Episode 274

Lundi 3 octobre 1966

Le témoignage du Dr Rossi (deuxième partie)

Le palais de justice du comté de Peyton. L’audience préliminaire se poursuit. L’accusation cherche à prouver qu’une jeune femme nommée Ann Howard est décédée d’une mort violente des mains de Lee Webber. Aujourd’hui, le procureur John Fowler se retrouve à lutter contre l’avocat de la défense Steven Cord, sur le témoignage du fiancé de la défunte Mlle Howard, le Dr Michael Rossi.

L’huissier apporte un dossier venant du poste de police à John Fowler.


La salle d’audience est présidée par le juge Irwin A. Chester. Nous sommes à l’audience préliminaire de Lee Webber. Le Dr Rossi est toujours interrogé par Steven Cord. 

— Quand avez-vous vu Ann Howard en vie pour la dernière fois ? s’enquiert l’avocat. 

— C’était le matin de sa mort. Elle est venue à mon bureau, à l’hôpital.

— Et quel était le sujet de conversation ce matin-là ?

— Elle m’a dit qu’elle avait trouvé des papiers dans la malle de son père. Des papiers qui prouvaient qu’elle et vous étiez frère et sœur.

— Veuillez noter que le témoin se réfère à moi, Steven Cord. Et quelle a été votre réaction à cette annonce ?

— J’étais surpris. Je lui ai demandé de ne rien faire à propos de ça jusqu’à ce que nous ayons l’occasion d’en parler ouvertement.

— Et elle était d’accord ?

— Oui. 

— Et c’est la dernière fois où vous l’avez vue en vie ?

— Oui. 

— Était-ce la dernière fois que vous lui avez parlé avant sa mort ?

— Non, j’ai parlé avec elle au téléphone plus tard cet après-midi-là.

— Avait-elle l’air heureuse ?

— Heureuse ?

— Oui. 

— Non.

— Alors, dans quel état d’esprit était-elle ?

— Elle avait l’air d’aller bien. 

— Vous avez précédemment témoigné qu’elle avait parlé avec vous au téléphone depuis votre maison de la plage. Que faisait-elle là-bas ?

— Elle m’attendait.

— C’était peu de temps après qu’elle aie fini de travailler à la librairie. Exact ?

— Oui.

— Plus qu’une heure ?

— Je suppose.

— Où était-elle entre le moment où elle a quitté la librairie et celui où elle est arrivée chez vous ?

— Je ne sais pas. Elle m’a dit qu’elle est allée faire une course.

— Une course. Vous voulez dire du shopping ?

— Je ne sais pas. Elle a juste dit : une course. 

— Vous dites qu’elle n’avait pas l’air bouleversée, ni affligée, ni nerveuse. 

— Non, elle était juste… Elle avait l’air bien. 

— Bien, lorsque vous avez parlé avec la défunte au téléphone, est-ce elle qui avait appelé, ou vous ?

— C’est moi qui l’ai appelée. 

— Pourquoi ?

— Parce que j’étais inquiet pour elle. 

— À cause du choc qu’elle a eu en découvrant qu’elle avait un frère et une mère qui vivaient dans cette ville ?

— C’est exact.

— Mais vous étiez plus particulièrement inquiet parce que vous connaissiez son passé médical, n’est-ce pas ?

— Objection, Votre Honneur ! intervient le procureur.

— Retenue. 

— Je vous l’ai dit, répète Mike, elle avait l’air bien.

Le juge s’en mêle : 

— Le témoin n’a pas à répondre aux questions auxquelles il a été fait objection. Huissier, veuillez ne pas tenir compte de cette réponse.

Steven poursuit son interrogatoire :

— Qu’avez-vous dit d’autre au téléphone ?

— Objection, Votre Honneur, n’avons-nous pas assez ressassé ce sujet ? se plaint John.

Steven n’est pas de cet avis et prend la parole avant que le juge ne se prononce : 

— Le témoin ici présent est la dernière personne à avoir parlé avec la défunte. La dernière personne qui peut nous éclairer sur son état d’esprit. Je vous demande de me laisser continuer. 

