Lundi 14 octobre 1968
Lewis
Pour le Dr Harry Miles, tout semble à sa place. Sa vie hors de l’hôpital de Peyton Place est aussi simple et ordinaire qu’il l’espérait. Ses relations avec sa femme, Alma, sont aussi sereines qu’au début de leur mariage. Ses liens avec son fils adolescent, Lewis, restent aussi francs et ouverts qu’à l’époque où Lew était enfant. Tout est à sa place… jusqu’à ce soir.
Le Dr Miles et Alma garent leur voiture près de la porte 7 de l’aéroport de White River.
Un avion atterrit. Alma et Harry attendent derrière une grille, impatients. L’escalier se fixe, les passagers descendent. Parmi eux, Lewis, qui s’avance vers ses parents.
Les retrouvailles sont chaleureuses : ils s’embrassent, heureux. Lew revient de New York où il a effectué un stage dans un hôpital.
Norman descend la poussette dans l’escalier de l’appartement. Rita, portant Kelly, le suit. Ils se dirigent vers le square pour une promenade.
Jill, qui marche le long de Glover Street pour se rendre à l’hôpital, regarde plusieurs fois le trio — Rita, Norman et la petite Kelly — avec envie et nostalgie.
Arrivée devant l’hôpital, elle continue à les observer.
Le Dr Rossi gare sa décapotable rouge à sa place réservée. En sortant, il aperçoit Jill en uniforme.
— Pourquoi ne vas-tu pas les rejoindre ?
— Je ne veux pas arriver en retard. Vous connaissez Mlle Choate et son obsession des horaires.
— Je lui dirai que tu faisais une course pour moi.
— Non, docteur Rossi. Je vous en prie, je ne veux pas.
Mike n’insiste pas. Ils entrent ensemble.
Jill pointe pendant que Mike prend ses dossiers. Ils s’installent ensuite sur un canapé de l’accueil et parlent de Kelly.
— En ce moment, Kelly a une famille et un foyer, dit Jill. Comment pourrais-je lui enlever cela pour ne lui offrir qu’une moitié de famille, qu’une moitié de foyer ?
— Tu es sa mère, tu as beaucoup à lui offrir.
— Je ne suis pas et ne serai jamais une bonne mère. Rita l’est bien plus que moi.
Mike voudrait qu’elle cesse de se dévaloriser.
Chez les Russell, Marsha fait des tâches ménagères lorsque la sonnette retentit. C’est Susan Winter, seule, venue se confier.
Elle entre et s’assied, encourageant Marsha à continuer ce qu’elle faisait.
— Nous avons un point commun, dit-elle. Nos maris nous ont abandonnées.
— La comparaison s’arrête là, répond Marsha. Fred et moi nous sommes séparés d’un commun accord. Tom, lui, a perdu l’esprit. Ce n’est pas la même chose.
Marsha l’encourage à ne pas se détruire avec l’alcool : elle pourrait refaire sa vie.
Mais Susan réplique qu’une vie sans Tom n’est pas une vie. Alors, elle s’est trouvé un compagnon : l’alcool.
— Très bien, n’allez-vous pas me proposer un verre ?
— J’ai du café.
— Parfait, tant qu’on peut y ajouter un ingrédient.
— Du sucre, ou de la crème. Rien d’autre.
Susan se lève, agacée.
— Vous n’êtes pas drôle, Marsha. Dans ce cas, je préfère boire ailleurs.
Elle s’en va. Marsha ne l’en empêche pas.
Sur le quai, Eli rejoint Tom Winter, occupé à raccommoder un filet. Eli complimente ses nœuds : il avait lui-même l’habitude de réparer des filets, lorsqu’il pêchait le homard dans sa jeunesse.
Il lui dit être allé voir Rodney à l’hôpital. Le jeune homme, autrefois si vigoureux, travaillait dur avec ses mains ; maintenant, il doit travailler dur pour espérer remarcher.
C’est la manière détournée d’Eli d’encourager Tom à rendre visite à Rodney.
Avant de partir, il invite Tom à venir faire une partie de dominos un de ces jours.
Au Cider Barrel, Charlie sert une crêpe à Jeff lorsque Carolyn entre. Elle veut lui parler, mais pas ici. Jeff refuse de bouger.
Il ne veut pas lui parler. Il s’assoit près d’un client pour l’empêcher de s’installer à côté de lui. Carolyn, têtue, prend la table voisine.
Elle lui explique qu’elle ignorait que sa mère serait là lorsqu’ils ont été surpris au salon. Marsha devait dîner avec le Dr Rossi.
Jeff ne la croit pas. Et même si c’était vrai, il n’aime pas la manière dont elle traite sa mère. Il s’est senti ridicule et piégé.
Carolyn riposte :
— Si tu réagis comme ça, si tu refuses de me pardonner, c’est peut-être parce que tu ne m’aimes pas.
— Dans ce cas, tu ferais mieux de m’oublier.
Jeff acquiesce :
— Excellente idée. Peut-être trouveras-tu quelqu’un qui aime être ridiculisé. Ou mieux encore, tu n’as qu’à sortir avec Joe Rossi.
Toujours en colère, il la plante là et sort.
Charlie s’approche :
— Un petit quelque chose à manger ?
— Non, merci, dit Carolyn, bouleversée.
Le Dr Miles termine son petit-déjeuner et se prépare à partir. Il doit se rendre au Memorial de White River pour une conférence et risque d’être en retard pour le dîner.
Il ouvre la porte et se retrouve face à Lew, revenu d’une promenade.
Harry espère que son fils viendra le voir à l’hôpital — ce serait bien pour un futur médecin. Lew se braque et dit qu’il est fatigué. Il promet tout de même de venir le lendemain.
Une fois Harry parti, Alma reproche gentiment à Lew de ne pas l’avoir remerciée pour la chaîne hi-fi qu’il a trouvée dans sa chambre. Il sourit, l’embrasse et la remercie.
Elle lui propose d’inviter Joanne Walker à un concert rock à Boston samedi. Mais Lew se ferme à nouveau : il n’en a pas envie. Il monte dans sa chambre.





