jeudi 11 avril 1968
Remuer le passé
Le docteur Michael Rossi a exigé de connaître les véritables raisons qui ont soudainement amené son jeune frère, Joe, à Peyton Place. Plutôt que de se confier à lui, Joe a quitté la ville, pour se blesser dans un accident de voiture causé par inadvertance par Norman Harrington. Bien qu’aucune complication grave ne soit apparue, Joe a réussi à exploiter le sentiment de responsabilité de son frère. Mais Joe peut s’avérer être un invité dangereux. Non seulement pour Michael Rossi, mais aussi pour tous ceux qui entrent en contact avec lui.
Le docteur Rossi, Joe et Norman entrent dans la maison de la plage. Joe a un bandage sur le côté droit de son front. Le docteur Rossi aide Joe à enlever son manteau.
Joe pense qu’il va bien, mais le Dr Rossi lui répond qu’il l’a seulement fait sortir de l’hôpital. Il n’est pas prêt à prendre part aux Jeux Olympiques.
— Je pensais que ça voulait dire que j’allais bien, dit Joe.
— Ça veut juste dire que je t’ai laissé sortir de l’hôpital. Mais tu dois te reposer.
— Si j’avais su, je serais resté à l’hôpital, se plaint Joe. Les lits sont plus confortables et les infirmières bien plus jolies.
Michael dit à Joe de se mettre à l’aise et lui demande s’il a besoin de quelque chose. Il lui répond qu’il aimerait quelqu’un de doux et de chaud à ses côtés.
Rossi doit partir à l’hôpital. Il propose de déposer Norman à la fabrique. Il accepte avec plaisir.
— Je vais essayer de revenir pour le déjeuner, informe Mike à Joe. Ça risque d’être un peu serré, j’ai une opération à onze heures, et parfois, les calculs biliaires sont coriaces.
— Occupez-vous tranquillement de vos calculs biliaires, intervient Norman. Je vais m’occuper du déjeuner.
Le Dr Rossi apprécie le geste et le remercie. Il supplie Joe de ne pas faire d’imprudence après son départ.
— Tu prendras deux fois plus de temps pour faire les choses que tu fais normalement. Et tu restes dans le canapé toute la journée.
Avant qu’ils ne partent, Norman parle de Rita à Joe. Ce dernier lui demande pourquoi elle a mal réagi en le voyant. Norman lui dit que Rita a passé un moment difficile à l’hôpital. Le docteur Rossi et Norman s’en vont.
À la taverne, Ada remplit une commande.
— Eddie, est-ce que nous avons besoin de verres à bière ?
Eddie balaye distraitement la salle et, perdu dans ses pensées, ne répond pas immédiatement. Il s’approche d’elle et veut qu’elle lui parle de Joe Chernak.
— C’était le petit ami de Rita, dit simplement Ada.
— Je veux connaître toute l’histoire sur lui.
Ada est embarrassée.
— Je t’ai dit qu’elle était sa petite amie, fin de l’histoire.
— Qu’est-ce que Rita a à voir avec sa mort ? insiste Eddie.
— Rien. Ils étaient séparés depuis longtemps avant que ça n’arrive.
Eddie veut connaître les détails du procès de Rodney, mais Ada lui fait comprendre que c’est du passé et lui conseille de laisser tomber. Eddie n’en a pas l’intention. Sa fille se rend malade à cause de ce Joe Chernak.
— Il la fait pleurer dans son sommeil. Elle pleure et elle a des sueurs froides. Quand elle a vu un autre jeune voyou qui ressemble à Chernak, le frère du Dr Rossi, elle s’est mise à trembler comme si elle avait vu un fantôme. Le fantôme de Joe Chernak.
Ada ne lui donne pas d’explications. Eddie veut savoir ce que Rita a dit à la barre durant le procès. Ou plutôt ce « qu’ils » lui ont fait dire.
— Tu ne vas pas l’aider en déterrant ces vieilles saletés, s’emporte Ada. Tu ne feras que la blesser davantage.
— La blesser encore plus qu’elle ne l’est ? Non, ça m’étonnerait.
— Sors d’ici, explose Ada. Va dépenser quelques dollars pour soulager ta conscience pour le gâchis que nous avons fait de notre vie. On ne commence pas à être de bons parents quand notre enfant a dix-neuf ans et est mariée. C’est trop tard.
— Je n’essaie pas de changer le passé ou même de le rattraper, plaide Eddie. Je veux juste qu’elle aille mieux.
— Norman est là pour elle. C’est lui qui peut l’aider maintenant.
Eddie n’a pas l’intention de laisser tomber. Il va tout faire pour obtenir une réponse. Il part, en colère.
Le Dr Rossi examine Kelly à la maison des Carson et suggère à Constance de l’amener à son cabinet pour ses vaccins DPT. Constance est excitée à l’idée d’avoir la garde de Kelly.
Elle pense que Kelly est bien le bébé d’Allison. Michael, de son côté, a de sérieux doutes. Constance ne veut pas l’écouter. Pour elle, elle est la grand-mère de Kelly. Elle ne tarit pas d’éloges sur l’enfant, disant qu’elle est intelligente. C’est déjà une petite fille, elle arrive même à boire dans une tasse.
Constance lui montre la tasse en question, où il est inscrit ALLISON dessus. Mike est gêné.
Jill se présente à la porte d’entrée. Elle est venue pour voir si Kelly avait besoin d’une baby-sitter. Elle aimerait beaucoup aider Constance en gardant l’enfant.
