Jeudi 11 août 1966
Steven et son héritage
Cela fait quelques heures que Michael Rossi a appris la mort violente d’Ann Howard. Et pour la première fois, il se retrouve seul. Seul avec le cauchemar de sa perte. Seul avec la faim d’un châtiment. Pour nourrir cette faim, il doit passer un message à la personne qui a détesté Ann.
Michael se gare devant la maison des Webber. Il sort de la voiture et frappe à la porte.
Sandy ouvre la porte. Le Dr Rossi insiste pour voir Lee.
Il lui demande où il était cet après-midi. Sandy se mêle à la conversation. Lee est désolé de ce qui est arrivé à Ann. Mais il est aussi désolé pour ce qu’Ann a fait à Chris.
Rossi accuse Lee d’avoir essayé de tuer Chris. Il l’accuse également d’avoir tué Ann. Il prévient Lee que la police a trouvé Chris marchant sur la plage, puis dans le feu de l’action, il le gifle.
Elliot arrive avec Chris. Lee demande à Elliot de faire sortir Michael. Puis il demande à son frère ce qu’il faisait sur la plage.
Rodney se montre au manoir et demande à Steven si quelqu’un l’a appelé.
— À propos de quoi ? lui demande Steven.
Rodney informe Steven et Betty qu’Ann Howard a fait une chute de la falaise. Allison a découvert son corps au pied de la falaise. Elle était venue chercher Chris sur la plage.
Betty regarde Steven, inquiète de sa réaction, et veut lui servir un verre. Il décline son offre. Il veut savoir ce que Chris faisait sur les lieux.
Rodney dit à Steven qu’il a vu Ann tôt ce matin. Elle est venue au manoir parler avec Hannah.
Steven parle d’Ann et Hannah, de la confrontation entre la mère et la fille après vingt-huit ans. Rodney fait savoir à Steven qu’il est profondément désolé, puis il s’en va.
Steven dit à Betty que les choses auraient été différentes s’ils avaient grandi ensemble. La colère et l’amertume l’envahissent et il promet devant Betty qu’il fera payer cher ce drame à Martin et Hannah.
Chris et Lee ont une discussion dans la maison Webber. Chris ne tarit pas d’éloge sur Ann et demande à son frère quelle a été sa réaction lorsqu’il a appris qu’elle était morte.
Sandy se joint à eux. Chris se remémore le soir où Lee a donné des coups de pied à la porte de l’appartement d’Ann. Il parle aussi du fait qu’Allison a découvert le corps.
À l’appartement, Rita offre du café à Rodney, avec des cookies. Rod, Norman et Rita parlent d’Ann, de Lee, de Peyton et de Mme Cord.
Rodney dit qu’Ann est partie en courant du manoir. C’est la dernière fois qu’il l’a vue. Selon lui, il manque quelque chose dans l’histoire d’Ann et de Steven.
Au manoir, Hannah est assise dans un des fauteuils du petit salon lorsque Martin apparaît.
— Bonjour, Hannah. Tu n’as donc rien d’autre à faire qu’à rêvasser ce matin ?
— Je suppose que vous savez que Rodney est parti. Il a fait ses bagages et il s’est enfui.
— Et c’est pour cela que tu es assise ici en pleine matinée. Parce que le sourire de Rodney te manque ?
— Vous pouvez prétendre que ça ne vous chagrine pas, mais je sais très bien que si.
— Ça me fait de la peine.
— Rodney ne vous respecte pas. Il ne reviendra plus jamais.
— Nous verrons. Arrête donc de caqueter sur Rodney. Ce n’est pas la vraie raison pour laquelle tu es assise ici à te morfondre. Pourquoi es-tu assise ici, Hannah ?
— Parce que je ne pouvais pas dormir.
— Je t’ai entendue partir hier après-midi. Où es-tu allée ?
— J’étais agitée, je suis allée me promener.
— Eh bien, pour une femme qui n’a jamais fait de marche de sa vie, je trouve ça plutôt amusant.
— J’avais besoin de marcher.
— Hannah, ne crois-tu pas qu’il est temps de me dire ce que tu as raconté à Ann Colby ? Je m’inquiète pour elle. Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, je m’inquiète pour elle. Et aussi pour ce qu’elle peut faire. Quand elle a quitté cette pièce et cette maison, j’ai pu voir à quel point elle était bouleversée. Mais le plus important, Hannah, est que j’ai pu voir à quel point tu étais bouleversée.
