartement et de lui concocter un bon petit plat, comme du chili. 

Rien qu’à entendre parler de nourriture, Rita a des nausées.


À l’hôpital, une infirmière tape à la machine. L’infirmière en chef Choate dit au Dr Rossi qu’une femme, Mme Burrows, désire lui parler. Mme Burrows s’approche du médecin et lui dit qu’elle est là pour Rachel.

Mme Burrows l’informe qu’elle et son mari ont une ferme près de celle des Chandler. Rachel vit avec sa tante Lucy depuis la mort de ses parents. Lucy était la sœur de la mère de Rachel, Georgina. Les parents de Rachel sont morts dans un incendie. Lucy, quant à elle, est morte la semaine dernière. 

Le mari de Lucy, Jack Chandler, va venir chercher Rachel, mais Mme Burrows prévient Michael que Rachel ne devrait pas repartir avec lui, parce que c’est un bon à rien. La ferme appartenait à Lucy en premier, lui ne faisait rien. 

Ils ont par ailleurs quelquefois noté des meurtrissures sur le visage de Lucy et Rachel, et elle pense que Chandler n’est pas étranger à cela. 

Mme Burrows ajoute que son mari ne voulait pas qu’elle vienne ici. Il ne voulait pas se mêler de cette affaire. 

Rachel jette un œil furtif à Mme Burrows et Michael, et les entend parler sans qu’ils la voient. Mme Burrows laisse quelques affaires pour Rachel avant de repartir. 

Après son départ, Rachel se précipite vers le bureau des renseignements et demande à l’infirmière où elle peut trouver Rita. L’infirmière pense qu’elle est sur le quai. Rachel se précipite dehors.


Au tribunal, Constance prête serment. John Fowler l’interroge à propos de l’altercation entre Chris et Lee Webber. Elle raconte ce qui s’est effectivement passé. Elle a eu peur pour Chris et c’est pour cela qu’elle a demandé à Norman de passer le prendre en voiture avant que cela ne dégénère. Elle parle aussi de la voiture qui a failli écraser Chris.

Fowler lui demande si ses craintes n’étaient qu’une intuition, mais Constance dit qu’elle a invité Chris à dîner une semaine avant ces événements, et qu’il lui a confié ses craintes à propos de son frère.

Steven contre-interroge Constance. Il lui demande si elle a déjà parlé avec Lee. Elle avoue que non. 

— Avez-vous entendu ce que Chris et Lee se disaient ?

— Non. 

— Donc votre crainte n’est basée que sur des suppositions et sur la réputation de mon client. 

La Cour ajourne la séance jusqu’à 10 heures demain matin. Ralph, le greffier, est sur le point de ramener Lee dans sa cellule lorsque Constance les arrête pour parler avec le prisonnier. Le juge le permet.

— Je veux savoir si vous avez quelque chose à voir avec la disparition d’Allison, dit-elle. Ne jouez pas avec moi. Je veux connaître la vérité à propos de ma fille.

Lee lui dit qu’il n’a rien fait, qu’il ne l’a pas touchée, il lui a juste parlé.

— Qu’a-t-elle dit ?

— Je ne m’en souviens plus.

Constance s’énerve devant le manque d’empathie de Lee. Et Lee s’énerve en répétant qu’il n’a rien fait à Allison. 

— Ce n’est pas ma faute si elle a quitté la maison ! Ce n’est pas ma faute ! plaide-t-il.

Elliot décide de mettre fin à la conversation en raccompagnant une Constance hors d’elle à la maison.


Rachel erre sur le quai, à la recherche de Rita. Elle pense la voir de dos, mais ce n’est pas elle. Elle se rend au Cider Barrel où Sandy Webber nettoie le sol. Elles se saluent. 

— Vous travaillez ici ? s’enquiert la jeune fille.

Sandy acquiesce.

— Alors vous devez voir beaucoup de monde.

— En effet.

— Connaissez-vous Rita Harrington ?

— Oui, je la connais.

Rachel lui dit qu’elles sont amies et, pour tenter de le prouver, elle énumère maladroitement tout ce que Rita a dit sur sa vie, qu’elle est mariée à Norman, qu’elle n’a pas d’enfant, etc.

— Vous êtes sûre d’être amie avec elle ? interroge Sandy.

Elle ajoute que si elle veut savoir où est Rita, elle peut le demander à la mère de celle-ci, qui tient la taverne en face. 

Rachel se rend compte qu’elle a très faim et propose à Sandy de continuer à faire le ménage en échange d’un sandwich. Par compassion, Sandy lui demande de s’asseoir au comptoir, elle va lui en payer un. Elle s’apprête à faire le sandwich quand Charlie débarque de l’arrière-boutique. En le voyant, Rachel prend peur. Elle se sauve.

Elle veut se rendre à la taverne, mais voit trois hommes en sortir. Là aussi, elle prend peur et se réfugie dans une cabine téléphonique, et fait semblant de téléphoner.

Elle aperçoit enfin Rita, se trouvant dans la voiture avec Norman, en face du Shoreline Garage. Elle court vers eux, mais ils ne la voient pas et Norman démarre la voiture.

Rachel tente en vain de les rattraper. Elle se trouve près de la station essence du Shoreline Garage et Rodney, sans le vouloir, l’arrose. Elle crie, lui s’amuse de la voir dans cet état. Il s’approche d’elle pour s’excuser.

Rachel demande s’il connaît Rita, précisant que c’est son amie et qu’elle souhaite lui parler. Rodney lui dit qu’il la connaît bien.

Il lui parle du bracelet, il veut savoir où elle se l’est procuré. Elle lui dit que cela ne le regarde pas. 

— C’est le bracelet d’Allison, dit-il. 

— Allison, c’est un drôle de nom pour fille, s’amuse Rachel.

— Ne change pas de sujet. Si tu ne veux pas me dire où tu l’as eu, c’est que tu l’as volé.

— Je ne suis pas une voleuse ! s’offusque Rachel.

Elle lui demande une description d’Allison. Rodney lui donne avec plein de douceur dans la voix une description complète de la disparue. Cheveux blonds très courts, des yeux bleus. 

— Comme les miens ?

— Non, Rachel, pas comme les tiens. Tu as les yeux marron. 

— Est-ce qu’elle avait de grands yeux ?

— Oui.

— Plus grand que les miens ? 

— Oui.

Rachel prend cette conversation comme un jeu et s’en amuse. Mais Rodney la fait revenir à la réalité en lui agrippant le bras, et en lui disant que cette fille, Allison, a disparu et qu’ils sont tous très inquiets pour elle.

— Elle avait une maison, Rachel. Elle avait une famille. Elle avait une mère et un père qui l’aimait. Elle avait des amis.

— Comme toi ?

— Comme moi.

— C’était ta petite-amie ?

— Oui.

Rachel lui dit que si les jeunes filles disparaissent, c’est parce qu’elles ne se sentent pas à leur place. Si elle est partie, c’est qu’elle devait avoir une bonne raison. 

Elle se dégage de son emprise et s’en va en courant. 

Rodney retourne à son bureau et appelle le sergent Edward Goddard. 


Episode 282

Lundi 31 octobre 1966

Le présent

Le Dr Michael Rossi a été profondément blessé par la mort de sa fiancée, Ann Howard. L’enquête suite à sa mort a seulement ajouté à sa peine. Mais maintenant, il a une nouvelle patiente à l’hôpital, une fille qu’il ne connaît que par son prénom, Rachel. Une fille qu’il a essayé d’aider et qui, à sa façon, l’a aidé à son tour.

Un couple descend les escaliers de l’hôpital de Peyton Place. Michael entre dans son bureau. Il essaye d’accrocher un tableau.


Rachel frappe à la porte du bureau de Rossi et entre. Elle porte une blouse d’infirmière. Elle lui dit que sa cheville lui fait mal. 

