Mercredi 2 novembre 1966
La voisine
Il y a des moments dans la vie d’Elliot Carson où il est capable de mettre de côté la souffrance qu’il éprouve depuis la disparition de sa fille Allison, pour apporter de la joie et de l’amour à son nouveau fils, Matthew. Pour Elliot, la naissance de son bébé peut se révéler être le commencement d’une vie riche et bien remplie qu’il a toujours souhaité avoir depuis des années.
Matthew pleure dans les bras d’Elliot. La sonnette de la porte d’entrée retentit et Elliot fait entrer le Dr Rossi.
Tandis que Mike entre dans la maison et salue Constance et Betty, Elliot donne le bébé à Constance. Le Dr Rossi vient pour une visite à domicile.
Le téléphone sonne. Elliot va répondre. C’est John Fowler qui voudrait parler à Constance. Il veut qu’elle témoigne demain au procès de Lee Webber. Sans doute pour lui parler de l’altercation de Chris et Lee au square.
Elliot n’est guère disposé à faire subir une telle épreuve à son épouse, d’autant plus qu’elle est fatiguée depuis la naissance de Matthew, et éprouvée en raison de la disparition d’Allison.
Mais Constance veut y aller. Elliot dit à John qu’elle sera là. Betty lui dit qu’elle viendra de bonne heure demain matin pour prendre soin du bébé. Rossi veut parler à Elliot dans une autre pièce.
Rester seule avec Constance dans le salon, Betty lui dit de ne pas s’en faire pour demain, et lui répète qu’elle viendra tôt pour s’occuper de Matthew pendant que Constance ira témoigner. Elle sera ravie d’avoir le bébé pour elle toute seule. Elle est consciente du fait que Rita aimerait aussi s’occuper de l’enfant, mais elle estime avoir le droit d’être sa baby-sitter à temps plein.
Norman ramène le bateau de location, en face de la taverne d’Ada Jacks, après un petit voyage de pêche avorté avec Rita. La jeune fille ne se sent pas bien. Elle est assise sur un tonneau et son visage est blême.
Norman essaie de la distraire en lui parlant des poissons qu’ils auraient pu avoir. Rita est désolée. Norman va s’asseoir près d’elle et pense que si elle est malade, c’est parce qu’elle a faim. Il propose de rentrer à l’appartement et de lui concocter un bon petit plat, comme du chili.
Rien qu’à entendre parler de nourriture, Rita a des nausées.
À l’hôpital, une infirmière tape à la machine. L’infirmière en chef Choate dit au Dr Rossi qu’une femme, Mme Burrows, désire lui parler. Mme Burrows s’approche du médecin et lui dit qu’elle est là pour Rachel.
Mme Burrows l’informe qu’elle et son mari ont une ferme près de celle des Chandler. Rachel vit avec sa tante Lucy depuis la mort de ses parents. Lucy était la sœur de la mère de Rachel, Georgina. Les parents de Rachel sont morts dans un incendie. Lucy, quant à elle, est morte la semaine dernière.
Le mari de Lucy, Jack Chandler, va venir chercher Rachel, mais Mme Burrows prévient Michael que Rachel ne devrait pas repartir avec lui, parce que c’est un bon à rien. La ferme appartenait à Lucy en premier, lui ne faisait rien.
Ils ont par ailleurs quelquefois noté des meurtrissures sur le visage de Lucy et Rachel, et elle pense que Chandler n’est pas étranger à cela.
Mme Burrows ajoute que son mari ne voulait pas qu’elle vienne ici. Il ne voulait pas se mêler de cette affaire.
Rachel jette un œil furtif à Mme Burrows et Michael, et les entend parler sans qu’ils la voient. Mme Burrows laisse quelques affaires pour Rachel avant de repartir.
Après son départ, Rachel se précipite vers le bureau des renseignements et demande à l’infirmière où elle peut trouver Rita. L’infirmière pense qu’elle est sur le quai. Rachel se précipite dehors.
Au tribunal, Constance prête serment. John Fowler l’interroge à propos de l’altercation entre Chris et Lee Webber. Elle raconte ce qui s’est effectivement passé. Elle a eu peur pour Chris et c’est pour cela qu’elle a demandé à Norman de passer le prendre en voiture avant que cela ne dégénère. Elle parle aussi de la voiture qui a failli écraser Chris.
Fowler lui demande si ses craintes n’étaient qu’une intuition, mais Constance dit qu’elle a invité Chris à dîner une semaine avant ces événements, et qu’il lui a confié ses craintes à propos de son frère.
Steven contre-interroge Constance. Il lui demande si elle a déjà parlé avec Lee. Elle avoue que non.
— Avez-vous entendu ce que Chris et Lee se disaient ?
