Jeudi 26 mai 1966
Le retour de Chris Webber
Hier, Rodney Harrington a eu une violente querelle avec son frère, Norman. Rodney sait que la blessure entre eux peut être guérie. Mais il sait que la solution à ce problème n’est pas facile.
Rodney conduit sa mobylette, se gare en face du drugstore, monte les escaliers menant à l’appartement de Norman et Rita. Il frappe à la porte.
Norman est en train de faire la cuisine quand Rodney entre.
— Je suis venu pour m’excuser, dit-il.
— Très bien, excuses acceptées.
— Ce n’était pas mes affaires. Je n’avais pas le droit de m’interposer. C’était entre toi et grand-père.
— À vrai dire, tu vis là-bas. Tu ne peux pas rester sans rien faire quand quelqu’un attaque ton pain et ton beurre.
— Je vis là-bas parce que j’y suis obligé.
— Pourquoi ? s’étonne Norman. Est-ce que quelqu’un t’a mis un revolver sur la tempe ?
— En quelque sorte, oui.
— Papa ?
Rodney acquiesce.
— Grand-père lui a proposé de lui redonner la direction de la fabrique si j’étais d’accord d’aller vivre au manoir.
— Alors tu as accepté de vivre dans cette grande maison. Pour y faire quoi ? Jouer aux échecs avec le vieux ?
— Juste pour y être. Il pensait pouvoir m’inculquer sa façon de voir les choses, je suppose.
— Et au sujet de l’argent ? De tous les hectares qui appartiennent aux Peyton ?
— Je ne veux pas de cet argent, Norman.
— Pourtant il est là. C’est une partie du marché. N’est-il pas vrai qu’il te forme pour pouvoir prendre la direction de la fabrique, et tout ce qui va avec ? Que vas-tu faire lorsqu’il va te servir ça sur un plateau d’argent ? Le lui jeter à la figure ?
— Je suppose.
— Bien sûr !
— Norm, je veux te dire quelque chose. Si je reçois de l’argent, et je dis bien « si », je me fiche de tout ce que les avocats du monde entier pourront dire, je veux le partager avec toi à 50-50.
— Tu peux prétendre ce que tu veux. Mais en ce moment, tu manges et tu dors là-bas. Quelque chose cloche dans ton discours. Allez Rod, penses-y. Tu dois bien avoir un intérêt à cela. Je veux dire, tu n’es pas un martyre.
— Attends une minute, petit frère. Depuis que j’ai passé cette porte, tu m’agresses. Tu es toujours ce gamin gâté qui regardait dans mon assiette parce que j’avais une part de dessert plus grosse que la tienne. Si l’on parlait de l’indépendance que tu veux avoir. Peut-être es-tu juste effrayé, et tu ferais n’importe quoi pour que quelqu’un vienne à ton aide parce que tu n’es qu’un froussard.
— Oh, arrête de jouer au grand frère. Tout ça est de l’histoire ancienne.
— Bien sûr que ça l’est. Parce que j’ai passé suffisamment de temps en prison à cause de ça… Je suis désolé, je ne voulais pas…
— … eh bien, finalement, on y arrive. C’est de ma faute si tu es allé en prison.
— Ce que je voulais dire…
— Ne t’excuse pas. Tu as été honnête pendant cinq secondes. Durant toutes ces semaines, tu n’as jamais mentionné ceci. Bon vieux sage Rodney. Maintenant, je n’oublierais pas un seul instant pourquoi tu es allé en prison.
Rodney se tourne et s’en va.
Norman se rend au drugstore pour parler avec Rita. Sandy entre et dit à Rita qu’elle jette un œil aux rayons. Norman embrasse Rita et s’en va.
Sandy s’approche de Rita et lui demande conseil pour une bonne lotion après-rasage. Rita demande si c’est pour Lee. Sandy lui répond que c’est pour Chris. Il revient à la maison demain. Elle raconte à Rita que c’est un jeune homme très spécial.
Sandy commande une limonade et lorsqu’elle parle d’elles, elle évoque deux « vieilles femmes mariées ». Sandy avoue à Rita qu’elle l’envie parce qu’elle trouve qu’elle a de la chance. Elle sait que Norman l’a épousée pour ce qu’elle est. Ce n’est pas le cas de Lee.
Sandy s’excuse pour avoir pris du temps à Rita. Elle paie ses vingt cents pour la limonade et s’en va.
Ann apporte quelques croquis à la librairie. La librairie vend aussi bien des livres que des magazines et des cartes postales. Elle demande à Constance d’essayer de les vendre.
Puis Ann parle avec Allison d’origami. Constance offre à Ann du papier origami pour les enfants de la salle de rééducation à l’hôpital. Allison s’en va avec Ann.
Elliot arrive et parle avec Constance de la nouvelle amie d’Allison, à savoir Ann Howard. Elliot assure à sa femme que Ann n’est pas un monstre.
Toujours est-il que Constance se demande pourquoi sa fille cherche à se lier avec des gens comme Ann Howard. Elle pense comme la plupart des gens que c’est Ann qui a poussé Chris de la falaise. Elle s’inquiète au sujet d’Allison.
Rodney entre au manoir et commence à monter les marches menant au premier. Il est appelé par Betty.
Elle retire son manteau de l’armoire et s’apprête à l’enfiler lorsque Rodney redescend et lui demande de rester un instant pour parler.
Il lui parle de la bagarre qu’il a eue avec Norman et de la discussion qu’il vient d’avoir avec lui. Betty le rassure en lui disant qu’ils ont déjà eu des bagarres avant et que tout s’est toujours arrangé. Ce genre de crise est normal entre frères.
Ils en viennent à parler d’Allison et Betty lui rappelle qu’elle a attrapé le bouquet à son mariage et selon la légende, c’est elle qui sera la prochaine mariée.
Rodney demande à Betty si elle le voit marié avec Allison.
— Bien sûr, lui répond-elle.
Puis Betty s’en va et Rodney s’assoit sur les marches des escaliers, pensif.
Lee est au Shoreline Garage en train de travailler tandis que Sandy arrive. Il parle du problème de voiture du vieux Parker et lui demande ce qu’elle a acheté. Elle lui raconte qu’elle a acheté plusieurs choses pour Chris.
Lee a prévu d’aller chercher Chris à Boston en voiture et il entend bien à ce que Sandy vienne avec lui.
Ils se disputent une nouvelle fois. Sandy pense que si Lee veut qu’elle vienne avec lui, c’est parce qu’il n’a pas confiance en elle. Lee décide après tout de ne pas prendre Sandy avec lui.
Dans le bureau de Steven, Ann parle avec lui d’Arthur Crain. Steven lui dit que ce citoyen respectable continue d’affirmer que c’est Ann qui a poussé Chris. Il se souvient qu’elle portait un pull rouge et une jupe sombre ce jour-là. Steven lui dit que ce n’est pas parce que quelqu’un affirme une chose qu’elle est forcément vraie.
Arthur s’est souvenu que Brian Colby, le père d’Ann avait dit : « ma fille a des sautes d’humeur ». Il lui demande si elle se souvient de ça.
Tout en allumant la lampe, Steven lui avoue qu’il ne sait pas exactement ce qui s’est passé.
Ann s’en va. À l’extérieur, elle s’apprête à traverser le square. Un bus interétat se gare en face du Colonial Post Inn. Un homme, aidé d’une femme, sort du bus.
Cet homme, c’est Chris Webber. La femme le conduit jusqu’à la boîte aux lettres du Colonial.
Ann observe Chris qui marche à travers le square, vers le pilori et qui passe juste devant elle.