Mike, un peu énervé, lui dit que rien ne va jamais avec elle. Il sollicite son aide pour accrocher le tableau dépeignant une scène de la vie rurale. Rachel imagine les gens derrière les arbres de la peinture. 

Elle lui dit qu’elle ne veut plus retourner d’où elle vient, c’est-à-dire Hastings Valley, auprès d’un certain Chandler. 

Elle se précipite dans le couloir pour aller dans une autre pièce où elle ferme à clé derrière elle. 

Elle est visiblement traumatisée par son passé. Mike demande à Mlle Choate d’appeler Rita et de lui demander de venir ici avec de l’eau de Cologne. 


Elliot rentre à la maison et trouve Constance assoupie dans le canapé. Elle avoue être fatiguée et Elliot ne l’en blâme pas, car elle vient de donner naissance à son enfant. 

Elle lui demande comment se passe l’audience préliminaire de Webber. 

— Paroles… paroles… paroles…, soupire-t-il. 

Il est content de ne pas trouver Constance dans la chambre d’Allison. Il lui dit qu’elle va bientôt pouvoir parler à Rachel.

— Ne me demande pas d’être patiente, dit-elle. 

Elle ajoute qu’elle n’a pas été dans la chambre d’Allison de toute la journée. 

— Moi j’y suis allé, avoue Elliot.


Steven va voir Lee dans sa cellule. L’avocat demande à Lee si son frère Chris a menti à la barre aujourd’hui. Lee jure que oui. Steven insiste et veut savoir si ce que Chris a dit à la barre, à savoir qu’il a entendu la voix de Lee et celle d’Ann sur la falaise était un mensonge. Une nouvelle fois, Lee lui dit que son frère a menti et qu’il n’était pas avec Ann sur la falaise.

— Si vous ne me croyez pas, si vous pensez que mon frère a dit la vérité à la barre des témoins, pourquoi vous ne me laissez pas tomber ? 

Steven reste tout de même sceptique au fait que Lee n’ait pas protesté lorsque Chris a délivré son mensonge à la cour. Il pense que son manque de réaction n’a pas échappé au juge. 

— Vous m’avez demandé de rester sage, plaide Lee.

— Avec un tempérament comme le vôtre, tout le monde s’attendait à ce que vous répliquiez. Alors, pourquoi ne pas l’avoir fait ?

Lee avoue alors que le témoignage de son frère l’a tétanisé. Il se considérait comme un spectateur d’une scène sans qu’il en soit l’acteur. Il ne pensait que pas que Chris pouvait faire un parjure, et il s’est retrouvé en état de choc. Steven le croit.


Au Shoreline Garage, Fowler vient voir Rodney et lui parle du prochain témoignage que devra faire Martin Peyton. Fowler pense que le vieil homme devra faire ce témoignage. 

Cependant, Rodney se préoccupe de la santé de son grand-père et pense que ce n’est pas une bonne idée de le faire venir à la barre. 

— Je vis avec lui. Je connais l’état de sa santé. 

— Est-ce votre seule préoccupation ? Ou bien manœuvrez-vous pour votre propre compte ?

— Que voulez-vous dire ?

— Vous pensez peut-être que votre grand-père a une implication quelconque avec la mort d’Ann Howard et vous voulez le protéger.

— Monsieur Fowler, vous arrive-t-il d’avoir de l’empathie pour les gens ?

Le procureur lui répond que Martin Peyton témoignera, sauf avis contraire du Dr Rossi. Il a besoin de savoir pourquoi Steven a cité sa mère Hannah à comparaître.


Au bureau des renseignements de l’hôpital, Rita arrive avec l’eau de Cologne. Le Dr Rossi la fait s’asseoir sur un banc pour lui parler de Rachel. Elle est actuellement enfermée dans le labo, c’est lui qui a la clé.

— J’aimerais que tu ailles lui parler.

— Pourquoi ? demande Rita.

— Elle est effrayée, elle ne veut pas rentrer chez elle. Dès que j’évoque ce point, elle se braque. 

— Qu’est-ce qui vous fait dire qu’elle me parlera ?

— C’est toi qui l’as trouvée dans la cabane, et je sais que tu sauras l’écouter et lui dire ce qu’il faut. Je te fais confiance. 

— Vous avez réussi à savoir comment elle s’appelle ?

— Oui. Rachel. Elle s’appelle Rachel. J’ai réussi à avoir aussi son nom de famille. Welles.

Rita aimerait savoir si Rachel lui a appris quelque chose à propos d’Allison, et pourquoi elle avait son bracelet, mais Mike lui répond qu’il n’a pas pu lui soutirer d’information. Ce qu’il voudrait, c’est que Rita puisse établir une relation de confiance avec la jeune fille, et savoir pourquoi elle ne veut pas retourner chez elle.

Rita accepte de parler à Rachel. Mike lui ouvre la porte du laboratoire.

Elle entre doucement dans la pièce et referme la porte. Il y a de nombreuses bouteilles, des bocaux et des flacons avec des liquides colorés juchés sur des étagères. Elle appelle Rachel, qui finit par se montrer. Rita souhaite allumer, mais Rachel ne veut pas. Rita insiste pour allumer.

— Avez-vous peur du noir ? s’enquiert la jeune sauvageonne.

— Non, mais si l’on doit se parler, ce serait mieux de le faire en pleine lumière.

— Très bien, concède Rachel. Vous pouvez allumer.

Rita appuie sur l’interrupteur, mais la pièce ne s’illumine pas. Rachel lui montre alors l’ampoule qu’elle a dévissée et qu’elle tient dans sa main.

Rita s’approche d’elle et lui offre l’eau de Cologne. Rachel est reconnaissante du présent. Elle en verse une bonne dose sur ses bras et invite Rita à en faire de même. Elles se remercient mutuellement. 

Le courant passe entre les deux jeunes femmes, et Rita établit une relation de confiance avec Rachel en lui parlant de sa vie, de Norman, de sa mère Ada, et même de son père qui est parti lorsqu’elle était enfant.

Grâce à ça, Rachel se confie davantage. Elle lui raconte que sa mère est morte et que c’est sa tante qui l’a élevée.

— Habite-t-elle Peyton Place ? demande Rita.

— Elle est morte… Il est mort.

— Qui ?

Elle ne lui en dit pas plus. Elle lui avoue qu’elle aimerait rester ici encore quelque temps, qu’elle ne veut pas rentrer chez elle. Elle semble apeurée.

Rita est sur le point de partir, arguant du fait qu’elle doit aller travailler. 

— Qu’allez-vous lui dire ? s’interroge Rachel.

— Au Dr Rossi ?

Rachel opine. Rita lui sourit.

— Que tu veux rester ici encore quelque temps. 

Rachel la remercie. Rita s’en va en refermant la porte. Après un instant, Rachel rouvre la porte et se glisse doucement dans le couloir de l’hôpital.


Episode 281

Mercredi 26 octobre 1966

Les craintes d’Hannah

Lorsque Rodney Harrington est revenu pour la première fois à la maison de Peyton, c’était à contrecœur. Il voyait son grand-père avec un mélange de crainte et de méfiance. Mais maintenant, il est profondément concerné par la santé de Martin Peyton. Rodney craint que l’audience préliminaire « la population du comté de Peyton contre Lee Webber » mette à l’épreuve son grand-père et cause des dommages irréparables au vieil homme pour qui il porte maintenant des sentiments d’amour.  

Rodney conduit sa décapotable couleur crème. 


Rodney, arborant un bandage sur le front, entre dans la maison Peyton sans prévenir la servante. 

Il réveille son grand-père, endormi dans le salon. Peyton s’enquit de l’heure. Il déteste les gens qui gaspillent leur temps à faire des petites siestes. 

Rodney dit au vieil homme que celui-ci est prisonnier d’Hannah. 

— C’est difficilement croyable quand on sait qu’il n’écoute pas un mot de ce que je lui dis, s’exclame Hannah qui vient d’arriver dans la pièce et qui, par conséquent, a entendu ce que Rodney dit à Peyton. 