— Objection rejetée, décide le juge.

Fowler s’assoit. Steven reprend :

— Qu’est-ce qu’il a été dit d’autres au cours de cette conversation, docteur ?

— Eh bien, elle voulait savoir quand je rentrais à la maison. Je lui ai dit que je devais aller en chirurgie.

— Quelle a été sa réaction ?

— Elle a été déçue. Je lui ai fait promettre de rester à l’intérieur de la maison jusqu’à ce que j’arrive. Et je lui ai dit que je l’aimais. 

— Vous avez dit : « Je t’aime » ?

— Oui.

— Parce que vous étiez inquiet et vous vouliez la rassurer ?

— Oui, pour ça et parce que je l’aimais.

— Laissez-moi vous lire l’exposé de l’accusation. La déposition sous serment faite par le défendeur et qui couvre ses déplacements la journée de la mort d’Ann Howard. 

Je sais à quel point c’est mauvais pour moi, mais c’est la vérité. J’ai suivi Ann Howard jusqu’à la maison de Peyton. 

Question : Quelle heure était-il ?

Réponse : Je ne sais pas. C’était dans l’après-midi. Tard dans l’après-midi.

Question : Combien de temps est-elle restée à la maison de Peyton ?

Réponse : Environ 15 minutes. Mais lorsqu’elle est sortie, elle pleurait. Si je lui avais dit ne serait-ce qu’un mot, elle serait devenue hystérique. 

C’est là-bas où Ann Howard est allée après son travail et avant de venir chez vous. C’était ce qu’elle avait appelé une course. Elle était tellement bouleversée, tellement hystérique et bouleversée par cette course qu’elle n’a même pas pu vous en parler. Même pas à vous.

Le procureur objecte :

— Objection, Votre Honneur. Nous ne sommes pas intéressés par les interprétations de M. Cord sur les sentiments de la défunte.

— Retenue.

Steven se tourne vers Mike.

— Êtes-vous toujours convaincu qu’Ann Howard a été assassinée ?

Fowler s’énerve :

— Objection !

— Retenue. 

— Votre Honneur… commence Steven.

— Retenue, insiste Chester.

— Très bien, Votre Honneur. (À Mike 🙂 Lorsque vous avez appris la mort d’Ann Howard, avez-vous honnêtement craint qu’elle se soit suicidée ?

— Objection, Votre Honneur, fait de nouveau John. Pure spéculation de la part du témoin.

Steven plaide sa cause : 

— Votre Honneur, le témoin est un médecin. Il était très proche d’Ann Howard. Nous sommes ici pour déterminer si un homme doit être amené ou non devant un procès pour homicide. 

— Très bien, tranche Chester.

John tente d’insister : 

— Votre Honneur… 

Le juge reste sur sa position :

— Objection rejetée.

— Mais, Votre Honneur…

— Objection rejetée, M. Fowler !

Steven poursuit : 

— Lorsque vous avez appris la mort d’Ann Howard, aviez-vous craint qu’elle se soit suicidée ?

Mike ne répond pas. 

— Avez-vous entendu la question, docteur ?

— J’ai entendu la question, monsieur Cord. 

— Eh bien, voulez-vous répondre ?

— Oui. 

Steven tend l’oreille. 

— Vous dites ?

— Oui, j’avais peur. C’était ma première pensée, je…

— Dans son état d’esprit et dans ces circonstances…

— Votre Honneur, l’avocat répond à la place du témoin, intervient Fowler. 

Mike reprend d’une voix hésitante : 

— Je pensais qu’elle avait…

Steven poursuit la phrase du médecin :

— … sauté de la falaise ?

C’en est trop pour le procureur, qui bondit de sa chaise : 

— Votre Honneur, c’est outrageant !

Le juge confirme : 

— Monsieur Cord, je dois vous donner un avertissement. 

Steven n’est pas impressionné :

— Monsieur, nous essayons de découvrir la vérité. Docteur Rossi, je vais reformuler ma question. 

— Vous n’avez pas à reformuler votre question, dit Mike. Oui. Ma première pensée était qu’Ann avait sauté de la falaise.


