Lundi 29 août 1966
Liberté sous caution
Steven Cord a une mission douloureuse à accomplir. Il doit examiner les effets de sa défunte sœur Ann Howard. Le Dr Michael Rossi, qui avait prévu de se marier avec Ann, a évité cette tâche depuis ce temps. Aujourd’hui, il pense qu’il ne peut plus remettre davantage cela.
Sur le quai près de la maison d’hôtes, Steven gare sa décapotable et sort de la voiture. Rossi conduit, klaxonne, et sort à son tour de sa voiture.
Steven Cord et le Dr Michael Rossi arrivent à la maison d’hôtes. Steven arrive en premier, sort de sa décapotable et grimpe les escaliers. Il est à la moitié des marches lorsque Mike arrive, klaxonne et sort de sa voiture.
— Mike, j’ai essayé de vous joindre à l’hôpital.
— Que faites-vous, Steven ?
— Eh bien, je viens chercher les effets d’Ann. J’ai pensé que vous aimeriez venir avec moi. Il y a peut-être quelques objets que vous aimeriez garder.
— Je ne pense pas avoir besoin de quoi que ce soit pour me rappeler Ann.
— Comme vous voudrez.
Steven continue à monter les marches des escaliers quand Mike l’interpelle.
— Steven ?
Il rejoint finalement Steven en haut des escaliers, puis ils entrent à l’intérieur de l’appartement. Steven en fait le tour.
— Pas grand-chose à voir, n’est-ce pas ?
— Elle avait tellement de temps, vous savez. Du temps pour tout planifier. Toutes ces choses qu’elle… toutes ces choses que nous avions prévu de faire ensemble. Faire table rase du passé. Tellement de temps. Lee va payer pour cela.
— Quoi ?
— Le temps de Lee Webber est compté, fulmine le médecin.
— Ce sera à la Cour d’en décider.
— Allons. Pouvez-vous oublier que vous êtes un avocat, pour une fois ?
— Vous n’avez pas le monopole du chagrin, Mike. Elle était ma sœur.
— Très bien, alors, agissez comme tel. N’allez pas me parler de la procédure judiciaire.
— Je dois le faire.
— Pourquoi ? Pourquoi ne réagissez-vous pas comme tout le monde le fait ? Votre sœur a été assassinée par Lee Webber.
— Je vais défendre Lee.
Avec cette déclaration, Steven jette un froid. Michael se dirige vers Steven pour le regarder droit dans les yeux.
— Je ne voulais pas vous le dire de cette façon, précise l’avocat.
— Pourquoi ?
— Parce que vous me l’avez demandé. Et que je suis avocat.
— Mais vous êtes ici. Vous me dites que vous avez du chagrin, et vous allez défendre l’homme qui a tué votre sœur.
— Ça n’a pas été prouvé.
— Mais c’était votre sœur !
— Elle était perturbée.
— Ne dites pas ça !
— C’est la vérité !
— Elle était heureuse. Nous allions nous marier.
— Il y a des choses dans son passé qu’elle n’a jamais oubliées. Des choses qu’elle n’aurait jamais pu oublier. Et ça l’a conduit à…
— À quoi ?
— …à sa mort.
— C’est un mensonge. Vous êtes très vif, Cord. Je veux dire, vous êtes agile. Vous êtes prêt à sauter tous les obstacles qui sont apparents quoi qu’il en coûte, tout ça pour votre précieuse carrière.
— Je ne m’attendais pas à ce que vous compreniez.
— Oh, je comprends parfaitement. Je peux déjà voir les gros titres des journaux : un jeune avocat fougueux et talentueux prêt à défendre les opprimés. Mais cet opprimé en question est l’homme qui a tué votre sœur. Cependant, ça ne fait aucune différence pour vous du moment que ça tourne à votre avantage. Parce que la seule chose qui est importante pour vous, c’est votre petite personne.
Michael saisit un croquis de lui fait par Ann.
— Ça ne se passera pas comme ça.
— Qu’allez-vous faire ? s’enquiert Steven.
— Je vais vous dire ce que je vais faire. Je vais fourrer les gros titres des journaux dans votre gorge jusqu’à vous voir étouffer.
Il tourne les talons et, muni de son croquis, quitte l’appartement.
Steven se rend en prison pour libérer sous caution Lee. Ce dernier s’apprête à partir, mais Steven le retient.
— Pas si vite. Je vais vous donner quelques règles à respecter une fois que vous serez dehors. Premièrement, restez à la maison. Deuxièmement, n’essayez même pas d’éternuer sans mon consentement.
— Vous voulez aussi changer mes couches-culottes ? ironise Lee.
— Je n’ai pas encore fini. La minute où vous passerez cette porte, votre procès démarrera. Chaque geste, chaque murmure feront de vous soit un innocent, soit un coupable. Je vous ai sorti de prison, mais ce n’est pas un passeport pour le paradis. Je vous tiens en laisse.
— Je ne suis pas prêt à faire quoi que ce soit de répréhensible, si ça peut vous rassurer.