Hannah exprime notamment ses craintes de voir Peyton appelé à la barre des témoins. En effet, elle apprend à Rodney que le procureur a cité Martin à comparaître. Ce témoignage ne pourra être qu’une épreuve. 

— Pour qui ? demande Rodney. Pour lui ou pour vous ?

Martin, de son côté, ne voit pas d’inconvénient à témoigner, et cela inquiète Hannah.

Le vieil homme demande à Rodney d’aller se rafraîchir, et de revenir prendre une tasse de thé avec lui. 

Rodney emprunte les grands escaliers. Martin affiche un sourire narquois à Hannah et lève le verre de whisky qu’il a en main. 

— À la vérité, dit-il en portant un toast. Telle que nous la connaissons !

Hannah fait volte-face et se précipite vers Rodney. Elle lui demande d’intervenir pour empêcher Martin de témoigner.  Rodney ne voit pas comment il peut faire, d’autant plus que le vieil homme souhaite aller à la barre. 

Hannah lui dit qu’il pourrait parler au Dr Rossi pour qu’il établisse un certificat prouvant que Martin n’est pas suffisamment en bonne santé. Elle ferait tout pour que Martin ne témoigne pas. 

— J’ai très peur, dit-elle d’une voix étranglée par l’angoisse. 

— Je le vois bien, madame Cord. Mais je ne sais pas pourquoi. 


Steven est dans son bureau avec Betty, qui lui raconte avoir vu Hannah à la librairie. Cette dernière lui a exprimé ses soucis à propos de Peyton.

Pour une fois, Betty prend la défense de sa belle-mère. Elle l’a trouvée si vulnérable. 

Steven n’achète pas cette version. Il est persuadé qu’elle joue la comédie. Pas question pour lui de s’apitoyer sur le sort de sa mère. 


Sur le quai, Chris et Sandy se rendent à pied chez eux. Sandy demande à Chris s’il est colère, car il ne dit pas un mot. 

Chris lui parle alors de son témoignage. Sandy est certaine que Chris a menti. Le jeune homme lui dit être persuadé que Lee a tué Ann. C’est pour ça qu’il a témoigné. 

— Lee a tué Ann Howard, et tu le sais aussi bien que moi, dit-il. 

— Tu as menti. Tu étais assis à la barre des témoins, et tu as enchaîné mensonge sur mensonge !


Rita sonne à la porte des Carson. Betty répond et sort afin de parler avec Rita. Matthew est endormi et elle ne voudrait pas le réveiller. 

Rita dit à Betty qu’elle souhaite toujours s’occuper de Matthew. Mais Betty ne veut pas laisser Constance en plan. Elle s’est engagée pour prendre soin de Matthew. 

Rita insiste en disant que Betty vient juste de se marier, elle doit avoir beaucoup de choses à faire. D’autant plus que Steven travaille beaucoup. Rita, elle, aura du temps à consacrer à Matthew, surtout maintenant que Norman va reprendre ses études. 

Betty lui dit qu’elle est sûre que Rita est la première sur la liste des baby-sitters de remplacement. 


Michael est dans son bureau tandis que Rachel arrive en fauteuil roulant. Elle ferme la porte au nez de Mlle Choate. 

L’infirmière en chef entre et informe que la patiente refuse de faire ses exercices pour sa cheville sous prétexte que cela fait mal. 

Rachel est sur le point de partir, lorsque Rodney se heurte à elle. Mlle Choate emmène Rachel.

Toujours dans le bureau de Mike Rossi, après le départ de Mlle Choate et Rachel, Rodney demande au médecin d’examiner Martin Peyton. 

Rod s’assoit sur le fauteuil roulant occupé habituellement par Rachel et dit à Michael qu’il a vu son grand-père s’effondrer sur son fauteuil roulant. Il a peur de le voir mourir.


Episode 280

Lundi 24 octobre 1966

La requête de Constance

Rodney Harrington est souvent venu à l’hôpital de Peyton Place lorsqu’Allison Mackenzie était près de la mort. La disparition d’Allison reste un mystère complet. Mais en fin de compte, il semble qu’une porte se soit ouverte. Une fille a été emmenée à l’hôpital pour un traitement médical. Une fille qui possède le bracelet qui appartenait à Allison.

Rodney conduit sa Ford décapotable bleu clair. Il se rend à l’hôpital.


L’infirmière en chef Esther Choate est de garde au bureau des renseignements tandis que Rodney entre. Il demande à voir Rachel. 

Mlle Choate n’est pas d’une aide précieuse pour le jeune homme, elle lui dit que le Dr Rossi a donné des instructions pour qu’elle ne soit pas dérangée. 

Mlle Choate est bipée et doit se rendre à la chambre 23, ce qui donne l’opportunité à Rodney de regarder dans le registre où se trouve la chambre de Rachel. Elle n’est pas très loin du bureau des renseignements. Il décide de s’y rendre. 

Dans sa chambre d’hôpital, Rachel (personne ne connaît encore son prénom) se regarde dans un miroir et brosse ses cheveux tandis que Rodney entre. 

Apeurée, elle lui jette le miroir et la brosse, que Rodney n’arrive pas à esquiver. Elle s’apprête à lui jeter une cruche d’eau alors que le Dr Rossi entre et ordonne à Rodney de partir. 

Rodney souffre apparemment d’une contusion mineure à la tête.

Dans le couloir, le Dr Rossi dit à Rodney d’aller se faire soigner, car il a reçu un joli coup sur la tête. Ils parlent de la jeune fille. Mike lui dit qu’elle est fragile, malgré le fait que c’est Rodney qui a été agressé. 

Rodney répond au médecin qu’il a désespérément besoin de réponses, et si la jeune sauvage en possède, il fera tout pour les lui extorquer. 


Dans la chambre d’Allison, Constance observe le placard. Elliot vient lui apporter une tasse de café. Matthew s’est endormi. 

Constance a un coup de blues. Elle ne sait pas pourquoi Mike ne veut pas qu’on la laisse voir la jeune fille de la cabane abandonnée. 

Elliot lui répond que le médecin ne veut pas la brusquer. Cela peut nuire à l’équilibre de la jeune fille. 

Constance ne tient plus. Elle veut parler à la fille, et veut le faire aujourd’hui. Selon Elliot, il ne sert à rien de se mettre Mike à dos. 

Ils entendent Matthew pleurer et Constance va le voir. 


Hannah se rend à la librairie pour parler avec Betty du procès. (N’oublions pas que Betty travaille pour Constance, prend soin de Matthew et l’aide à la librairie.) 

Hannah dit à la jeune fille que si elle a caché la parenté de Steven avec Ann, c’était pour protéger ce dernier. Elle ajoute que si elle va témoigner au procès, ce peut être la fin. Les révélations qu’elle va faire seront lourdes de conséquences. 

Betty ne comprend pas où sa belle-mère veut en venir. 


Elliot va voir le Dr Rossi pour qu’il lui donne la permission de parler avec la jeune inconnue. Le médecin l’informe que Rachel doit bientôt sortir parce qu’elle est en assez bonne santé pour rentrer chez elle. 

Elliot s’en inquiète parce que si la jeune fille s’en va, l’espoir de retrouver Allison s’évanouit. Mike lui dit que l’hôpital n’est pas une maison d’hôte. 

— Mike, je ne peux pas me permettre de couper le lien avec elle. Si elle sait quelque chose sur Allison…

— Je vous ai promis de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour la faire parler avant de la faire sortir de cet hôpital, et je tiendrai ma promesse. 

— Vous ne pouvez pas la garder quelques jours supplémentaires ?

— À moins qu’elle ne se casse un bras ou une jambe, je ne vois pas comment. 

Elliot souhaite qu’on injecte à l’inconnue du Pentothal pour la faire parler.

