Mercredi 23 novembre 1966
Règlement de compte au tribunal
Aujourd’hui, un fermier de Hastings Valley nommé Jack Chandler est venu en voiture à Peyton Place. Pendant que l’attention de la ville est portée sur le tribunal où Martin Peyton est interrogé par Steven Cord, cet homme, Chandler, est venu réclamer la fille qu’il dit être sa nièce, Rachel Welles, la fille qui a été trouvée avec le bracelet d’Allison Mackenzie, portée disparue.
Chandler gare sa Ford rouge 1957 en face de l’hôpital.
L’infirmière de service du bureau des renseignements s’entretient avec Mme Montgomery sur les travaux du labo lorsque Jack Chandler se dirige vers elle. Il lui dit qu’il veut voir Rachel, mais l’infirmière lui répond que sa nièce n’est autorisée à voir personne. Ce sont les instructions de Mlle Choate. Chandler dit à l’infirmière que Rachel est sa nièce.
— Je suis désolée, lui répond-elle. Vous devez suivre les instructions.
Il demande où il pourrait trouver une boutique de cadeaux et l’infirmière lui répond qu’il n’a qu’à traverser la rue pour en trouver une. Ensuite, l’infirmière de service prévient Mlle Choate du passage de Chandler.
Choate prend le téléphone et dit à l’opératrice de trouver le Dr Rossi et de lui dire de la rappeler immédiatement.
Chez les Carson, Eli aide le livreur, Ed, à décharger une lourde et encombrante caisse. Rita ouvre la porte d’entrée et demande ce que contient la boite et Eli lui dit en riant qu’il s’agit d’un bébé éléphant.
Elle appelle Constance qui arrive avec Matthew dans les bras. Rita lui dit que la caisse contient un bébé éléphant. Eli ouvre la caisse. À l’intérieur se trouve une magnifique voiture d’enfant, accompagnée d’une carte : « Pour que Matthew trouve déjà le bon chemin, Grand-père Carson ».
Constance place Matthew dans le landau et Rita sort avec lui. Eli prévient le bébé que les femmes le pousseront tout au long de sa vie.
Au tribunal, des choses plus sérieuses se déroulent. Steven Cord débute le contre-interrogatoire de Martin Peyton.
— Monsieur Peyton, lorsque le procureur vous a demandé si vous connaissiez le défendeur, vous avez répondu oui. Puis-je vous demander à quel point vous le connaissez ?
Martin Peyton lui répond avec sa verve habituelle.
— Je ne souhaite pas chicaner, monsieur. Cord. Je n’ai pas dit que je le connaissais. J’ai dit que je l’avais déjà vu.
— Donc vous ne connaissez pas Lee Webber personnellement ?
— Non.
— Bien, quand l’avez-vous vu dans ce cas ?
— Je l’ai rencontré une fois, par accident.
— Avez-vous parlé de lui à quelqu’un ?
— Oui.
— Qui ?
— Principalement mon petit-fils.
— Qui était l’ex-employeur du défendeur, Rodney Harrington.
— Oui.
— Que vous a dit Rodney Harrington sur le défendeur ?
— Juste un moment, monsieur Cord, intervient le juge Chester. Monsieur Fowler, n’avez-vous pas d’objection à faire sur le principe d’un ouï-dire dans le témoignage ?
— Pas de cette nature, Votre Honneur, répond John.
Le juge s’en étonne.
— Très bien, puisque l’accusation ne fait pas d’objection, et comme nous sommes à une audience préliminaire sans jury, vous pouvez continuer, monsieur Cord. Mais soyez rapide sur ce fait.
— Voulez-vous que je répète la question ? s’enquiert Steven auprès du témoin.
— Je ne suis pas aussi sénile que vous pouvez le croire, monsieur Cord.
— Je suis content de savoir ça, monsieur. Peyton, parce que la vie d’un homme dépend de votre aptitude à vous rappeler avec précision tous les faits en rapport avec l’affaire. Mais la vie d’une fille dépendait de vous, aussi.
Cette fois, le procureur intervient.
— Votre Honneur…
— Maître, tempère Chester.
— Si vous vous rappelez la question, pouvez-vous y répondre s’il vous plaît ?
— Vous m’avez demandé de vous dire ce que mon petit-fils a dit sur Lee Webber. Il n’avait pas à me dire quoi que ce soit. Il est simplement venu à la porte un soir, le visage tuméfié et ensanglanté. Il s’était battu avec ce jeune sauvage.