— S’il vous plaît Martin, pas maintenant.
— T’a-t-elle acceptée comme mère ?
— Oui. Oui, elle m’a acceptée.
— Bien, alors, que s’est-il passé ? Assurément, il n’y avait pas de problème pour toi à manipuler les émotions d’une jeune fille.
— Je m’en suis bien tirée.
— Alors pourquoi es-tu si bouleversée ? Comment as-tu expliqué ton échec en tant que mère ? Et ta décision d’abandonner ton enfant ?
— Je lui ai dit que je détestais son père.
— Et quelles raisons as-tu données ?
— Des raisons valables. Je lui ai dit pourquoi je l’ai abandonnée.
— Qu’as-tu dit ?
— J’ai dit que son père m’a été infidèle, et que c’est pour ça que je l’ai détesté.
— Quoi d’autre ?
— Rien d’autre.
— Ne me mens pas.
— Très bien, j’ai dit aussi qu’il avait été professeur d’art dans une école pour fille et qu’il avait eu une liaison avec une de ses élèves.
— Tu n’as pas donné son nom. Hannah, dis-moi que tu n’as pas donné son nom. Tu lui as dit ! Tu n’as pas pu résister !
— Oui, je lui ai dit qu’il s’agissait de Catherine. Je lui ai dit qu’il avait eu une liaison mesquine avec votre précieuse petite Catherine. Et que c’est pour cela que j’ai divorcé.
— Tu n’as pas pu t’en empêcher. Tu détestes tellement Catherine que tu l’as traînée dans la boue.
— Oui, je l’ai traînée dans la boue.
— Tout notre stratagème, depuis toutes ces années, était pour protéger le nom de Catherine. Maintenant, Ann Colby va aller voir Steven. Et il lui sera capable de compléter le puzzle avec la dernière pièce qu’elle va lui donner. Tout sera terminé pour nous.
Peyton se rend dans la salle à manger et s’assoit à la table. Il prend le journal devant lui et voit le gros titre du Clarion.
— Hannah !… Hannah !
Hannah entre dans la pièce et il lui tend le journal. Elle peut lire le gros titre.
UNE FILLE FAIT UNE CHUTE DU HAUT DE LA FALAISE ET SE TUE
— Est-ce que tu m’as tout dit ? Tu sais ce qui est arrivé, sur la falaise ? La falaise où le jeune Webber a perdu la vue. Pourquoi là, à ton avis, Hannah ? Qu’est-ce qui a pu la conduire là-bas ? Quand tu as quitté la maison hier après-midi, où es-tu allée ? Où ? Voir Ann Colby ? Et puis ?
— Je vous l’ai dit, je suis allée me promener.
— Je ne te crois pas. Tu n’as plus revu Ann Colby après qu’elle ait quitté cette maison ?
— Non, non.
— Et que lui as-tu encore dit lorsqu’elle était ici ? Quoi d’autre, Hannah, pour en être arrivé là ?
— Martin…
— Tu savais qu’elle était instable, influençable. Détruire l’image d’un père qu’elle a aimé, c’était suffisant pour qu’elle saute de la falaise !
— Elle est partie d’ici en me croyant. Et c’est ce que vous vouliez.
— Je ne voulais pas sa mort.
— Je n’ai rien à voir avec la mort d’Ann !
— Comment peux-tu le savoir ? Comment peux-tu t’absoudre de tout blâme ?
— Si vous vous sentez coupable, Martin, alors vous devez supporter le poids de votre culpabilité. Maintenant, vous pouvez pousser un soupir de soulagement et même vous payer le luxe de pleurer des larmes hypocrites.
— Je ne voulais pas sa mort, assure le vieil homme.
— Souhaiteriez-vous qu’elle revienne à la vie ? Au prix pour elle d’apprendre toute la vérité ? Et de la divulguer ? Non, non, bien sûr que vous ne le voulez pas. Elle est partie, Martin. C’est arrivé. Steven va la pleurer un moment puis il l’oubliera. Et il arrêtera de poser des questions, et tout rentrera dans l’ordre.
— Qu’est-ce qui te fait dire qu’Ann n’a pas été voir Steven juste après avoir quitté cette maison ? Tout peut effectivement rentrer dans l’ordre, Hannah. Mais à quel prix !
Peyton saisit le téléphone. Thomas a un appartement au-dessus du garage. C’est lui qu’il appelle.
— Thomas, faites préparer la voiture.