Le médecin s’y oppose fermement. Non seulement ce n’est pas éthique, mais cela va à l’encontre de la loi. 

Elliot essaie d’insister et le ton monte. Mike campe sur ses positions. Il ne veut pas contourner la loi, même pour Allison. 


La jeune fille dont on ignore encore le nom est dans un fauteuil roulant. En face d’elle, le Dr Rossi est penché sur son bureau. Il écrit quelque chose dans un dossier. La jeune fille l’observe.

— C’est à propos de moi ?

— Mmm ?

— Ce que vous écrivez, c’est à propos de moi ?

— Pourquoi ça ? Non.

Michael consulte un livre de médecine.

— Voulez-vous bien m’excuser pendant que je me concentre là-dessus ?

Mike se lève et dépose un dossier dans son armoire.

— Terminé ? s’enquiert la jeune fille.  

— Oui. Bien, maintenant, voyons voir cette cheville… Que ressentez-vous ?

— Une douleur.

— Je suppose que ça va être douloureux un petit moment. Maintenant, je voudrais que vous posiez ce poids sur ça.

— Cela me fait mal lorsque je me lève. 

— Dans ce cas, je vais vous aider.

Mike aide Rachel à se lever.

— Très bien, allez. Doucement. Bien. Doucement. Bien. C’est très bien.

— Pourquoi écrivez-vous tout ?

—  Pour m’en souvenir.

— Au début, Dieu créa le ciel et la terre. Et la terre était sans forme et vide. Et l’obscurité avait le visage de la profondeur. Et l’esprit de Dieu s’est élevé à la face des eaux. Je n’ai pas besoin d’écrire ça pour m’en souvenir. 

— Vous avez une très bonne mémoire.

— Cela vient de la Bible. 

— Oui, je sais. La genèse.

— Avez-vous lu la Bible ?

— Mmm, mmm.

— Je l’ai lu cinq fois, à chaque fois d’une traite. Mon nom vient de la Bible : et le labeur avait deux filles ; et le nom de la plus âgée était Leah ; et le nom de la plus jeune était Rachel ; Leah avait de la douceur dans les yeux ; mais Rachel était belle et mise en valeur.

— J’ai l’impression que vous avez mémorisé le livre entier.

— Vous ne voulez pas savoir lequel est mon nom ?

— Leah ? répond Mike en la taquinant. 

— Rachel ! s’exclame-t-elle, indignée. 

— Rachel. Rachel comment ?

— Pourquoi m’avez-vous fait venir ? demande-t-elle en changeant de sujet. 

— Pour examiner votre cheville.

— Vous auriez pu le faire dans ma chambre.

— Oui, je suppose que j’aurais pu. Mais je n’aurais pas été en mesure de remplir ces formulaires. Les avez-vous vus ?

— Comportent-ils des questions ?

— Oui.

— Les gens me posent tous des questions depuis que j’ai l’âge de trois ans.

— Eh bien, c’est ainsi que les gens fonctionnent.

— Moi, je n’aime pas ça. 

— Moi non plus, je n’aime pas ça. Je préfère de loin soigner les patients plutôt que remplir des formulaires. Mais je dois tout consigner sur vous dans le but de vous donner le meilleur traitement possible. Maintenant, vous ne m’avez toujours pas dit votre nom de famille, Rachel. 

— Peut-être que je n’en ai pas. 

— Vous n’en avez pas ?

— Non. 

— Très bien, alors Rachel. Rachel-sans-nom-de-famille. Où habitez-vous ?

—Vous n’avez pas besoin de ce renseignement pour soigner ma jambe.

— Non, je suppose que non. Avez-vous déjà eu un accident auparavant ?

— Non.

— Est-ce qu’un de vos parents s’est déjà fait soigner dans cet hôpital ?

— Je ne sais pas. 

— Des amis à vous ?

— Non. 

— Un petit ami ?

— Que voulez-vous dire par là ?

— Eh bien, un ami garçon.

— Un ami ?

— Oui. 

— Je n’ai jamais eu de petit ami.

— Eh bien, vous en aurez un, un jour.

— Avez-vous une petite amie ?

— Non, je n’en ai pas.

— Pourquoi ?

Mike ne se sent pas le courage de lui parler d’Ann. 

— Être médecin ne vous laisse pas beaucoup le temps d’avoir une petite amie. Où êtes-vous née ?

— Je ne sais pas.

— Quel âge avez-vous ?

— 19. 18 ou 19 ans.

— À quelle date tombe votre anniversaire ?

—  Le 19 juillet.

— Dans quelle école êtes-vous allée ?

— Je ne suis pas allée à l’école.

— Bon, alors où avez-vous appris à lire ?

— Vous ne voulez pas savoir pourquoi je ne suis pas allée à l’école ?

— Vous voulez me dire pourquoi ?

— Ma tante m’a appris à lire et écrire. Ainsi que les bonnes manières. 

— Votre tante. Ce doit être une femme très intelligente. Passiez-vous beaucoup de temps avec elle ?

— Oui.

— Eh bien, ça m’a l’air d’une femme qui a bien pris soin de vous. 

Mike saisit le téléphone et tend le combiné à Rachel.

— Pourquoi ne l’appelez-vous pas pour lui dire où vous êtes ?

— Je ne peux pas l’appeler.

— Pourquoi ?

— Elle est morte.

— D’accord. mademoiselle Rachel, sans nom de famille, 18 ou 19 ans, j’arrête de tourner autour du pot. Il y a une raison très spéciale pour laquelle je veux en savoir plus sur vous. C’est la même raison qui a poussé M. Carson à vous poser toutes ses questions l’autre jour. Et c’est la même raison qui a poussé ce jeune garçon à venir vous voir dans votre chambre ce matin. 

— Qui était-ce ?

— Il s’appelle Rodney Harrington.

— Il voulait me faire du mal.

— Il ne vous voulait aucun mal, il voulait vous parler. 

— Il voulait me faire du mal. Je l’ai vu sur son visage. 

— Ce que vous avez vu sur son visage était de la colère et de la frustration parce que vous n’aviez répondu à aucune question importante… Maintenant, lorsque Norman et Rita vous ont trouvé dans la cabane…

— Ils ne m’ont pas trouvé. Je n’étais pas perdue.

— Très bien. Lorsque Norman et Rita vous ont rencontré la première fois, vous aviez un bracelet.

— Il était à moi et vous n’aviez aucun droit de me le prendre.

—  Ce bracelet appartenait à une autre jeune femme, une fille qui a disparu depuis plusieurs semaines. Elle s’appelait Allison. 

— Je ne connais aucune fille du nom d’Allison.

Rachel ouvre la porte et « roule » dans le couloir. Mike l’appelle :

— Rachel ! Rachel !

Il parvient à la rattraper. Il la suit tout en parlant. 

— Allison est une personne très spéciale et elle avait des problèmes. 

— Eh bien, si elle a tant de problèmes, pourquoi n’allez-vous pas l’aider au lieu de me poser toutes ces questions ?

— Parce que dans un certain sens, vous êtes spéciale, vous aussi.

— Pourquoi ? Parce que j’ai un bracelet qui ressemble au sien ?

— Rachel, ce bracelet est le même bracelet. 

— Comment le savez-vous ?

— Parce que M. Carson est le père d’Allison, et il le lui a donné.

— Est-ce qu’il l’aime ?

Mike est surpris par la question. 

— Pourquoi ? Oui, bien sûr. Pourquoi ?

— Je ne sais pas. Je me posais simplement la question.

— Rachel, comment avez-vous eu ce bracelet ?

— Pourquoi est-ce que cet autre homme se soucie d’elle ?

— Vous parlez de Rodney ? Eh bien, parce qu’il veut la retrouver lui aussi.

— Est-ce qu’il l’aime ?

— Oui, il voulait se marier avec elle… Rachel, est-ce que vous avez vu Allison ? Est-ce que vous l’avez vue ?

— Non, affirme la jeune fille. 