— Avez-vous vu la bagarre ?
— Seulement le résultat.
— Avez-vous vu le visage de Lee Webber ? Était-il tuméfié et ensanglanté ?
Même si John n’objecte pas la question, le juge interrompt Steven.
— Monsieur Cord, je considère tout ceci comme hors de propos pour l’issue de cette audience. Dans une audience de cette nature, il est un devoir pour cette Cour de donner au défendeur une large latitude. Mais vous vous égarez au-delà des limites établies dans le cadre de l’interrogatoire d’un témoin, monsieur Cord.
— Votre Honneur, la déposition de ce témoin est motivée entièrement par un effort désespéré de blâmer mon client sur la mort d’Ann Howard.
— La Cour n’a rien observé de désespéré dans la déclaration du témoin, monsieur Cord.
— Mais, Votre Honneur, le témoin admet n’avoir eu aucun contact avec le défendeur. Et il est évident qu’au ton de sa remarque, il le considère comme un moins que rien.
— Maître Cord. Vos remarques sont hors de propos.
Martin appuie les propos du juge :
— Huh. Huh. C’est vrai Votre Honneur. Ce garçon a toujours prôné l’insolence.
— Monsieur Cord, avez-vous terminé avec le témoin ? s’impatiente Chester.
— Non, Votre Honneur, je n’en ai pas fini.
Steven laisse passer un petit moment, puis se tourne vers le témoin.
— Monsieur Peyton, vous avez témoigné que Mme Cord est votre employée depuis une trentaine d’années. Est-ce exact ?
— Oui.
— En quoi consiste son travail ?
— J’ai engagé Mme Cord en premier lieu comme gouvernante.
— C’est le seul rôle qu’elle a joué pour vous ?
— Objection, Votre Honneur, s’offusque le procureur.
— Je répondrais à cela, Votre Honneur, bien que ce soit une question des plus insolentes pour un fils de demander cela à propos de sa propre mère. Mme Cord est une femme très intelligente et très capable. Dès les premières années de services, j’ai fait d’elle ma secrétaire et confidente. Je l’ai chargée de mes affaires personnelles et privées.
— Je me demande si vous serez capable de répondre à ceci, monsieur Peyton. Dans de telles conditions, est-ce que Mme Cord était seulement votre employée ?
John Fowler se lève, totalement indigné :
— Hors de propos et inintéressant, Votre Honneur !
— Votre Honneur, j’ai des raisons de croire que la relation entre le témoin et Mme Hannah Cord a une conséquence directe sur les causes de la mort, se justifie Steven. J’ai l’intention de faire le lien entre ces deux faits. Mais pour le moment, j’annule ma question. Maintenant, monsieur Peyton, vous avez témoigné que Mme Cord était, je cite : une employée digne de confiance et fiable ; fin de citation.
— C’est exact.
Le sergent de police William Wilson Walker entre dans la salle d’audience et murmure quelques mots à l’intention du Dr Rossi.
— Quelqu’un sur qui vous pouvez compter, poursuit Steven.
Rossi se lève et quitte la salle.
— Décidément, Steven, la raillerie ne vous convient pas, dit Martin.
— Vous avez également témoigné que Mme Cord avait, je cite, un caractère stable.
— Vous n’avez rien oublié, n’est-ce pas, Steven ?
— Pas depuis 28 ans.
— Excepté peut-être où nous sommes en ce moment.
Le juge s’impatiente :
— Monsieur Peyton. Cette Cour est pleinement consciente de la relation particulière qu’il existe entre le témoin et l’avocat de la défense. Mais s’il vous plaît, messieurs, contentez-vous de rester à ce qui intéresse la Cour.
— Oui, Votre Honneur. Steven, voulez-vous que quelqu’un lise votre dernier commentaire, ou vous dise où vous êtes ?
— Monsieur Peyton… avertit Chester.
— Je suis désolé, Votre Honneur. Je pensais simplement que lorsque j’ai placé ce garçon dans une école de Droit, j’espérais qu’il puisse en sortir avec un peu plus d’équilibre. Et des manières plus professionnelles. Mais je crois que vous me posiez une question sur le caractère de votre mère.
— Vous avez dit qu’elle était stable, fait Steven. Ne voulez-vous pas plutôt dire rigide ?
— Steven, tu as grandi sur mes genoux. Tu sais très bien que je ne choisis jamais mes mots au hasard. Ils sont toujours appropriés. Et j’ai dit : stable.