Constance, mal à l’aise, lui dit qu’ils ont déjà une garde d’enfant et qu’elle est parfaite pour Kelly. Jill semble déçue. Elle s’approche un peu du bébé, mais Constance prend Kelly et l’emmène voir Matthew à l’étage.
Resté seul avec Jill, le Dr Rossi en profite pour dire le fond de sa pensée à la jeune femme :
— Est-ce que vous réalisez ce que vous faites subir à cette famille ? Est-ce que seulement vous vous en souciez ?
— Vous êtes médecin, rétorque Jill avec sa verve habituelle. Occupez-vous de guérir les malades.
— Vous leur faites croire que votre bébé est celui d’Allison. Ils étaient si désespérés qu’ils ont facilement acheté ce conte de fées. Est-ce que vous réalisez ce qui va arriver à cette femme quand elle apprendra la vérité ?
— Elle a déjà appris la vérité.
— Non. Elle a pris votre bébé et elle en a fait une partie importante de sa vie.
— C’est une seconde chance pour elle. Laissez-lui avoir cette chance.
— Elle ne peut pas l’avoir, vous le savez très bien.
Avant de partir, Michael ordonne à Jill de ne plus s’approcher des Carson.
À la maison de la plage, Joe fait fi des conseils de son frère et se promène dans la pièce. Il va chercher une bière au réfrigérateur. Lorsque quelqu’un frappe à la porte, il s’empresse d’aller se coucher dans le canapé.
— C’est ouvert !
Rita entre. On entend Ada demander à sa fille quand elle doit repasser la prendre.
— Dans une heure environ.
Elle a apporté des provisions. Elle pensait que Norman était ici, mais il n’est pas encore arrivé. Joe lui apporte un couteau afin qu’elle tranche du pain, et il la touche accidentellement, ce qui la fait sursauter. Joe en prend note. Il lui rappelle qu’elle avait fait pareil la dernière fois à l’appartement.
Rita dit qu’elle n’a pas peur, qu’elle est juste nerveuse. Joe lui demande ce qui la tracasse. Rita dit que Joe lui rappelle quelqu’un. Quelqu’un qui est mort maintenant. Quelqu’un qui avait le même prénom que lui.
— Quand tu me regardes, tu penses à lui et ça te secoue un peu ? demande Joe.
Il essaie de la mettre à l’aise et lui raconte une anecdote sur un manège à Coney Island. Il était dans ce manège toute la journée sans payer et s’est fait attraper par un agent de sécurité. Il a voulu s’enfuir et s’est cassé deux côtes.
Joe lui tend la main. Elle la prend. Norman frappe à la porte et entre. Il demande à Rita pourquoi elle sourit. Joe répond qu’il lui a raconté comment il s’est cassé deux côtes.
Eddie Jacks entre dans le bureau éditorial du Clarion et demande à Elliot de voir quelques anciens documents sur le procès Harrington. Elliot demande pourquoi il veut connaître les détails du procès.
— Pourquoi cet intérêt soudain ? demande le journaliste.
— Je veux savoir ce qui s’est passé. Avoir une idée générale.
— Une idée générale ?
Eddie répond qu’il fait cela pour Rita. Il s’intéresse particulièrement au témoignage de sa fille. Comme Ada, Elliot pense qu’Eddie fait une erreur en se replongeant dans l’histoire. Mais Eddie insiste :
— Rita s’est mise en tête que la perte du bébé était une punition pour ce qui s’était passé entre elle et Chernak. Qu’en en sens, elle ne mérite pas un mari et un enfant. Elliot, si c’était ton enfant, est-ce que tu resterais là sans rien faire ?
L’argument d’Eddie convainc Elliot qui lui laisse regarder les articles. Eddie les consulte rapidement, puis s’en va.
Ada conduit Rita à l’appartement. Ada demande à Rita de l’accompagner à Boston un de ces jours pour faire du shopping. Rita lui répond que c’est une bonne idée, mais elle semble cependant toujours aussi triste et Ada voit qu’elle essaie de donner le change.
Elle sort de la voiture, salue sa mère et monte les escaliers avec un paquet.
Le révérend Winter l’attend devant la porte. Il entre dans l’appartement et ils ont une longue conversation. Winter lui dit que l’appartement est charmant. Il parle de la première maison très modeste que lui et Susan ont eue quand ils se sont mariés à l’université. C’était une cabane en préfabriqué. Ils discutent de la perte du bébé de Rita et de ses autres problèmes. Il lui dit que Norman s’inquiète pour elle.
— Il vous a envoyé ici pour me lire quelques versets des Écritures et me dire que perdre le bébé était la volonté de Dieu ?
Le révérend Winter secoue la tête :
— N’attendez pas de moi que je vous fasse un sermon. Je suis venu ici pour écouter ce que vous avez à dire.
Rita lui dit que c’est trop personnel pour qu’elle lui en parle. Tom regarde par la fenêtre et voit sa femme, Susan Winter, qui pose pour des photos, attachée au pilori. Avant de partir, il dit à Rita qu’il sera toujours là pour elle.
La tête et les poignets toujours accrochés au pilori, Susan annonce qu’elle veut que la photo fasse la une des journaux pour annoncer le festival de la Journée des fondateurs. Le photographe-journaliste la complimente et lui demande de prendre deux autres photos.