— Alors, comment avez-vous eu le bracelet ?

— Je l’ai trouvé. 

— Où ?

— Je ne m’en souviens pas.

Mike s’impatiente. 

— Rachel… 

— Je l’ai trouvé. Il est à moi maintenant. 

— Essayez de vous rappeler où vous l’avez trouvé. C’est très important. 

— Je veux partir maintenant. Vous ne pouvez pas me garder ici. Je veux partir.

— Rachel…

— Je pensais que vous étiez différent. Je pensais que vous vouliez réellement guérir ma jambe. Et me faire aller bien. Mais vous ne vous souciez pas de moi. Vous êtes comme les autres. Vous ne vous souciez pas de moi. Maintenant, je veux partir. 

— Très bien, je vous laisse partir. Je veux que vous pensiez à quelque chose lorsque vous serez assise seule dans votre chambre. La fille qui portait ce bracelet est perdue quelque part. Et à l’heure actuelle, ses parents sont perdus, eux aussi, parce qu’ils ne savent pas où la chercher. Chaque jour qui passe est une éternité pour eux. Si vous pouviez juste leur dire quelque chose, vous pourriez rendre les choses plus faciles pour eux. 

—  Je veux partir, insiste Rachel.


Episode 279

Mercredi 19 octobre 1966

Les hommes ne pleurent pas

Depuis la mort de sa fiancée, Ann Howard, le Dr Michael Rossi est torturé par un cauchemar récurrent où il voit Ann, en dépit de leur amour, se suicider. Mais maintenant au cours de l’audience préliminaire de Lee Webber, les témoignages sont catégoriques : Ann Howard aurait été assassinée.

Plan général du palais de justice. Le Dr Rossi se gare et entre dans le tribunal, portant un journal en main.


Dans le couloir du tribunal, Mike croise Fowler qui termine une conversation avec le sergent Walker. 

Mike brandit le Clarion qu’il a dans la main et qui décrit le témoignage de Chris. Il voudrait savoir quel impact cela a eu sur le juge. Fowler n’en sait rien. Il lui demande s’il est maintenant convaincu que Lee Webber a tué Ann Howard. Mike avoue que oui. 

Fowler lui répond que si Mike avait témoigné correctement, comme cela avait été convenu, Lee aurait été davantage acculé. 

Ils entrent dans la salle d’audience. Fowler va à sa place tandis que Mike prend un siège dans l’assistance.  

Lee est installé à côté de Steven. Il fait observer à son avocat qu’il n’y a pas autant de journalistes que ça dans la salle. Il donne des conseils à Steven à propos de l’audience. Steven lui rétorque que c’est lui l’avocat. Il sait ce qu’il a à faire. 

Elliot Carson entre et s’assoit à côté du Dr Rossi. Il voudrait que Mike aille de nouveau interroger la jeune fille qu’ils ont recueillie à l’hôpital. Il est sûr qu’elle sait des choses qui pourraient faire avancer l’enquête. 

Mike trouve indécent le fait qu’Elliot insiste pour qu’il y aille maintenant. 

— Je veux assister au contre-interrogatoire. 

— Le temps presse, Mike. Plus le temps passe, et moins on aura de chances de retrouver Allison. 

— Vous pouvez comprendre à quel point ce procès est important pour moi ! rétorque sèchement le médecin. 

Elliot n’insiste pas davantage. 

La cour est appelée à siéger. 

— Veuillez vous lever, déclare solennellement l’huile.

L’assistance se lève. L’huissier poursuit :

— District 12 du comté de Peyton en session. Présidé par l’honorable juge Irwin A. Chester.

L’assistance s’assoit. Le juge prend la parole. 

— L’affaire des citoyens contre Lee Webber. Est-ce que l’avocat de la défense veut contre-interroger le témoin ?

Steven se lève. 

— Je le veux, Votre Honneur. 

— Très bien, Christopher Webber à la barre, s’il vous plaît. Qu’il soit noté que le témoin est déjà sous serment. 

Steven démarre l’interrogatoire. 

— Monsieur Webber, depuis combien de temps connaissiez-vous la défunte, Ann Howard ?

— Je l’ai rencontré lorsque j’avais sept ans, c’était il y a dix-sept ans. 

— Et qu’est-il arrivé le jour où vous l’avez rencontrée ?

— J’ai eu un accident et j’ai perdu la vue. 

— Pour en revenir aux voix, vous attestez avoir eu des difficultés à les entendre à cause du vent et de la marée. 

— Les mots se perdaient dans les vagues, monsieur Cord. La mer était agitée ce jour-là. 

— C’est possible. Mais ce que vous avez dit à M. Fowler, c’est que vous ne pouviez pas entendre ce qu’ils disaient. Dites-moi exactement ce que vous avez entendu. 

— Je n’ai pas pu retenir les mots exacts. 

— Êtes-vous en train de changer votre témoignage ?

— Non. 

— Alors, la question reste posée. Qu’avez-vous entendu ?

— Monsieur Cord, il est possible de distinguer des voix sans être capable de comprendre ce qu’ils disent.  

— Donc vous avez entendu des voix, puis un bruit qui ressemble à un coup, et ensuite un cri ?

— Oui. 

— Alors, elle a pu crier parce qu’elle tombait, n’est-ce pas possible ? 

— C’est possible.

— Donc, vous ne savez pas en réalité si elle a été poussée. En fait, vous ne savez même pas si c’est elle qui a crié. Ça aurait pu être n’importe qui d’autre. 

— C’était le cri d’une femme.

— Mais pas nécessairement celui d’Ann Howard.

— Qui d’autre, monsieur Cord ?

— En réalité, monsieur Webber, votre témoignage visuel se réduit à… voyons voir : des voix, un cri et un bruit de rocher qui roule. Ce qui me permet de dire que votre identification de la voix du défendeur est contestable. 

Fowler se doit d’intervenir :

— Objection, Votre Honneur. Le témoin est sûr d’avoir identifié Lee Webber. 

— Mais il peut se tromper, rétorque Steven. C’est une possibilité. J’essaie simplement d’établir ce fait. 

— Rejetée, décide le juge. Poursuivez, monsieur Cord.

— Admettant cette possibilité, monsieur Webber, quelles autres preuves avez-vous de la présence de votre frère sur la falaise ?

— Je l’ai entendu parler. 

— Maintenant, je suppose que vous allez clamer pouvoir identifier le défendeur au bruit de ses pas ?

— J’ai entendu le bruit de sa mobylette.

— Pourquoi ne l’avez-vous pas mentionné à M. Fowler dans votre témoignage ?

— Je ne pouvais répondre qu’aux questions qui m’étaient posées, monsieur Cord. M.   Fowler était déjà passé à une autre question.

— La question sur votre certitude, si je me souviens bien. À quelle heure avez-vous entendu la mobylette partir ?

— Tard dans l’après-midi. 

— Pouvez-vous me donner une heure plus précise ? Était-il 5 h, 5 h 30, 6 h ? Plus tard ?

— Je ne suis pas très bien placé pour juger du temps, monsieur Cord. 

— Je vois que vous portez une montre en braille.

— Oui. 

— Monsieur Webber, vous êtes étudiant en droit. Vous détaillez parfaitement ce que vous avez entendu et vous n’avez jamais pensé à vérifier l’heure, alors que vous pouviez savoir que ce serait important pour l’enquête. 

— J’avais oublié ma montre, monsieur Cord. J’étais perturbé lorsque j’ai quitté la maison ce jour-là, et je ne l’avais pas prise avec moi. 

— Et, bien sûr, je ne peux pas vous demander la position du soleil. Nous qui pouvons voir, ça nous est très utile, monsieur Webber. Je viens de penser à une chose, il vous est très facile de me détester. 

— Eh bien, vous et moi sommes deux personnes différentes, monsieur Cord.

— Il fut un temps où vous détestiez Ann Howard. Et lorsque vous avez appris qu’elle était innocente, que s’est-il passé ?

