Episode 306

Lundi 23 janvier 1967

Le plan de Chris

D’une certaine manière, Chris Webber se rapproche de plus en plus du crime suprême. Dans sa poche se trouve, comme un poids mort, un revolver. Celui qu’il a volé à la taverne d’Ada Jacks. Tout au long de cette nuit, l’idée a pris forme dans son esprit de se servir du revolver. Pour tuer son propre frère Lee. Maintenant que l’aube approche, il doit choisir le moment et l’endroit de l’exécution. Il doit choisir avec grand soin.

Chris marche le long du quai, dans la neige. Il touche la moto sous le porche et entre à l’intérieur de la maison.


Chez les Webber, Chris récupère l’arme sur le sofa et le glisse sous son parchemin. Lee arrive et demande à son frère s’il revient ou s’il sort. 

— Un peu des deux, répond Chris, évasif. 

Lee mentionne le fait qu’il fait très froid dehors. Il enlève ses boots tout en racontant qu’il a trouvé un nouveau travail sur le bateau de pêche. 

Mais Chris n’est pas d’humeur à écouter son frère parler de tout et de rien. Il l’accuse à nouveau d’avoir tué Ann. Il était là-bas ce jour-là et Hannah l’a vu précipiter Ann du haut de la falaise. 

Lee se fâche et s’apprête à partir alors que Sandy, qui était couchée dans la chambre, arrive et leur demande d’oublier toute cette affaire. Elle est fatiguée de toutes ces histoires. 

Elle réconforte Chris. Celui-ci lui demande de retourner au lit, mais elle ne veut pas. Il prend le revolver de sa poche et le cache sous le sofa. Puis il dit à Sandy qu’il meurt de faim.


À l’hôpital, Peyton mange son petit déjeuner tandis que Steven frappe à la porte et entre. Peyton n’est bien évidemment pas satisfait de la nourriture de l’hôpital.  Pouvait-il en être autrement, connaissant l’homme ?

Il raconte au jeune homme la charmante visite faite par Betty. Ils discutent ensuite du manoir. Steven respire profondément avant de dire : 

— Une fois les réparations terminées, Betty et moi aimerions vivre là-bas. 

Peyton n’oppose aucune contestation. Il est d’accord de le laisser vivre au manoir. Pour Steven, il ne fait qu’accepter ses droits légitimes : 

— Après tout, je suis un Peyton. Remettons les choses à leur place, je suis le résultat d’un scandale, et non pas la cause.


Chez les Carson, Constance frappe à la porte et entre dans la chambre de Rachel. La jeune fille demande à Constance de l’aider à fermer sa robe. Constance lui dit qu’elle est très belle. 

Elle lui parle ensuite du premier dîner organisé en l’honneur de Rachel chez Rita et Norman. Rachel dit qu’elle a beaucoup de chance d’avoir des amis comme eux.

Elle demande soudainement à Constance si Allison aurait voulu qu’on utilise sa chambre et ses affaires. Constance est sûre qu’elle aurait été ravie de cela.


Chris s’entraîne au piano chez Ada. Cette dernière arrive avec une cuillère de soupe au poisson et la fait sentir à Chris. Elle lui demande s’il a faim. Il lui dit que non. Sandy lui a déjà préparé un bon repas. 

Norman arrive au moment où elle dit qu’elle a fait une grosse marmite de soupe au poisson. Elle retourne dans l’arrière-boutique. 

Deux hommes et Lee entrent en frottant leur main tant il fait froid dehors. Lee a eu une journée difficile à son travail. Il appelle Ada et lui commande un whisky. 

Chris se lève, se cogne contre le juke-box. Puis il se rend à une armoire où sont pendus les manteaux et saisit le revolver dans la poche du sien. Il le coince dans sa ceinture et retourne dans la salle.


À l’appartement, l’électrophone est en route et Norman danse seul tandis que Rodney frappe à la porte. Norman lui dit d’entrer. Le jeune homme semble s’être remis de sa dépression. Il pointe du doigt la porte de la chambre et dit à Rodney d’y aller. 

Rodney frappe à la chambre de Rita et dit : 

— Dépêche-toi Rita, je veux m’amuser. 

Il est heureux de voir que Rachel est également là. Il lui dit qu’elle est en beauté. Il l’observe avec les yeux brillants d’un amoureux transi. 

— Elle est plus qu’en beauté, ajoute Rita.

Norman va chercher la soupe de poisson préparée par Ada à la taverne.


À la taverne d’Ada, Lee fait tournoyer une pièce de monnaie sur le comptoir. Il importune Chris et il est assez odieux pour qu’Ada lui demande de partir. Mais Lee continue à boire. 

Norman entre et Lee l’importune également. Norman lui dit de partir. Lee dit à Norman qu’il ressemble à un petit oiseau chétif. Norman demande une nouvelle fois à Lee de partir. 

Pour empêcher une confrontation qui risquerait de mal finir, Ada dit à Norman que la soupe de poisson est prête.


À l’appartement des Harrington, Rodney danse avec Rita, puis avec Rachel. Ils s’élancent sur le canapé tout en faisant des singeries, qui apparemment amusent Rita. 