— Non.
— Donc votre crainte n’est basée que sur des suppositions et sur la réputation de mon client.
La Cour ajourne la séance jusqu’à 10 heures demain matin. Ralph, le greffier, est sur le point de ramener Lee dans sa cellule lorsque Constance les arrête pour parler avec le prisonnier. Le juge le permet.
— Je veux savoir si vous avez quelque chose à voir avec la disparition d’Allison, dit-elle. Ne jouez pas avec moi. Je veux connaître la vérité à propos de ma fille.
Lee lui dit qu’il n’a rien fait, qu’il ne l’a pas touchée, il lui a juste parlé.
— Qu’a-t-elle dit ?
— Je ne m’en souviens plus.
Constance s’énerve devant le manque d’empathie de Lee. Et Lee s’énerve en répétant qu’il n’a rien fait à Allison.
— Ce n’est pas ma faute si elle a quitté la maison ! Ce n’est pas ma faute ! plaide-t-il.
Elliot décide de mettre fin à la conversation en raccompagnant une Constance hors d’elle à la maison.
Rachel erre sur le quai, à la recherche de Rita. Elle pense la voir de dos, mais ce n’est pas elle. Elle se rend au Cider Barrel où Sandy Webber nettoie le sol. Elles se saluent.
— Vous travaillez ici ? s’enquiert la jeune fille.
Sandy acquiesce.
— Alors vous devez voir beaucoup de monde.
— En effet.
— Connaissez-vous Rita Harrington ?
— Oui, je la connais.
Rachel lui dit qu’elles sont amies et, pour tenter de le prouver, elle énumère maladroitement tout ce que Rita a dit sur sa vie, qu’elle est mariée à Norman, qu’elle n’a pas d’enfant, etc.
— Vous êtes sûre d’être amie avec elle ? interroge Sandy.
Elle ajoute que si elle veut savoir où est Rita, elle peut le demander à la mère de celle-ci, qui tient la taverne en face.
Rachel se rend compte qu’elle a très faim et propose à Sandy de continuer à faire le ménage en échange d’un sandwich. Par compassion, Sandy lui demande de s’asseoir au comptoir, elle va lui en payer un. Elle s’apprête à faire le sandwich quand Charlie débarque de l’arrière-boutique. En le voyant, Rachel prend peur. Elle se sauve.
Elle veut se rendre à la taverne, mais voit trois hommes en sortir. Là aussi, elle prend peur et se réfugie dans une cabine téléphonique, et fait semblant de téléphoner.
Elle aperçoit enfin Rita, se trouvant dans la voiture avec Norman, en face du Shoreline Garage. Elle court vers eux, mais ils ne la voient pas et Norman démarre la voiture.
Rachel tente en vain de les rattraper. Elle se trouve près de la station essence du Shoreline Garage et Rodney, sans le vouloir, l’arrose. Elle crie, lui s’amuse de la voir dans cet état. Il s’approche d’elle pour s’excuser.
Rachel demande s’il connaît Rita, précisant que c’est son amie et qu’elle souhaite lui parler. Rodney lui dit qu’il la connaît bien.
Il lui parle du bracelet, il veut savoir où elle se l’est procuré. Elle lui dit que cela ne le regarde pas.
— C’est le bracelet d’Allison, dit-il.
— Allison, c’est un drôle de nom pour fille, s’amuse Rachel.
— Ne change pas de sujet. Si tu ne veux pas me dire où tu l’as eu, c’est que tu l’as volé.
— Je ne suis pas une voleuse ! s’offusque Rachel.
Elle lui demande une description d’Allison. Rodney lui donne avec plein de douceur dans la voix une description complète de la disparue. Cheveux blonds très courts, des yeux bleus.
— Comme les miens ?
— Non, Rachel, pas comme les tiens. Tu as les yeux marron.
— Est-ce qu’elle avait de grands yeux ?
— Oui.
— Plus grand que les miens ?
— Oui.
Rachel prend cette conversation comme un jeu et s’en amuse. Mais Rodney la fait revenir à la réalité en lui agrippant le bras, et en lui disant que cette fille, Allison, a disparu et qu’ils sont tous très inquiets pour elle.
— Elle avait une maison, Rachel. Elle avait une famille. Elle avait une mère et un père qui l’aimait. Elle avait des amis.
— Comme toi ?
— Comme moi.
— C’était ta petite-amie ?
— Oui.
Rachel lui dit que si les jeunes filles disparaissent, c’est parce qu’elles ne se sentent pas à leur place. Si elle est partie, c’est qu’elle devait avoir une bonne raison.
Elle se dégage de son emprise et s’en va en courant.
Rodney retourne à son bureau et appelle le sergent Edward Goddard.