— Est-ce que j’ai arrêté de la détester ? Faux, monsieur Cord. Je ne l’ai jamais réellement détestée.  

— Vraiment ? N’avez-vous pas transféré cette haine à la personne qui a passé sa vie à la nourrir ?

— Bien sûr que non.

— Votre frère a enfermé vos émotions aussi sûrement qu’il vous a poussé de la falaise et a provoqué votre cécité. Maintenant, vous dites à cette Cour que vous étiez, et êtes toujours, au-dessus de la haine. Ce ne serait pas moins un miracle si votre vue revenait ici même à la barre des témoins.

John est choqué par les déclarations de Steven. 

— Objection, Votre Honneur !

— Objection rejetée.

Steven poursuit donc :

— Maintenant, pouvez-vous me regarder dans les yeux et me dire la couleur du costume que je porte, et ensuite dites-moi que vous êtes objectif à propos de la culpabilité de votre frère et je vous croirai, monsieur Webber. 

Le procureur est indigné :

— Mais… Votre Honneur !

Chester ne cède pas :

— Rejetée, monsieur Fowler.

Chris répond à Steven du tac au tac :

— Dites-moi que vous pouvez être objectif à propos de la mort de votre propre sœur et je vous croirai, monsieur Cord. 

— Maintenant, je veux la vérité. J’ai peur que votre motif soit subtil. Mais peut-être êtes-vous incapable de l’admettre à vous-même. Nous en avons déjà parlé auparavant, Chris. Sous le vernis de la résignation, j’ai senti l’amertume. Vous me répondez calmement, prudemment, mais je peux entendre la colère. En tant qu’avocat, j’ai à prouver que la colère et l’amertume sont là. En tant qu’homme, je comprends votre cause. Vous avez ma sympathie.

— Gardez votre compassion, monsieur Cord. Si vous voulez me faire des excuses, faites-en d’abord à vous.

Le juge intervient :

— Monsieur Cord, monsieur Webber. Je sais que vous deux être bien informés. Toutefois, il me semble urgent de vous rappeler que vos commentaires doivent se limiter au cas présent. Vous pouvez continuer.

— Connaissez-vous la définition du mot parjure, et la peine que l’on peut encourir ? demande l’avocat de Lee. 

— Oui. 

— Le prix est élevé. Emprisonnement et déshonneur. Mais pour vous, le prix risque d’être encore plus élevé. Si vous êtes en train de mentir, vous ne pourrez jamais pratiquer votre futur métier dans une Cour. Êtes-vous conscient de cela ?

— J’en ai pleinement conscience, opine Chris. 

— Il ne vous sera jamais permis de passer l’examen du barreau. Vous pouvez détruire votre avenir et toute votre vie. Ne soyez pas victime une deuxième fois. Maintenant, admettez-le. Admettez que vous ne savez pas. Que vous n’étiez pas là-bas. Admettez que votre histoire de vous cacher sur la corniche n’était qu’une histoire et rien d’autre. 

Mais Chris persiste :

— J’étais là et j’ai tout entendu.


Chez les Carson, Constance utilise un appareil pour stériliser le lait du bébé tandis que Betty est assise à la table, portant Matthew dans ses bras. 

Le téléphone sonne et Betty va répondre. Elle tend le combiné à Constance. Il s’agit d’un appel anonyme d’une personne au sujet d’Allison. 

L’homme au bout du fil dit connaître la jeune fille, et insinue qu’elle est enceinte.


Mlle Choate entre dans la chambre de Rachel pour s’occuper d’elle. Rachel est éveillée. Le Dr Rossi entre à son tour. 

Rachel souhaite bonne nuit au médecin, qui reste près d’elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme. 

Mlle Choate dit à Mike qu’elle n’a pas eu besoin de lui donner un somnifère pour qu’elle s’endorme. Elle pense que Rachel commence à se sentir en sécurité à l’hôpital.

Quand Mike retourne à son bureau, il y trouve Elliot.

Celui-ci fait pression sur Michael concernant Rachel et les informations qu’elle pourrait donner sur Allison. Ils s’affrontent, chacun campant sur ses positions. Mike a sous sa responsabilité une jeune fille extrêmement fragile qu’il doit protéger. Elliot, de son côté, donne la priorité à Allison et il estime que le médecin devrait faire pareil. 

Elliot lui dit qu’il n’a pas supporté le visage de Constance quand il lui a appris la nouvelle. Elle était partagée entre espoir et désarroi. 


Chez les Carson, Constance est dans la cuisine. Eli dans le salon. La sonnette de la porte d’entrée retentit. Constance passe le visage à travers la porte de la cuisine. 

— Vous voulez bien aller ouvrir, Eli ?

— J’y vais, Connie. 

Eli se rend à la porte d’entrée et l’ouvre. Elliot, qui s’attendait à voir Constance, s’exclame :

— Félicitations… 

Il porte d’une main un bouquet de fleurs et de l’autre une bouteille de champagne. Puis il se rend compte que c’est Eli et affiche un visage surpris. 

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Pourquoi est-ce que tu n’utilises pas ta clé au lieu de déranger les invités ?

— Où est-elle ?

— Dans la cuisine. (en criant à l’intention de Constance) : C’est Elliot !

Constance entre dans le salon où Elliot l’attend avec des fleurs.

— Juste une marque de mon estime, mon amour et ma gratitude pour m’avoir donné, nous avoir donné, un si magnifique, si fort et si intelligent fils.

Constance sourit, mais ne prend pas le bouquet. 

— C’est très gentil à toi. 

— Eh bien, vas-y, prends-les.

Constance brandit alors une bouteille de champagne. Ils semblent avoir eu la même idée. 

— De la part du père magnifique, fort et intelligent de Matthew, sourit Constance. 

— Eh bien, merci chéri, je…

Eli se met à rire. 

— Tu devrais voir ton visage.

Elliot penche la tête vers son père en interrogeant Constance :

— Qui est ce vieil homme ricanant ?

— Je pensais que tu le connaissais, répond Constance. 

— Bien, ne restons pas là ! s’exclame Eli. Allons prendre des verres !

— Bonne idée, fait Elliot. 

— Vraiment dommage que le vaudeville n’est plus à la mode, vous auriez fait fortune, tous les deux, plaisante Eli. 

Elliot rit. 

— On ferait mieux de boire ce champagne tant qu’il pétille encore. 

— Je vais mettre ces fleurs dans un vase. Je reviens tout de suite.

— Elliot, je pense que je devrais rentrer à la maison, annonce Eli.

— Oh, allez Papa. C’est du champagne. Je sais que dès qu’il y a du champagne, tu te comportes comme une éponge.

— Je sais, je sais. Mais je ferais mieux de partir. Embrasse Connie pour moi. Et merci pour la comédie, tu es un très bon comédien.

Eli s’en va. Constance revient dans le salon, surprise de ne pas y trouver son beau-père. 

— Eli est parti ?

— Oui.

— Pourquoi ?

— Il a découvert que je jouais la comédie. La raison est… Eh bien, ce n’est pas qu’il y a de mauvaises nouvelles. C’est juste qu’il n’y a pas de nouvelles du tout. J’ai pratiquement traîné Mike Rossi hors du tribunal pour que nous puissions parler à la fille de la cabane qui a été trouvée avec le bracelet d’Allison. Il a soudainement pensé qu’il valait mieux attendre un peu. Et j’ai essayé de l’en dissuader. Je voulais des réponses tout de suite. Finalement, je pense qu’il avait raison.

— Il n’a rien découvert, n’est-ce pas ?

— Je n’ai même pas vu la fille. Oh, Connie, je sais combien tu dois être déçue, mais il n’y a actuellement rien d’autre à faire que d’être patient et d’attendre.

— C’est pour cela que tu m’as apporté les fleurs et le champagne ?

— Seulement le champagne. J’avais prévu de t’offrir des fleurs quoiqu’il arrive. Me pardonneras-tu ?