— Aussi longtemps que vous vous souviendrez de cela, vous avez un avocat.
— Ça me paraît correct.
Lee s’apprête à quitter la pièce quand le sergent Wilson l’appelle :
— Webber.
Lee retourne près du sergent, signe, reprend ses clés et son peigne et sort de la pièce.
Lee et Steven se retrouvent à l’extérieur du Palais de Justice.
— Merci, Maître.
— Ce n’est pas encore fini. Soyez à mon bureau à 9 heures pour que nous puissions préparer votre défense. Au revoir, Lee.
— À bientôt, Maître.
Allison est dans son lit d’hôpital tandis que l’infirmière en chef Choate entre. Allison l’avait juste fait appeler avant.
— Allison ?
— Oh, vous avez fait vite. Merci.
— Je ne voulais pas que vous vous inquiétiez. Voyez-vous, nous prenons toujours en compte les désirs de nos patients.
— Je suis désolée. J’espère que je n’étais pas trop impolie au téléphone.
— Non, tout va bien.
— Je me suis réveillée il y a quelques minutes et j’ai vu que je n’avais plus mon bracelet. Lorsque j’ai découvert qu’il n’était plus à mon bras, j’ai en quelque sorte paniqué. Mon père me l’a donné.
— Oh.
— Est-ce que je pourrais le récupérer ? Mon bracelet ?
Mlle Choate hésite.
— Eh bien, je…
— S’il vous plaît. Je ne serai ici qu’une seule nuit. Je me sentirais perdu sans lui.
L’infirmière en chef finit par accepter.
— Très bien. Ce sera notre petit secret.
— Merci. Est-ce que ma mère est toujours ici ?
— Non, le Dr Rossi l’a ramenée à la maison. Elle était très fatiguée.
— J’aimerais qu’elle prenne plus soin d’elle.
— Elle s’inquiétait pour vous.
— Le bébé peut arriver très bientôt, vous savez.
Choate met le bracelet autour du poignet d’Allison.
— Voilà.
— Merci. Merci. Quel est votre nom ?
L’infirmière est décontenancée, car Allison est censée la connaître.
— Mlle Choate.
— Je vous ai déjà vue auparavant, n’est-ce pas ?
— Oui, nous avions déjà parlé.
— Oui, je me souviens, maintenant.
— Voudriez-vous un comprimé pour dormir ?
— Non, merci. Je n’en ai pas besoin.
— Eh bien, si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à appeler. Vous êtes une patiente très spéciale ici, Allison.
— Vraiment ?
— Oh oui ! Le Dr Rossi a laissé comme instructions de bien faire attention à vous.
— Il a fait cela ? C’est très gentil à lui.
— Maintenant, essayez de dormir et je reviendrais d’ici une heure. Bonne nuit.
— Bonne nuit. Merci.
L’infirmière Choate quitte la pièce. Allison prononce la phrase inscrite sur le bracelet en français :
— Je veille sur ceux que j’aime.
Elle entend la voix d’Elliot comme un écho qui répète la phrase, cette fois en anglais.
— Je veille sur ceux que j’aime.
Note : Le but de cette scène est d’informer le téléspectateur qu’Allison avait son bracelet avec elle lorsqu’elle a quitté la ville, ce qui sera très important pour la suite de l’histoire.
◇
Steven et Betty sont dans la voiture, en face de l’auberge. Betty paraît contrariée.
— On devrait en parler, dit Steven.
— Je ne pense pas, Steven.
— J’ai pris l’affaire Lee Webber parce que je crois qu’il est innocent. Point final.
— Fin du discours ?
— C’est la vérité, Betty.
— Vraiment ?
— Je t’ai donné toutes les raisons.
— À l’exception d’une : la vengeance.
— La justice, rectifie l’avocat.
— C’est juste un mot, Steven, mais j’ai peur que dans ta bouche il ne perde toute sa signification… Nous sommes en retard pour notre réservation à dîner. Très bien. Je me bats pour toi, Steven. Parce que je ne pense pas que ce soit important pour toi que Lee soit coupable ou innocent. Du moment que tu prends ta revanche sur Martin Peyton et ta mère.
— Ils sont responsables de la mort d’Ann, j’en suis convaincu.
— Mais tu n’as aucune preuve.
— Je veux une chance d’en découvrir.
— Très bien, mais comment ? En défendant Lee Webber ?
— Il est la seule arme que je possède.
— Il n’est pas une arme. Il est une massue que tu peux utiliser pour frapper Martin Peyton et ta mère pour te révéler la vérité. Il est une excuse, Steven, un compromis. Chéri, tu es un bon avocat, mais tu vends une part de toi-même à un bas prix.
— Et s’il n’avait pas tué Ann…
— Eh bien, dans ce cas, ils le relâcheront.
— Comme ils ont relâché Rodney ?
— Ce n’est pas la même chose.
— Betty, j’aurais pu ne pas défendre Rodney pour des centaines de raisons. Il y en a dix fois plus pour Lee Webber. Mais je le fais parce que je suis avocat.