Rita se rend à l’hôpital pour rendre visite à Constance. Cette dernière tricote lorsque Rita entre dans la chambre. 

La jeune fille est venue demander à Constance un emploi de baby-sitter pour le petit Matthew lorsque Constance rentrera à la maison. Constance lui demande si elle a parlé à Norman de tout ceci. Rita lui dit qu’elle sait que Norman sera d’accord. 

Mais Constance l’informe qu’elle a déjà pris des engagements avec Betty. Rita s’apprête à partir et dit à nouveau à Constance qu’elle se débrouille bien avec les bébés. Elle est prête à s’occuper de Matthew si Constance change d’avis.


Au tribunal, Mike sort de la salle d’audience et aussitôt une horde de journalistes/photographes le prennent en photo, faisant crépiter leurs flashes. Rodney, qui attendait Mike sur un banc, se lève et va lui parler.

Il s’entretient avec le Dr Rossi à propos du témoignage qu’a fait le médecin. Rod demande pourquoi il a changé d’avis. Il ne comprend pas pourquoi le médecin a dit si facilement qu’il avait pensé qu’Ann s’était suicidée. Michael lui dit qu’il n’a pas changé d’avis, il a simplement essayé de dire la vérité. 

Rodney lui répond qu’il a l’impression que Michael commence à penser comme l’avocat de Lee. Il est déçu et le fait savoir au médecin. 

— Tu n’as donc rien appris à ton procès ? l’invective le médecin.

— Nous parlons de cette salle d’audience et du défendeur de cette affaire, d’accord ?

— Que veux-tu, Rod ? Je veux dire, en dehors de la tête de Lee Webber ?

Rodney ne répond pas et se contente de fixer le médecin. Mike lui dit que rien n’est tout blanc ni tout noir. Puis il s’en va.

Fowler sort de la salle d’audience, observe brièvement Rodney, qui le fixe. Puis il est appelé au téléphone. 

Fowler prend le téléphone et s’entretient avec son adjoint Knox. L’adjoint était chargé d’aller à l’aéroport pour délivrer une citation à comparaître. Il informe John qu’Hannah a pris un billet sans retour pour Boston, puis de Boston pour New York. Elle n’a donc pas l’intention de se rendre à Peyton Place, visiblement.


Au magasin général d’Eli Carson, Norman et Rita se préparent pour aller camper. Eli emballe de la nourriture dans du papier aluminium et leur donne une trousse de secours. 

Rita dit à Norman qu’elle est allée voir Constance pour lui demander de prendre soin de Matthew à son retour à la maison. 

Norman lui dit qu’elle risque de mettre leurs projets en l’air si elle commence à s’occuper du bébé. Selon le jeune homme, ils sont trop jeunes pour fonder une famille. Rita n’est pas d’accord avec lui.


Dans son salon, Peyton, assis dans sa chaise motorisée, demande à John de résoudre un problème d’échec. John avoue ne pas être expert à ce jeu. Il lui demande s’il sait où se trouve Hannah. Il pense en effet qu’elle n’a pas l’intention de revenir à Peyton Place, malgré sa citation à comparaître.

Alors que personne ne s’y attend, Hannah apparaît finalement. 

— Qu’est-ce que tu fais ici ? aboie Peyton. 

John Fowler s’approche d’elle et lui dit que si elle ne va pas témoigner, elle sera susceptible d’être poursuivie en justice. Peyton prend la défense d’Hannah devant John et lui dit qu’elle est très angoissée. Il lui demande de la laisser tranquille. John s’en va. 

Peyton réprimande Hannah : 

— Tu es folle. Tu es complètement folle d’être ici !

Hannah ne se laisse pas faire et fait des reproches à son patron. Peyton lui dit qu’il ne lui permettra pas d’aller témoigner à la barre. 

— Je n’ai pas besoin de votre permission, le défie Hannah. 

Hannah a en effet l’intention d’aller témoigner et dire toute la vérité. Martin lui ordonne d’aller dans sa chambre. Elle monte à l’étage.


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