— Tu as fait du mieux que tu as pu. Je pense que je jouais la comédie, moi aussi. Tu sais, j’ai eu un appel terrifiant aujourd’hui.

— C’est-à-dire ?

— À propos d’Allison. 

— Quelqu’un a appelé et a clamé savoir quelque chose sur elle ?

Constance acquiesce. 

— L’homme qui a appelé était un malade. 

— Je suis désolé.

— J’aurais dû m’y attendre.

— Eh bien, enlève cet appel de ton esprit. Oublie-le.

— J’espérais que tu serais de meilleure humeur. Parce que tu peux me rassurer en me disant que tout va bien aller.

— Chérie, tout va bien aller.

— Je sais que c’est injuste de faire…

— Crois-moi, Connie. Tout va bien aller. Dis-moi, comment va le petit bonhomme en haut ?

— Il dort.

— Ah mince, c’est dommage.

— Dommage, pourquoi ?

— Parce que je voulais lui parler. Je voulais lui dire à quel point il est important à nos yeux. À quel point nous avons besoin de lui !

— Allons le lui dire.

Constance et Elliot montent à l’étage et rejoignent la chambre de Matthew.

— Peut-être devrions-nous descendre Matthew pour la petite fête, suggère Constance. 

— Je ne sais pas si Matthew appréciera la fête, particulièrement s’il est endormi.

— Peut-être que l’ouverture de la bouteille de champagne le réveillera. Il est à croquer lorsqu’il est réveillé. 

Il passe devant la chambre d’Allison et le regard d’Elliot s’assombrit. 

— Qui a-t-il ? demande sa femme. 

— C’est la chambre d’Allison. Je ne sais pas, mais ces dernières semaines, à chaque fois que je passe devant, c’est comme si je marchais contre un mur de pierre. Et je sais, j’étais le seul à insister pour que cette chambre reste fermée. Je pensais que la laisser ouverte te ferait souffrir. 

— Cela m’a fait souffrir. Aller dans cette chambre, ouvrir et fermer les rideaux. Tu as eu tout à fait raison de m’arrêter.

— Je ne suis pas sûr d’avoir eu tout à fait raison. Mais ce dont je suis sûr, c’est que dorénavant, cette chambre restera ouverte. Nous ne pouvons pas exclure Allison de notre vie, Connie. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. C’est un endroit vivant. Cette chambre a besoin de lumière. De soleil et de clair de lune. Et de bruit aussi. Les bruits de la rue. Et tout particulièrement les bruits venant de cette maison.

— Tu ne peux pas l’oublier non plus, n’est-ce pas ?

— Non, je ne peux pas. Bien sûr je pourrais feindre, comme tout à l’heure en bas, mais je ne pourrais jamais l’oublier. 

—  Oh, Elliot.

— Tu sais quoi. Il y a bien longtemps, quand j’étais un petit garçon, je me souviens que je trottais derrière mon père jusqu’au quai. Je me souviens de ce pêcheur. Il donnait à manger à une tortue de mer. Elle était énorme. J’étais totalement fasciné par elle. Je me souviens encore des paroles de mon père : « Ne t’approche pas d’elle ». Bien sûr, je me suis approché et la tortue a essayé de me mordre. J’ai eu la peur de ma vie. J’ai dû pleurer plus d’une heure. Et mon père disait : « Les hommes ne pleurent pas, les hommes ne pleurent pas ». Et bien, j’ai une nouvelle pour mon père. Les hommes pleurent.


Episode 278

Lundi 17 octobre 1966

Je veille sur ceux que j’aime

Pour Elliot Carson, la disparition de sa fille Allison est empreinte d’une frustration amère. Il n’y a aucun indice. Allison est partie sans laisser de traces. Mais la nuit dernière, Norman et Rita Harrington ont amené une étrange jeune fille à l’hôpital. Elle est en possession du bracelet d’Allison. 

Deux infirmières descendent les escaliers de l’hôpital tandis qu’Elliot sort de sa voiture.


Mlle Choate entre dans le bureau de Rossi avec un bandage sur sa main droite. Elle se plaint de la jeune fille sauvage qui l’a mordue. 

Elle dit que l’inconnue donne du fil à retordre aux infirmières, elle est ingérable. 

Avant de partir, elle salue Elliot Carson qui vient d’entrer. Elliot est venu après avoir appris qu’une jeune fille a été retrouvée avec un bracelet ressemblant à celui d’Allison. 

Il montre le bracelet à Elliot et il ne fait plus aucun doute qu’il s’agit du bracelet de sa fille. Il y est gravé une phrase en français : « Je veille sur ceux que j’aime ».

L’inconnue est escortée en fauteuil roulant dans le bureau de Mike par deux infirmières. Elle ne veut pas lui parler et souhaite sortir d’ici. Quand elle voit Elliot, elle demande s’il est médecin. 

— Non, c’est un ami. 

Elle prend peur et se lève précipitamment de son fauteuil pour tenter de fuir. Elle est cependant maîtrisée par les deux solides infirmières. 

Elliot essaie de lui parler gentiment. Il lui explique qu’il est le père d’une fille de son âge qui a récemment disparu. Elle portait le bracelet que la jeune fille avait sur elle. 

— Ce bracelet. C’est celui de ma fille. Je le sais, parce que je le lui ai donné. Voulez-vous me dire où vous l’avez trouvé ? Comment l’avez-vous eu ?

— C’est le mien, plaide-t-elle. 

— Non, mademoiselle. Il est à ma fille Allison. 

— Il est à moi, insiste l’inconnue. 

— Si Allison vous l’a donné, c’est qu’il est en effet à vous. Est-ce qu’elle vous l’a donné ?

Elle tente de subtiliser le bracelet des mains d’Elliot. 

Nous connaissons tous Elliot. Il peut être gentil, mais il manque rapidement de patience. Il commence à s’énerver. La fille, de son côté, devient également agressive. 

Mike préfère mettre un terme à la confrontation, et les deux infirmières ramènent la jeune fille dans sa chambre. 

Elliot est partagé entre espoir et désespoir. L’apparition de cette jeune fille pourrait faire avancer l’enquête si elle se décide à parler. D’un autre côté, il a peur que cette jeune sauvage ait agressé Allison. Mike ne pense pas que ce soit le cas. 

Avant de partir, Elliot demande à Mike de ne rien dire pour l’instant à Constance. Il ne voudrait pas la perturber alors qu’elle revient bientôt à la maison avec Matthew. 


Steven se rend au drugstore où il trouve Rodney attablé au comptoir. Ce dernier veut acheter l’édition d’aujourd’hui du Clarion, mais la machine à distribuer le journal a un problème. 

Rita travaille au comptoir et demande à Steven s’il veut quelque chose. Il lui commande un café, puis entraîne Rodney à l’écart pour lui parler.

Il lui reproche de voir Sandy. Des gens l’ont vu entrer chez elle récemment. Rodney lui dit qu’il ne craint pas les rumeurs, ce n’est plus son procès qui se joue. 

Steven lui dit que voir Sandy pourrait porter préjudice à son client. Rodney ne comprend toujours pas pourquoi Steven défend le type accusé d’avoir tué sa sœur. 

Steven lui rappelle qu’ils n’en sont qu’à l’audience préliminaire afin que le juge détermine si les charges sont suffisantes pour envoyer Lee en procès pour meurtre. 

— Qu’est-ce que tu cherches à prouver en défendant Lee ? s’enquiert Rodney. 

— Je cherche à découvrir la vérité. 

— Admettons que tu découvres que Lee est coupable. Que comptes-tu faire ?

Steven ne répond pas. 


Chris Webber est à la barre des témoins et témoigne sous serment pour l’accusation. Il est interrogé par le procureur John Fowler. 

— Monsieur Webber, quelle a été votre réaction lorsque vous avez réalisé que votre frère était responsable de votre accident sur la falaise ?

