Mardi 24 janvier 1967
La décision de Rodney
Chris Webber a pris sur lui de devenir l’exécuteur de son frère Lee. Il a volé un revolver à la taverne d’Ada Jacks, et le porte sur lui, attendant l’opportunité de mettre fin à la vie destructrice de Lee. Quelques instants plus tôt, il avait cette opportunité, mais Norman Harrington, pensant que c’est Lee qui importunait Chris, a séparé les deux frères avant que Chris n’accomplisse sa mission. Maintenant, Norman qui n’a toujours pas compris, insiste pour que Chris reste avec lui et se joigne à la petite fête qui a lieu dans son appartement.
Dans sa décapotable rouge, Norman conduit Chris Webber à l’appartement où a lieu la petite fête.
Rodney danse avec Rachel, tandis que Norman et Chris entrent dans l’appartement. Norman présente Chris à Rachel Welles. Chris leur dit qu’il ne peut vraiment pas rester. Il est juste venu dire bonjour.
Après la soirée, Rodney reconduit Rachel chez les Carson. Rachel veut parler à Rod d’Allison, mais Rodney ne veut pas. Il l’accompagne jusqu’à l’entrée de la maison.
Caché derrière un buisson, Chandler les observe.
Le lendemain, Rodney et Constance se rencontrent dans la rue en face du drugstore, et le jeune homme offre de lui payer un café à la libraire.
Elle lui rappelle à quel point Rodney comptait pour Allison. Elle lui dit qu’elle est d’accord pour qu’il voie Rachel.
Rod mentionne l’abri à oiseaux qu’il avait été à installer avec Allison. Ils parlent encore un moment, mais finalement ne vont pas boire de café.
Steven et Betty entrent dans le vestibule du manoir. Betty enlève son manteau rouge et pose celui de Steven dans l’armoire.
— Actuellement, c’est assez sombre, mais c’est à cause de la fumée, dit-elle. Attends de voir ce que je vais faire. La première des choses à faire sera d’installer une lucarne à l’entrée. Ne penses-tu pas que ce serait mieux ?
— Mmmm…
— Oh, ça va être amusant de rénover cette morgue.
— Qu’est-ce que tu vas faire à propos de la chambre du vieux ? Et celle de Rodney ?
Betty hausse les épaules :
— Eh bien, je n’y ai pas vraiment pensé.
— Au fait, où se trouve la chambre de Rodney ?
— Après celle de son grand-père.
— Il n’a pas toujours vécu dans cette chambre. Avant, il avait l’habitude de partager sa chambre avec Norman, se souvient Steven.
— Lorsque j’étais mariée à Rodney, nous vivions au troisième étage, au fond. C’était horrible.
— Pourquoi ?
— Personne n’avait vécu dans ces pièces depuis des années. M. Harrington a refusé de les repeindre et de les rénover.
— Alors maintenant, tu vas prendre ta douce revanche, susurre l’avocat à l’oreille de sa femme.
— Steven, nous ne sommes pas obligés de vivre ici si tu ne le veux pas.
— J’en suis conscient.
— Qu’est-ce qui t’ennuie ?
— Tu sais très bien ce qui m’ennuie.
— Tu n’es toujours pas capable de me faire confiance ?
— Ce n’est pas toi. C’est moi.
— Alors, parlons-en.
— J’ai toujours été jaloux de Rodney, fait Steven. Peut-être que je le serais toujours. C’est n’est pas quelque chose que tu peux guérir en parlant. Nous allons vivre dans la même maison que ton ex-mari. Cette perspective m’ennuie. Je n’y peux rien.
— Tu peux essayer.
— Tu as vraiment envie de vivre ici, n’est-ce pas ?
— Nous avons beaucoup à prouver, et beaucoup à gagner si nous…
— … et beaucoup à perdre si nous ne pouvons pas vivre avec les fantômes et tous les habitants de cette maison.
— La maison sur la crête est toujours disponible, suggère Betty.
— Nous ne saurons jamais si cette maladie, ma jalousie, est guérissable ou non. Le seul moyen de savoir est d’y faire face, de vivre avec, et peut-être alors je pourrai vaincre cette maladie.
— Si tu as la volonté d’essayer, je te suis.
Ils se regardent dans les yeux.
— Je pense qu’une lucarne serait la bienvenue sur l’aile est, déclare Steven.
— Oh, Steven !
Ils s’embrassent.
— Allons jeter un œil à l’étage, propose l’avocat.
Ils montent ensemble l’escalier menant au premier étage.
— Je ne pensais pas remettre un jour les pieds dans cet endroit. Tant de choses s’y sont passées. Et tant de temps est passé. Un endroit heureux. Leslie Harrington et Catherine Peyton, mari et femme.
Steven essaie d’ouvrir la porte avec une clé qu’il sort de la poche de sa veste, en vain.
— Qui t’as donné ces clés ? demande Betty.
— Le chauffeur du vieux. Peut-être s’est-il trompé ?
— Peut-être.
Rodney frappe à la porte de la chambre d’hôpital de Martin Peyton et entre. Il demande à son grand-père comment il va et il l’informe qu’il va déménager du manoir.
Peyton lui demande s’il s’en va uniquement le temps qu’il soit remis en état.
— Non, fait Rodney. Je pars définitivement.
Peyton lui dit qu’il va lui manquer. Il lui demande si sa décision de quitter le manoir a été influencée par l’emménagement de Steven et Betty, et par la confession d’Hannah.
— Je pense que oui, répond Rodney.
La raison évoquée par Rodney est qu’il est fatigué d’être pris pour une balle de tennis que se lancent son grand-père et son père.
Chandler marche le long du quai, près de la taverne d’Ada Jacks. Il se rend à un téléphone public et appelle Leslie à la fabrique. Sa secrétaire lui répond que Leslie est occupé pour l’instant.
— Pouvez-vous lui laisser un message ? Dites-lui que Jack Chandler a appelé. Non, attendez, peut-être qu’il ne se souviendra pas de mon nom. Dites plutôt qu’un vieil ami l’a appelé.
Chandler raccroche en ricanant, sort de la cabine et se rend au Shoreline Garage pour y confronter Rodney.
Ce dernier travaille sur une décapotable. Chandler l’informe qu’il compte vendre la ferme de Hastings Valley. Il ajoute que Rachel est sa nièce, et qu’il ne lui veut que du bien.
Curieusement, Chandler est gentil avec Rodney. Il l’aide en appuyant sur la pédale de frein tandis que Rod ajoute du liquide de freins. Il espère pouvoir travailler à la fabrique pour payer les notes des médecins.
Il est content que Rachel ait trouvé quelqu’un de cette ville avec qui sortir. Il paie à Rodney ce qu’il lui devait.
— Je voulais également vous dire que je vous fais confiance avec ma nièce.
Rodney réplique :
— Je ne veux pas de votre confiance, Chandler. Je n’en ai pas besoin.
Avant de s’en aller, Chandler dit à Rodney dans un rictus :
— Je reste dans les parages.





