Mercredi 16 novembre 1966
Rancœur
Rachel Welles, dans un moment de violence passagère, a montré aux gens qui sont proches d’elle combien elle craint profondément de retourner chez son tuteur. Un moment de violence qui a forcé le Dr Michael Rossi à la ramener à l’hôpital de Peyton Place, où elle sait qu’elle sera en sécurité sous sa protection, au moins le temps pour lui d’examiner et de guérir ses blessures. Pour les jeunes Harrington, l’incident ne peut qu’ajouter à leur sentiment de culpabilité et de responsabilité, déjà trop difficile à porter. Pour le Dr Rossi, cela le pousse irrémédiablement dans la vie de la jeune fille effrayée.
Rachel prend un ciseau et s’entaille les veines et le bras, sous les yeux horrifiés de Mike. Plus tard, Norman, Rita et Rodney attendent sur un banc, à l’hôpital. Dans la salle d’examen, Mike examine la blessure de Rachel.
Le Dr Rossi demande à Rachel si on lui a déjà fait des points de suture auparavant. Elle lui répond que non. Il lui injecte un calmant afin qu’elle ne souffre pas lors de la couture. Rachel complimente Michael pour son habilité à suturer les plaies.
La façon dont le médecin prend soin de la jeune fille pousse celle-ci à lui faire des confidences. Elle raconte que Chandler a épousé sa tante Lucy uniquement pour prendre possession de la ferme. Chandler utilise parfois une ceinture pour « corriger » Rachel. C’est pour cela qu’elle s’est enfuie et qu’on l’a retrouvée dans la cabane.
Mike le savait, car Mme Burrows lui a dit. Elle remarquait souvent des bleus sur les bras de Rachel, et sur son visage aussi.
Mike demande à Rachel de lui dire tout ce qui s’est passé. Lorsqu’il termine son travail en bandant le poignet de Rachel, il l’étreint en lui promettant qu’elle ne retournera pas à la ferme avec Chandler.
Michael, Rachel, Rita et Norman sortent dans le couloir de l’hôpital. Michael demande à Mlle Choate d’emmener Rachel au second étage et de l’installer.
Il se rend au téléphone et demande à l’opératrice de passer un appel pour Steven Cord. Le médecin demande une nouvelle fois à Mlle Choate d’emmener Rachel au second. L’infirmière en chef s’exécute et amène Rachel jusqu’à l’ascenseur.
L’opératrice dit à Michael que Steven se trouve à la taverne d’Ada Jacks. Mike appelle là-bas.
Il est maintenant au téléphone avec Steven. L’avocat, adossé au mur à côté du téléphone, a un verre en main. Il n’est plus très frais.
Le médecin lui demande d’obtenir un ordre de restriction pour empêcher Jack Chandler d’approcher Rachel. Steven lui répond qu’il est très occupé par l’audience préliminaire de Lee Webber et lui suggère de contacter Ted Dowell en ajoutant que ce dernier est plus compétent que lui dans ce domaine.
Dans l’arrière-cour de la maison Carson, Eli raconte au petit Matthew une histoire sur les océans. Elliot se plaint gentiment à Constance du fait qu’Eli a parlé au bébé tout l’après-midi. Eli promet à Matthew qu’il lui construira un bateau lorsqu’il sera plus grand.
Betty est assise à une table, occupée à écrire une lettre (elle est gauchère). Elle termine, remet un coussin en place, remet le tisonnier droit, et va à la porte.
Steven arrive à ce même moment et trébuche, visiblement éméché par l’alcool absorbé chez Ada. Betty l’installe dans le canapé. Il s’allonge, et s’excuse auprès de sa femme pour son état. Betty lui dit qu’elle comprend sa situation. Il lui dit qu’il est allé chez Ada, mais Betty le savait, car Ada l’a appelée.
Betty connaît le problème de son mari : il va devoir contre-interroger Martin Peyton et cela le met en état de stress.
— Une fois que le procureur aura terminé son interrogatoire, pourquoi ne pas simplement dire « pas de questions » lorsque le juge se tournera vers toi ?
— Pas de questions ? Pas de questions !
Steven se lève péniblement et jette sa cigarette dans la cheminée.
— J’ai vingt-huit ans de questions à lui poser. Je rêve de l’interroger comme témoin depuis que j’ai sept ans. Oh, Betty, tu ne peux pas savoir ce que c’est que d’entendre ma mère et Martin Peyton murmurer, et de les voir me regarder en se demandant si j’avais entendu ce qu’ils disaient. Et ils me demandaient d’aller dans ma chambre, sans raison. J’ai toujours eu l’impression de n’appartenir à personne.
— Tout va bien maintenant, Steven.
— Je n’ai jamais compris, jamais… J’attendais, j’attendais qu’un jour il me dise, qu’il m’avoue… mais il ne l’a jamais fait. Jamais. Il savait que j’avais besoin de l’entendre me le dire, mais il me regardait, et il me tournait systématiquement le dos. Maintenant, il va être obligé de me répondre. Il ne pourra plus tourner le dos et s’en aller.
Steven regarde Betty droit dans les yeux et s’imagine être devant la barre des témoins :
— « Monsieur Peyton. Monsieur Martin Peyton, c’est votre vrai nom, n’est-ce pas ? Je veux que vous me répondiez, je veux que vous répondiez sous serment, pour une fois vous serez obligé d’être honnête. Monsieur Martin Peyton, répondez-moi : pourquoi ? Pourquoi ! »
— Steven…
— « Pourquoi avez-vous fait cela ? Vous saviez que j’ai grandi en pensant que vous étiez mon père. Vous ne m’avez jamais traité comme un fils, vous m’avez toujours traité comme un moins que rien. Vous m’avez toujours fait espérer, et croire. Pourquoi ? »
Betty tente de le calmer :
— Steven.
Steven se met à hurler :
— « Pourquoi ne m’avez-vous pas laissé connaître mon vrai père ? Ma mère n’a jamais voulu de moi. Elle n’a jamais voulu d’Ann. Avez-vous essayé de me séparer de ma propre famille ? Pourquoi ? Pourquoi vous ne m’avez pas donné à faire un choix ? Je suis un être humain (Steven pleure). Et j’aurais dû avoir le choix.
Steven sanglote. Betty le prend dans ses bras.
— Oh, chéri ! Laisse-toi aller.
Les larmes de Steven font maintenant place à la colère.
— Martin Peyton ! Je vais le crucifier !