— J’étais amer. J’ai pensé à toutes ces années où il a vécu avec ça sur sa conscience. Et j’étais d’abord très amer.

— Vous avez dit « d’abord » ?

— Eh bien, j’ai finalement réalisé que je n’étais pas le seul à avoir souffert. J’ai eu des professionnels qui m’ont appris à vivre avec ma cécité. Mon frère a dû apprendre à vivre avec sa culpabilité tout seul. 

— Vous parlez du sentiment de culpabilité de votre frère. C’est une hypothèse naturelle. 

— Ce n’est pas une hypothèse, monsieur Fowler. Voyez-vous, avant l’accident, Lee m’ignorait. Mais après l’accident, c’était différent. Il a tout fait pour moi, même sa femme passait après moi. Il était toujours à veiller sur moi, il me protégeait, se battait pour moi. Même quand il n’y avait pas de conflit. Notre première véritable dispute était lorsque j’ai voulu quitter l’école de Droit. Lee voulait que je reste ici. Il voulait me porter sur son dos comme un albatros, il voulait que je dépende de lui entièrement. Je devenais ainsi son propre monde, sa vie. Tout ce qu’il voulait en retour, c’était faire partie de ma vie. C’est pourquoi je dis que ni l’un ni l’autre n’avons échappé au drame de la falaise.

— Il y a eu deux accidents tragiques sur la falaise, monsieur Webber. Auquel faites-vous référence ?

— Le premier. La mort d’Ann Howard, c’est autre chose. 

— Avez-vous séparé ces deux incidents de votre esprit ?

— Oui.

— Complètement ?

— Complètement. 

— Monsieur Webber, le matin de la mort d’Ann Howard, lorsque votre frère vous a frappé, avait-il l’habitude de le faire ?

— Non, c’était la première fois. 

— Quelqu’un d’autre était présent ?

— Ma belle-sœur.

— La femme du défendeur ?

— Oui. Sandra Webber.

— Après que votre frère a quitté la maison, quand l’avez-vous rencontré à nouveau ?

— En face du drugstore, dans le square.

— Vous avez précisé dans votre déposition qu’il a dit qu’il ne pouvait pas vous faire confiance. Qu’il a le sentiment qu’il doit vous protéger de vous-même. Lui avez-vous répondu ?

— Oui, je lui ai dit qu’il doit arrêter. Qu’il le veuille ou non, je devais aller chez Steven Cord.

— A-t-il essayé de vous retenir ?

— Non. 

— Comment expliquez-vous cela ?

— Eh bien, il y avait des témoins dans le square qui ont vu ce qui s’est passé. Norman Harrington, Mme Elliot Carson. D’autres, je suppose.

— Est-ce qu’un d’eux vous a parlé, à vous ou au défendeur ?

— Pas cette fois. 

Steven se lève :

— Objection. Le témoin n’était conscient de leur présence que par ouï-dire. 

Fowler contre-attaque :

— Votre Honneur, j’ai déjà indiqué mon intention d’appeler à la barre Mme Carson. J’attends à ce qu’elle confirme sa présence sur les lieux au cours de son témoignage. 

— Objection rejetée, décide le juge. Poursuivez, monsieur Fowler. 

Lee s’approche de Steven et lui murmure à l’oreille :

— Vous laissez ce gars vous marcher sur les pieds.

— Qu’avez-vous fait ensuite, monsieur Webber ? poursuit Fowler

— Je suis retourné sur le bord du trottoir et j’ai failli me faire renverser par une voiture.

— Personne ne vous a prévenu ?

— Peut-être que mon frère était trop excité pour s’en apercevoir. En tout cas, j’ai marché jusqu’au bâtiment de la banque où se trouve le bureau de Mr Cord. Mais il n’était pas là. J’ai donc dicté ma déposition à sa secrétaire et je l’ai signée. Lorsque je suis ressorti du bâtiment, Lee m’attendait et je lui ai dit que c’était fait. 

— Quelle a été sa réaction ?

— Il était en colère. J’entends encore sa voix. Il a dit : « Tu viens avec moi ». Et là, j’ai su qu’il n’avait pas peur d’être traîné en justice ni puni. Il avait peur de perdre l’emprise qu’il avait sur moi depuis toutes ces années. 

— Êtes-vous allé avec lui ?

— Non. Norman Harrington a surgi brusquement. Et il a dit à Lee que j’étais supposé faire de la voile cet après-midi. Plus tard, Norman m’a appris que Mme Carson lui avait demandé de venir à ma rescousse. J’ai demandé à Norman de me conduire à la maison de la plage du Dr Rossi. 

— Pourquoi là-bas ?

— Je voulais le prévenir. Je voulais le convaincre que le vrai danger pour Ann Howard n’était pas terminé. Ça ne faisait que commencer. J’ai même pensé qu’Ann devrait quitter Peyton Place parce que je savais que tant qu’elle serait ici, elle ne serait pas en sécurité. 

— Pourquoi le Dr Rossi ? Pourquoi pas le propre avocat de Mlle Howard ?

— Parce ce que je n’étais pas convaincu que M. Cord soit assez impliqué pour prendre au sérieux le danger. 

— Avez-vous trouvé le Dr Rossi chez lui ?

— Non, il n’était pas là. 

— Monsieur Webber, dans la déposition que vous avez faite le jour de la mort de Mlle Howard, vous avez dit que vous êtes parti de la maison du Dr Rossi, et que vous avez marché un kilomètre et demi de la plage jusqu’à la caverne Stuyvesant, là où vous avez été pris au piège par la marée. Si vous étiez tellement impatient de voir le Dr Rossi, je ne vois pas pourquoi vous ne l’avez pas tout simplement attendu. 

— Je l’ai attendu. 

— Dans la caverne ?

— Non, pas dans la caverne. 

— Mais…

— Je n’ai jamais été à la caverne. J’ai menti. J’essayais de protéger mon frère. 

Les personnes assises au tribunal murmurent entre eux.

— Êtes-vous en train de dire que vous avez attendu à la maison de la plage ? 

— Non, je n’ai pas attendu au cottage. J’avais peur, peur qu’il ne me découvre ici. Alors j’ai descendu le sentier qui mène au bas de la falaise et je me suis caché sur une corniche. 

— Combien de temps y êtes-vous resté ?

— Assez longtemps. J’ai finalement entendu des voix. 

— Quelles voix ?

— Celle d’Ann Howard et de mon frère. 

— Que disaient-ils ?

— Je ne pouvais pas entendre ce qu’ils disaient à cause du vent et de la marée. 

— Si vous ne pouviez pas les entendre, comment pouvez-vous être sûr qu’il s’agit d’eux ?

— Parce que mon ouïe est bien plus développée que celle des autres. J’utilise mes oreilles comme les gens utilisent leur vue. J’ai entendu un bruit, comme un coup. 

Steven objecte :

— Objection. Ce sont les propres conclusions du témoin. 

— Retenue, fait le juge.

— J’ai entendu Ann crier, reprend Chris. J’ai voulu courir vers elle. Je suis resté sur la falaise. Je savais qu’Ann gisait en bas de la falaise.


Elliot ramène Constance et le petit Matthew à la maison. Constance porte Matthew. Betty a laissé une note leur souhaitant la bienvenue et leur précisant qu’elle a préparé un déjeuner qui se trouve au réfrigérateur. La note est signée Betty et Steven. 

Constance fait des commentaires élogieux sur la nouvelle couleur de la chambre de Matthew, et sur son berceau.

Elle regrette simplement l’absence d’Allison pour faire de ce jour un jour de bonheur. 


Au tribunal, l’audience est ajournée. Chris se dirige vers la salle vide et s’assoit sur le siège réservé aux témoins. 

Ralph, l’huissier, dit à Chris qu’il a encore quarante-cinq minutes et lui propose de prendre un café. C’est bientôt l’heure du contre-interrogatoire de Steven.