Ils passent tous une excellente soirée, et cela leur fait du bien. Assis sur le canapé, Rodney et Rachel s’amusent. Ils sont très complices. Rita observe d’un œil bienveillant ce rapprochement. Cependant, elle s’inquiète, car Norman n’est pas encore rentré avec la soupe de poisson. 

Rodney lui dit de ne pas s’en faire, c’est un grand garçon.


Retour à la taverne, où l’ambiance est moins festive. Accoudé au comptoir, Lee raconte une histoire barbante :

— … Alors j’ai dit « Ton vélo pour ce que tu me dois ». Seulement cette machine valait bien 500 dollars, et il me devait à peine 125 dollars. On avait l’impression qu’il était sur le point de pleurer. Il a secoué la tête, puis il s’est retourné. Et là, je lui ai attrapé le bras et je le lui ai presque cassé. 

Il mime le geste sur un client à côté de lui, qui n’est visiblement pas content qu’on s’en prenne à lui :

— Hey, ferme-là, tu veux !

Norman, assis à une table, en profite pour rebondir : 

— C’est facile à faire pour toi, n’est-ce pas Webber ?

Lee s’approche de Norman :

— T’es toujours là ?

— Casser le bras d’un gars. Rendre aveugle ton frère. Tuer quelqu’un. C’est facile pour toi.

—  Pourquoi est-ce que tu n’irais pas t’asseoir dans le fond et nous laisser boire en paix, petit ?

— Pourquoi est-ce que tu ne nous parlerais pas d’Ann Howard ? le provoque Norman.

Lee l’ignore et poursuit son histoire :

— Je disais que cette machine, c’était vraiment quelque chose.

Mais Norman ne lâche pas prise : 

— Dis-nous comment tu l’as suivie jusqu’à la falaise.

— … Entièrement chromée d’un bout à l’autre.

— Comment tu l’as tourmentée, et ensuite comment tu l’as poussée, hein ?

— Norman ! intervient Chris.

— Oh, j’oubliais, Chris. Tu le sais déjà. Eh bien, maintenant, j’aimerais l’entendre de la bouche de Lee. Dis-nous comment tu t’en es débarrassée. C’était ma sœur, Lee.

— Ta demi-sœur, petit, rectifie Lee. Ou quelque chose comme ça.

— Et tu l’as tuée. Pourquoi ? Hein ? Qu’est-ce qu’elle t’avait fait ?

— Tu es un peu en retard avec tout ceci, n’est-ce pas ? Le procès est terminé. Personne ne te l’a dit ?

— Quel effet ça fait, Lee, de tuer une personne et de s’en aller comme si de rien n’était ?

— Tu devrais être bien placé pour savoir ça. C’est chose courante dans ta famille. Est-ce que ta chère mère ne t’a pas raconté comment elle a tué la dame Carson ?

Lee a réussi à mettre Norman hors de lui. Le jeune Harrington se précipite sur lui et le met à terre. Ada arrive.

— Ne te bats pas, garçon. Tu vas perdre, prévient Lee.

Norman veut toujours en découdre avec Lee. Ce dernier se tourne vers Ada et lui dit, en guise de présage :

— Ada, ce n’est pas moi qui ai commencé. Souvenez-vous.

Il pousse Norman qui tombe sur le piano. Lee le toise du regard.

— Maintenant, tu as une raison d’appeler les flics. N’oublie surtout pas de leur dire que c’est toi qui as commencé, petit.

— Sortez d’ici ! hurle Ada.

— Très bien, mais je ne faisais que me défendre.

Lee s’apprête à partir. Mais Chris le retient.

— Lee, attends une minute. Je viens avec toi.

Chris prend sa veste avec le revolver dans la poche. Il suit Lee à l’extérieur.

— Lee, j’aimerais te parler.

— Tu as déjà tout dit, petit frère.

— Reste où tu es un instant. Lee ?

— Je suis ici, mec.

— Rentrons à la maison ensemble. 

— Non merci. J’ai un goût amer dans ma bouche à cause d’Harrington. Je vais à White River me la rincer.

— S’il te plaît, rentre à la maison avec moi, insiste Chris. 

— Non. 

— Lee, j’ai laissé ma canne. Veux-tu aller me la chercher ?

Chris commence à vouloir prendre le revolver dans sa poche. Norman se montre, toujours aussi remonté contre Lee :

— Webber, c’est toi qui as commencé à attaquer !

— Laisse-nous tranquilles, soupire Chris, qui voudrait pouvoir mettre son plan à exécution.

Lee ne répond plus aux provocations de Norman.

— Je ne retournerais pas en prison à cause de toi, petit. Salut, les enfants.

— Lee, attends une minute, le retient Chris.

Lee monte sur sa moto, fait demi-tour et roule en direction de White River.

— Lee ! Lee !  Lee ! appelle  Chris.

— Il est parti, l’informe Norman. Hey, Chris, c’était ma bagarre.

— Non, c’était la mienne.

— Tu ne peux pas.

— Norman, c’est mon frère. Laisse-le-moi.

— Je ne peux pas rester là, à le voir en liberté. 

— Moi non plus. 

— Allez, viens. 

Norman raccompagne Chris à l’intérieur de la taverne.


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