— Et parce que tu crois honnêtement qu’il n’a pas tué ta sœur ?
— Betty, tout ce que je te demande est de me laisser le bénéfice du doute. Ne me juge pas si rapidement comme tu le fais toujours. Attends, Betty, attends jusqu’à ce qu’il y ait des retours.
Il se tait un moment, puis ajoute :
— Je t’aime.
Steven sort de sa voiture, en fait le tour et ouvre la portière à Betty. Celle-ci aperçoit une jeune femme au loin.
— N’est-ce pas Allison ?
Steven regarde à son tour.
— Je pense que oui.
— Que fait-elle toute seule ? s’inquiète Betty. Elle a l’air bizarre. Tu penses qu’on devrait l’inviter à se joindre à nous ?
Steven ignore soigneusement la question.
—Tu descends ? fait-il.
— Je pense qu’elle veut qu’on la laisse seule. Allez, viens, allons à l’auberge.
Betty et Steven se dirigent à pied vers l’auberge.
Pendant ce temps, Allison déambule vers le kiosque à musique et entend dans sa tête les voix de Chris, de Constance, d’Elliot et de Rodney.
CHRIS : « Tu n’as jamais pris soin de quiconque à part de toi. Tu n’as jamais aimé personne d’autre. Tu es incapable d’aimer, Allison. Incapable. (Épisode 260, scène 1) »
CONSTANCE : « Allison, ton père et moi ne sommes pas mariés. Nous ne pouvions pas nous marier, Allison. Sa femme a été assassinée et nous ne pouvions pas nous marier. Elliot est ton père. Elliot Carson. (Épisode 63, scène 1). »
ELLIOT (en français) : « Je veille sur ceux que j’aime. » (en anglais) : « Je veille sur ceux que j’aime, je veille sur ceux que j’aime. (Épisode 82 scène 2 ; épisode 166 scène 3 ; épisode 263 scène 3 ; épisode 265 scène 3). »
RODNEY : « Je sais que tu n’aimes pas qu’on t’appelle « Fair Lady » ou « Allison au pays des merveilles ». Mais il y aura toujours une part de toi qui restera « Allison aux pays des merveilles ». Et c’est cette Allison que j’aime. C’est cette partie de toi que j’aime. C’est cette partie de toi que je connais. (Épisode 228, scène 3). »
Au Shoreline Garage, Rodney est à sa table de travail en train d’écrire tandis que Lee arrive et prend un peu d’essence pour ma mobylette.
— Hey, Golden Boy !
Lee entre à l’intérieur du garage.
— Tu ne viens donc pas aider un bon vieux copain ? Je suis presque à sec.
— Qu’est-ce que tu fais dehors ?
— Disons que j’ai un bon avocat.
— Ouais. Un qui a la clé de ta cellule de prison ?
— C’est comme ça que Steven Cord t’a fait sortir ?
— Ne me dis pas que Steven Cord a pris ta défense !
— Eh oui !
Rodney prend le téléphone et commence à composer le numéro de l’avocat.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— J’appelle Steven Cord.
— Je ne mens pas, Golden Boy. Il me défend.
— Pourquoi ?
— Tout simplement parce qu’il sait que je n’ai pas tué Ann Howard.
— Il sait ça, hein ? Et comment ?
— Parce que je le lui ai dit.
— Tu lui as dit quoi ?
— Tiens, au fait, combien l’avais-tu payé pour ton procès ?
— Tu l’as tuée, Lee.
— Oh, voyons mon ami, ce n’est pas une façon de parler. Je veux dire par là que je serai en droit de te poursuivre pour calomnie. Donne-moi juste un verre de jus d’orange et on n’en parle plus.
— Nous sommes fermés.
— Il y a peu de temps, tu étais dans la même merde que moi. Et maintenant, tu es clean, un bon et loyal citoyen. Je veux simplement la même chance que toi d’être disculpé. Qu’est-ce que tu cherches ? Me faire payer la façon dont ils t’ont traité ? Qu’est-ce que ça fait d’avoir les portes qui se ferment devant toi et les gens qui te tournent le dos ?
Lee saisit sa mobylette et s’en va.
Allison déambule sur le quai tandis que Lee arrive en mobylette. Il revient tout juste du Shoreline Garage.
— Il est un peu tard pour sortir seule, Allison. Tu as besoin de quelqu’un qui veille sur toi, qui te sécurise.
— Oui, qui ?
— Le roi de la montagne. Rodney. Non, non, pas Rodney. Redescends sur terre, et trouve-toi une place où te cacher, petite fille. Parce que je suis sortie et il y a plein d’endroits sombres dans le coin.
Allison a les yeux dans le vide et paraît hors de la réalité.
— Oui, merci. Excusez-moi.
Allison continue sa route seule le long du quai. Elle passe devant le Shoreline Garage et jette un regard vers Rodney. Rodney ne la voit pas. Elle continue sa marche en direction du nord et s’éloigne dans la brume, pour ne plus jamais revenir. *
* Dernière apparition du personnage d’Allison Mackenzie.





