Lundi 16 mai 1966
Rencontre au sommet
Lee Webber va tout droit vers une confrontation qu’il a attendue depuis dix-sept ans. Une rencontre avec la fille qui a été accusée d’avoir causé délibérément la cécité de son frère.
L’entrée principale de l’hôpital de Peyton Place.
Lee se rend à la salle de rééducation pour parler avec Ann.
— Mademoiselle Howard ?
— Oui.
Lee s’approche d’elle.
— Vous ne vous souvenez pas de moi, n’est-ce pas ?
Ann hésite :
— Eh bien, je…
— Vous savez, je pensais bien que c’était vous lorsque je vous ai vu au Cider Barrel ce matin. Mais je n’en étais pas sûr. Mon nom est Webber, Lee Weber. Steven Cord m’a dit que vous travaillez ici.
— Oui. J’ai débuté il y a quelques jours.
— Pourquoi êtes-vous revenue ?
— Je le devais.
— Pourquoi ? insiste Lee.
— Parce que je n’arrête pas de penser à votre frère.
— Moi aussi, j’ai beaucoup pensé à vous. Je me suis demandé ce que vous étiez devenue. Où vous étiez partie.
— Je ne sais pas quoi vous dire, monsieur Webber. Je savais que notre rencontre était inévitable. Mais pas de cette façon. Et pas aussi tôt.
— Vous savez, pendant longtemps j’ai eu peur. De ce que je ferais si jamais je vous reverrai.
— Me détestez-vous autant que cela ?
— Lorsque mon frère est revenu à la maison après avoir séjourné à l’hôpital, son visage était entièrement tuméfié. Noir et bleu. Ce n’était pas si grave. Après quelques semaines, il n’y paraissait plus. Mais les bandages autour de ses yeux étaient toujours là. Pendant des mois et des mois. Après qu’ils ont été enlevés, ses yeux avaient une drôle d’apparence, comme s’ils étaient morts.
— Ça a dû être terrible.
— Mademoiselle Howard, que voulez-vous de nous ?
— Ce que je veux ? Si seulement c’était aussi simple.
— Ne remuez pas cette boue une nouvelle fois.
— Ce n’est pas ce que je veux.
— Alors, ne le faites pas. Vous savez, il a fallu très longtemps à mon frère pour s’habituer à sa cécité. Mais il a réussi. Il est à l’université maintenant. Il a tout l’avenir devant lui. Vous ne savez rien de lui. Il vous a oublié depuis longtemps.
— Comment pourrait-il m’oublier ? Il se réveille chaque matin sans voir.
— Vous ne connaissez pas mon frère. Ni la façon dont il réagit. Vous n’étiez qu’une enfant. Vous n’êtes pas responsable.
— Ça ne change rien.
— Eh bien, ce que je viens de vous dire devrait vous aider à vivre plus facilement. Pourquoi n’essayez-vous pas ?
— J’ai essayé, affirme Ann. À ma façon. C’est quelque chose que je dois faire. Ne comprenez-vous donc pas ?
— Alors vous n’allez pas laisser tomber ?
— Je ne peux pas.
— Très bien…
Lee s’apprête à tourner les talons pour partir.
— Monsieur Webber, avez-vous appris à vivre avec ça ?
Lee se retourne.
— Si j’ai appris à vivre avec ça ? J’ai appris à vivre sans ça. J’ai appris à ne plus penser à ça. Vous voulez savoir pourquoi ? J’avais pris l’habitude de penser que c’était vous qui étiez en bas de la falaise. Je me penchais et je voyais votre visage à la place de celui de mon frère. Maintenant, vous revenez en ville et balayez tout cela à nouveau.
Lee fait volteface et s’en va pour de bon cette fois.
Allison est au Clarion en train de taper à la machine alors qu’Elliot revient de White River. Il est allé à une convention. Deux heures de platitude absolue, selon lui.
Mais sur le chemin du retour, il s’est arrêté pour acheter un bateau, le « Persis Howell ». C’est un voilier. Il compte sur Eli pour le restaurer pour lui.
Rodney débarque au Clarion et invite Allison à dîner chez Norman et Rita. Rodney dit à Elliot qu’il est content de le voir. Il embrasse Allison et s’en va.
Allison soupire :
— Je me demande ce qui arriverait si jamais je quitte Peyton Place.
Elle avoue à son père avoir peur. Peur de l’avenir. Peur de ce qu’elle ne pourrait pas découvrir. Elliot lui dit qu’Allison et lui se ressemblent.
Betty est au salon du manoir tandis qu’Hannah entre. Elle dit à Betty que Martin la sonnera s’il a besoin d’elle.
Betty en profite pour demander pourquoi Maître Wainwright, de Boston, est venu ici.
— Ce ne sont pas vos affaires, lui rétorque sa belle-mère.
Elle ajoute que Betty n’aurait jamais dû épouser Steven.
— Arrêtez de vous mêler de nos affaires et restez éloignée de cette maison.
Betty demande à Hannah si elle réalise à quel point Steven souffre de ne pas connaître la vérité sur son père. Hannah lui dit brusquement :
— Ne vous est-il jamais venu à l’esprit que la vérité pourrait le faire souffrir davantage ?
Sur ces mots, Hannah quitte la pièce.
Rodney et Norman se dirigent vers l’appartement tout en parlant de Rita. Selon Norman, Rita a besoin qu’on s’occupe d’elle.
Rodney avoue qu’Allison a également besoin d’encouragements.
À l’appartement, ils découvrent Allison en train de regarder un livre de recettes. Pour plaisanter, Rodney suggère d’aller acheter des hamburgers.
Norman demande à Rita où en sont les spaghettis. Ils se préparent à manger. Mais Rita devient dépressive et se précipite en pleurant dans sa chambre.
Allison va la rejoindre, et elles ont une longue conversation. Rita lui dit qu’elle pensait être enceinte, mais qu’il s’agissait d’une fausse alerte. Elle sait que les garçons font tout ce qu’ils peuvent pour lui remonter le moral. Mais elle ne peut s’empêcher d’être triste.
Betty vient chercher Steven dans son bureau pour l’emmener dîner chez les Dowell. Il ajuste sa cravate et se prépare à partir.
Betty lui dit soudain qu’elle a eu un problème avec Hannah plus tôt.
Lee les interrompt en frappant à la porte.
— Nous sommes fermés, lui dit Betty.
Cependant, Lee entre et demande à Steven une minute de son temps. Il implore l’avocat de ne pas assister Ann dans son enquête sur l’accident de la falaise. Il lui dit qu’il a parlé avec Ann en ramenant la voiture du Dr Rossi à l’hôpital.
Betty, qui était partie au secrétariat, revient.
— Excusez-moi, mais la minute est passée.
Elle demande à Lee comment cela se passe au garage. Lee lui dit qu’il a travaillé sur la limousine de Peyton. Il dit au revoir et s’en va.
Betty revient ensuite sur l’incident avec Hannah et pense que Peyton a bel et bien décidé de changer les termes de son testament.
Lee se tient debout en face du Colonial Post Inn tandis que Ann se dirige vers l’entrée. Il l’intercepte et parle brièvement avec elle, en l’appelant « Mlle Colby ».
Il lui dit qu’il est allé parler à Steven pour lui demander de laisser tomber cette affaire.
Puis il s’en va. Ann jette un regard à la fenêtre du bureau de Steven. Les lumières sont éteintes.