— Mme Cord est votre employée depuis 30 ans. L’avez-vous déjà vu entrer dans une colère violente ?
— Non.
— L’avez-vous déjà vue rire à gorge déployée ?
— Non.
— Pleurer à profusion ?
— Ah, tu essaies de me piéger pour que je me contredise. Veux-tu suggérer par là que je n’ai pas vu les retrouvailles entre Mme Cord et Ann Howard ? Que je ne les ai pas vues pleurer ?
— Donc elles pleuraient.
— C’est ce que j’ai dit.
— Vous avez dit : « leurs yeux étaient rouges, leur mouchoir mouillé. Il y avait des larmes. Beaucoup de larmes. »
— Oui, c’est exact.
— Tout ceci venant d’une femme que vous décrivez comme stable. D’une femme qui n’a jamais fait montre d’une quelconque émotion en 30 ans où vous avez vécu avec elle ? N’avez-vous pas dit, monsieur Peyton, qu’Hannah Cord avait pleuré à en mouiller son mouchoir ? Que c’était un moment d’un intense et dramatique traumatisme et peut-être le moment le plus perturbant de toute sa vie et de la vie de sa fille, Ann Howard ?
— Tu veux toujours faire d’une colline une montagne, Steven.
— Et vous minimisez toujours l’importance de tout ce que vous ne pouvez pas contrôler.
— Messieurs, intervient de nouveau le juge. Maître Cord, si vous persistez dans votre conduite non professionnelle, je me verrais dans l’obligation de vous sanctionner.
— Je suis désolé, Votre Honneur.
Fowler prend la parole :
— Votre Honneur, si l’avocat de la défense veut ajourner la séance…
— Je vais bien, Maître. Merci… Vous avez témoigné que le jour des retrouvailles mère-fille, le jour où Ann est morte, elle est venue à votre domicile pour voir Mme Cord, est-ce exact ?
— Oui.
— Comment connaissiez-vous le but de sa visite ?
— Mme Cord me l’a dit.
— Quand ?
— Après le départ d’Ann Howard.
— Donc vous n’avez pas parlé à Ann ?
— Non.
— Cependant, vous vous êtes assis à la barre des témoins et vous avez dit, je cite : que d’après vous Ann n’était pas émotionnellement perturbée. Si vous n’aviez eu aucun contact avec elle, sur quoi basez-vous votre opinion ?
— Sur ce que j’ai vu, affirme Martin.
— Sur ce que vous avez vu ? Vous avez voulu m’impressionner tout à l’heure en me disant que vous choisissez toujours les mots appropriés pour décrire quelque chose, monsieur Peyton. Alors pourquoi avez-vous utilisé le mot vu et non pas entendu ?
— Eh bien, je… euh…
— Dites-moi exactement combien de temps vous avez écouté la conversation ?
— Suffisamment longtemps pour savoir que c’était deux femmes hystériques qui se réjouissaient de se retrouver dans des retrouvailles hystériques.
— Vous avez dit hystérique ?
— Eh bien, c’était une façon de parler.
— Encore une façon de parler que vous choisissez, monsieur Peyton. Est-ce que cela décrit exactement la rencontre entre Ann Howard et Mme Cord ?
— Pas aussi bien que je décrirais ta conduite dans cette Cour, répond le vieil homme du tac au tac.
— Où étiez-vous lorsque la conversation entre les deux femmes a débuté ?
— Dans ma chambre.
— Au deuxième étage, à l’aile opposée de la maison ?
— Tu n’as sûrement pas oublié où est ma chambre, Steven. Tu avais l’habitude de venir tous les soirs avec le journal, lorsque tu étais jeune. Tu ne t’en souviens pas ?
— Sur l’aile opposée de la maison en haut des escaliers, lorsqu’elles parlaient ?
— La plupart du temps, oui.
— À quel autre endroit étiez-vous ?
— Dans le hall d’entrée.
— Vous avez donc descendu les escaliers ?
— Steven, tu es la seule personne à toujours t’être servi de la rampe. Ha. Ha.
— Tout ceci est donc si amusant pour vous, monsieur Peyton ? N’est-ce pas une blague élaborée ? Ma sœur est morte. Une sœur que je ne connaissais même pas avant sa mort. Parce que vous l’avez tenue éloignée de nos vies. Et maintenant, la vie d’une autre personne est en jeu et vous êtes assis là à faire des blagues à deux sous.
— Maître Cord. Je vous ai prévenu des conséquences si vous n’arrivez pas à contenir vos émotions, dit Chester.
