Épisode 466 

Mercredi 2 octobre 1968

Rupture

Aujourd’hui, Joe Rossi s’est rendu à l’appartement de Norman et Rita Harrington pour passer quelques minutes avec sa fille, Kelly. Sa responsabilité légale a été définie par le tribunal du comté de Peyton : il doit verser une pension alimentaire de vingt dollars par semaine. Mais pour la première fois, ce n’est plus l’obligation financière qui préoccupe Joe : c’est sa responsabilité de père. Ce sont les Harrington qui ont la garde provisoire de Kelly.

Joe monte les escaliers et frappe à la porte.


Norman ouvre. Rita est en train de nourrir Kelly.

— Elle mange bien, dit-il.

— Elle dévore les petits pots, ajoute Rita.

— Elle ne va pas devenir obèse ? s’inquiète Joe.

— Elle sera obèse… et en bonne santé, plaisante Rita.

Joe tente de parler à Kelly. Rita lui suggère d’essayer de la nourrir ; il n’a guère de succès.

— Peut-être qu’elle a assez mangé, suppose Rita.

Elle lui propose alors de porter Kelly. Joe s’y prend maladroitement, puis s’habitue. Kelly met ses doigts dans la bouche de son père.

Jill arrive et s’agace immédiatement de la présence de Joe. Elle tente de prendre Kelly des bras de ce dernier, qui s’écarte. La dispute éclate devant l’enfant. Jill ne comprend pas le soudain intérêt de Joe pour la fillette.

Norman dit à Joe qu’il doit partir travailler et propose de le déposer. Avant de s’en aller, Joe offre à Kelly un cadeau : une grosse peluche colorée. Kelly fait la moue.

— Elle n’a pas l’air d’aimer, dit-il.

— C’est toi qu’elle n’aime pas, répond Jill, acerbe.

Joe remercie Rita et part avec Norman.


Steven se rend au bureau d’information et demande à parler au Dr Miles.

Justement, celui-ci arrive et remercie Steven pour la machine thérapeutique avec système de poulies qu’il a offerte à l’hôpital. D’après lui, c’est le meilleur appareil du marché.

Steven répond que c’est le minimum qu’il puisse faire pour aider son demi-frère. Le Dr Miles trouve ce geste coûteux. Steven explique alors qu’il est l’ex-mari de Betty — ce que Miles ignorait. Il confie se sentir responsable de l’accident : il est persuadé que Rodney a vu Betty dans sa voiture et que c’est cela qui l’a déstabilisé.

Miles nuance : il n’en sait rien. Mais Steven, lui, en est convaincu.

Il insiste pour garder l’anonymat : si Rodney apprenait que Steven a acheté la machine, il refuserait probablement de l’utiliser.


À la Taverne d’Ada Jacks, les clients boivent tranquillement. Tom Winter entre et s’accoude au comptoir, le visage chargé de tous les malheurs du monde.

Ada tente d’engager la conversation : on lui a dit qu’il travaille désormais pour Andy Davies, à s’occuper des casiers à homards. Elle lui demande si ce n’est pas trop dur. Tom répond par monosyllabes.

Ada lui sert une bière ; Tom va s’affaler à une table. Ada le regarde avec pitié.

Steven entre, salue Ada, puis jette un regard compatissant vers Tom avant d’aller s’asseoir avec lui. Tom boit. Steven veut lui parler de Susan : elle compte impliquer Jill dans le divorce et Tom aura besoin d’une défense solide.

Mais Tom semble détaché de tout. Il parle de solitude — non pas d’être seul, mais d’être seul au monde. Il est au plus bas. Steven lui demande de se ressaisir et lui propose même de venir habiter au manoir quelque temps. Tom se lève et s’en va.

Un client lance alors :

— C’est rien qu’un vaurien ! Bien content qu’il se tire de la Taverne.


Dans la salle de kinésithérapie, Rodney utilise la machine achetée par Steven, assisté par Chuck Atwell, tandis que Betty le regarde. Atwell se montre abrasif, mais cela porte ses fruits : Rodney fait preuve de volonté.

Le Dr Miles arrive pour vérifier que tout se passe bien. Il voit Rodney travailler sous la direction — un peu trop autoritaire — de Chuck Atwell.

— Vous aimez ? demande-t-il à Rodney.

— Vous parlez des exercices ou de lui ? répond Rodney, en orientant la tête vers Atwell.

À tour de rôle, Atwell, Rodney et Betty demandent qui a acheté la machine. Le Dr Miles élude chaque fois la question, visiblement gêné.


Au Shoreline Café, le Pillory Rock Band joue à plein volume. Carolyn entre ; la salle résonne. Elle se dirige vers Jeff Kramer, qui martèle le clavier. Ils n’arrivent pas à s’entendre sous le vacarme.

Elle lui dit qu’elle lui parlera après la fête.


Sur le quai, Mike Rossi et Marsha marchent sans un mot. Marsha semble préoccupée, et Mike voudrait en connaître la raison. Elle dit qu’elle a froid. Il propose d’aller boire un café chaud au Cider Barrel.

Un client paie et sort alors qu’ils entrent. Marsha s’assoit près de la fenêtre. Mike apporte deux cafés.

Il tente de la distraire, mais elle n’est pas d’humeur. Sans détour, elle lui annonce qu’ils doivent cesser de se voir.

— C’est à cause de Carolyn ? demande-t-il.

Elle acquiesce : elle sent qu’elle est en train de perdre sa fille. La jeune fille est perturbée par le divorce, et sa relation avec Mike ne fait qu’ajouter à son trouble. Elle doit penser à Carolyn avant tout.

Marsha se lève en pleurant. Mike se lève aussi et la prend dans ses bras pour la réconforter. Il tente de l’embrasser ; elle recule et lui demande de respecter sa décision. Elle l’embrasse brièvement et s’enfuit du Cider Barrel.

Sidéré, Mike la regarde s’éloigner par la fenêtre, puis se rassoit, abattu.


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