— Votre Honneur, j’essaie d’établir la possibilité que quelqu’un d’autre que le défendeur puisse être responsable de la mort d’Ann Howard. Quelqu’un habitant dans la maison de cet homme. Et je crois que ça a conduit Ann Howard au suicide. Et je ne vois rien d’humoristique dans ce fait.
Martin prend à témoin le juge :
— Que veut-il de plus, Votre Honneur ? J’ai déjà témoigné du fait que la rencontre entre Mme Cord et Ann Howard était sans grande importance.
— Sans grande importance pour quoi, monsieur Peyton ? Le mensonge monumental qui a détruit sa vie ? La cruauté que vous lui avez infligée parce que vous ne lui avez jamais permis de connaître la vérité ?
— Votre Honneur, je dois faire objection, intervient Fowler. Nous ne faisons pas le procès du témoin.
— On devrait, répond Steven. Les retrouvailles « sans grande importance » ont été le détonateur qui a causé la mort d’Ann. C’est comme s’il lui avait donné une arme dans la main le jour où elle est née. Le jour où lui et ma mère l’ont rejetée. La fille croyait un mensonge. Un mensonge, le même que j’ai cru pendant toute ma vie.
— Monsieur Cord…
Steven ignore l’avertissement du juge et poursuit.
— Nous n’avons rien connu d’autre que le mensonge.
— Greffier, appelle Chester.
— Même maintenant, dans une Cour de justice, il ment.
— Monsieur Cord !
Steven n’écoute pas Chester. Il poursuit avec Martin.
— Vous n’avez jamais dit la vérité. Même lorsque vous l’avez connue. Si vous aviez dit la vérité à Ann, elle ne serait pas morte à l’heure actuelle.
— Tu n’en as rien à faire de la mort de ta sœur. Tout cela n’est qu’une mascarade, Steven.
Après Steven, le juge a maille à partir avec le vieil homme et tente de le remettre à sa place.
— Monsieur Peyton !
En vain. Martin continue :
— Si tu te souciais de la mort de ta sœur, tu n’aurais jamais accepté cette affaire.
— Vous n’avez aucun cœur.
— Un cœur ! Tu n’en as pas non plus pour défendre l’homme qui a tué ta sœur.
Lee bondit de sa chaise :
— Je n’ai tué personne.
L’interrogatoire tourne au règlement de compte. Martin continue à invectiver Steven.
— Où est ton cœur ?
Le juge ne sait plus où donner de la tête.
— Asseyez-vous, monsieur Webber. Maître Cord, je vous ai assez prévenu. Je vous condamne pour outrage à la Cour à une amende de 500 dollars. Venez dans mon bureau, immédiatement. Monsieur Peyton, vous pouvez vous retirer. L’audience est ajournée.
Martin Peyton sourit, l’air satisfait.
Rachel est dans son lit au second étage de l’hôpital en train de lire lorsque Mme Healey, la femme du médecin légiste du comté de Peyton portant un uniforme de la croix rouge, passe avec le chariot à livre. Un panneau « Aucun visiteur » est affiché sur la porte de la chambre de Rachel.
Ignorant le panneau, Chandler entre avec une boite de chocolats au caramel pour Rachel. Il explique à Mme Healey qu’il n’est pas un visiteur, mais un parent proche.
Il dit à Rachel qu’il est parti dans le Maine chercher la sœur de sa défunte femme, Meg, qui est une autre tante de Rachel. Il lui dit que tante Meg prendra soin d’elle lorsqu’elle reviendra à la ferme.
— J’ai arrangé les choses à la maison et tu vas être heureuse là-bas. Tu vas l’aimer, Rachel. Je sais que oui.
Rachel, qu’un retour à la ferme effraie plus que tout, devient hystérique et crie :
— Je ne veux pas y aller ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas !
Mme Healey, la bénévole, a des difficultés à traiter avec Chandler et préfère aller prévenir Mlle Choate.
Mlle Choate informe par téléphone le Dr Rossi qu’une des bénévoles a un problème avec Chandler.
Michael arrive, confronte Chandler, et le fait sortir de la chambre de Rachel. Ils se rendent dans une petite salle pour parler. Chandler lui demande ce qui est arrivé à Rachel. Il menace Rossi de le traîner en justice s’il ne lui rend pas sa nièce. Mike lui dit qu’il est inapte à être son tuteur. Chandler s’en va, en colère.





